Présenté avec succès au dernier festival de Cannes (Prix du scénario et Prix des Cinémas Art et Essai), « Notre salut » montre le quotidien d’un collaborateur sous le régime de Vichy. Un film inspiré d’une histoire vraie, celle des arrière-grands-parents du réalisateur Emmanuel Marre.
Écrit à partir de la correspondance des arrière-grands-parents du réalisateur Emmanuel Marre, le metteur en scène de « Rien à foutre », « Notre salut » transpire la vérité sur l’une des périodes les plus troubles de l’histoire de France, celle de l’occupation. Henri Marre (Swann Arlaud) voit dans l’installation du régime de Vichy une chance de voir sa carrière exploser. À cet effet, il a écrit un livre, « Notre salut », un traité politique pétainiste, et veut à tout prix être reconnu à sa juste valeur. Pour se faire, il va louvoyer à n’en plus finir pour finalement obtenir un poste à responsabilité à Limoges, très exactement comme responsable du CLC (Commissariat à la Lutte contre le Chômage). Sûr de ses convictions, il va alors tenter par tous les moyens de mettre en application ses idées réformistes, notamment sur la rationalisation du travail.
Vouant sur le papier une admiration sans faille au Maréchal Pétain, il va se mettre en ordre de bataille pour toujours mieux collaborer avec les Allemands, allant, comme de nombreux administrateurs locaux, jusqu’à mettre en place des rafles impitoyables sans rien ignorer de la finalité de ce que l’on lui demande. Et ce, sans états d’âme.
Difficile dès lors de trouver des excuses au zélé Henri Marre, emporté par une spirale qui le dépasse. Le film interroge sur les systèmes d’oppression et se place du côté de ceux qui y croient et entendent y participer.
La réussite de « Notre salut » doit beaucoup au personnage d’Henri Marre, joué avec brio par Swann Arlaud, l’acteur plusieurs fois Césarisé. Jamais vraiment sympathique, pas vraiment antipathique non plus, le personnage d’Henri Marre interroge. Aurions-nous été capables de ça ?
La question n’est évidemment pas tranchée, mais force est de le constater, le film tire son épingle du jeu alors que se multiplient cette année les longs-métrages à succès (« De Gaulle », « Les rayons et les ombres ») autour des années sombres de la Seconde Guerre mondiale.
Présenté au dernier festival de Cannes, le film « Notre salut » a obtenu le Prix du scénario et le Prix des Cinémas Art et Essai.
Note : 8/10
Patrick Auffret




