THE MOUNTAIN GOATS – « DAYS »

Depuis 1991, The Mountain Goats ont fait du temps une matière première. Né autour de John Darnielle en Californie, le projet s’est d’abord construit dans l’urgence du lo-fi, à coups de cassettes et d’enregistrements rudimentaires, avant de traverser les décennies et de gagner progressivement en ampleur. De All Hail West Texas à The Sunset Tree, de Tallahassee à Goths, puis Jenny from Thebes et Through This Fire Across From Peter Balkan, chaque album semble avoir ajouté une strate à une œuvre devenue aussi vaste que les souvenirs qu’elle convoque. 

Avec Days, sorti le 7 août 2026, John Darnielle remonte une nouvelle fois le fil des années. Les années 70, 80 et 90 défilent ici comme de vieilles bobines dont l’image aurait commencé à pâlir. Un morceau après l’autre, le passé ressurgit, tantôt avec une étonnante netteté, tantôt sous la forme de silhouettes devenues presque méconnaissables. Le temps n’efface pas tout : parfois, il déplace simplement les contours.

Musicalement, le disque avance sur des tonalités souvent lumineuses, presque solaires. Mais derrière cette apparente légèreté, le passé continue de peser. Song for Layne Staley, Candlebox, Best Hard Rock Albums 2013 ou Hidden Majesty of Later Venom Albums observent la gloire, l’oubli, les trajectoires interrompues et ces fragments de culture populaire qui finissent par devenir nos propres souvenirs. 

Produit par John Congleton, Days déploie des arrangements plus riches : cuivres, chœurs, basse, batterie et même la harpe de Mikaela Davis viennent donner de la profondeur à ces histoires qui semblent surgir d’un passé lointain. Mais au centre demeure la voix de Darnielle, conteur infatigable qui sait transformer quelques minutes en plusieurs décennies.

Car Days ne regarde pas vraiment en arrière : il regarde le temps passer. Les jours s’accumulent, les souvenirs se brouillent, les héros vieillissent, certaines chansons survivent et d’autres disparaissent. Et lorsque le dernier jour arrive, que reste-t-il ? Peut-être simplement ces quelques histoires que l’on continue de raconter pour empêcher le temps de les emporter complètement.

Un disque sur le passé, finalement, mais surtout sur ce que les années font de nous.