» La fin d’Oak Street » de David Robert Mitchell. Boulevard of Broken Dreams.

Mantra : David Robert Mitchell est l’un des plus grands cinéastes américains. David Robert Mitchell est l’un des plus grands cinéastes américains. David Robert Mitchell est l’un des plus grands cinéastes américains.

J’attendais, avec une immense impatience, le nouveau film du réalisateur susnommé.

Huit ans d’attente. Huit ans à user le DVD d’« Under the Silver Lake », ce film m’ayant fait forte impression au point de se placer instantanément au sommet de mon panthéon cinématographique.

Je le sais. Il suffit que j’aborde les nombreux trésors cachés dont regorge cette quête initiatique pour que je sois rabroué manu militari.

« Quoi ? Ce film prétentieux et intellectuel ? Tu rigoles ? C’est incompréhensible ! Il se la pète grave, le Mitchell ! ».

Eh bien, non. Il propose juste une alternative au blockbuster corseté et tord le mainstream dans tous les sens. Mieux. Il se paye le luxe d’un casting de choc (Andrew Garfield y est absolument fabuleux) et élève notre attention de spectateur. Doit -on qualifier « Lost Higway » de David Lynch de pensum indigeste ? Ou de chef d’œuvre absolu ? Idem pour « Under the Silver Lake ». Cette déclaration d’amour à l’âge d’or d’Hollywood sera réévaluer à la hausse, j’en suis certain, et connaitra le même chemin de croix que « La Nuit du Chasseur » de Charles Laughton. Méprisé à sa sortie. Encensé des années plus tard.

Mais je m’égare. Revenons à son nouveau projet : « La fin d’Oak Street ». Le cinéaste, blessé par l’échec commercial de son précédent long-métrage, est sommé par les producteurs de trouver un sujet plus « bankable ». Une suite à « It Follows » est envisagée et une pelloche, autour de super héros, dans les tuyaux. Et nous voici face à un film de genre peuplé de dinosaures !?

What the Fuck ? Mitchell aurait-il vendu son âme de peur d’une dernière séance ? Impossible, selon moi. Le cinéaste originaire du Michigan étant bien plus rusé que cela…

Nous sommes trois dans la salle de projection. Moteur. Action.

1982.Petite bourgade semblable à celle entrevue dans la série « Desperate Housewives ». American Way of Life. Grillades et barbecues dans les jardins et bon voisinage. C’est dans cette image d’Épinal (appuyée volontairement) queDenise et Greg Platt s’entredéchirent. Rancœurs, incompréhensions et regrets sont au rendez-vous sous l’œil désespéré de leurs deux ados. L’apparition d’un « trou de ver » (concept déjà évoqué dans l’effarant « Donnie Darko » de Richard Kelly) va quelques peu bouger les lignes en transposant tout un quartier des millions d’années en arrière. Voici un scénario que n’aurait pas renié Rod Serling, l’heureux créateur de « La Quatrième dimension ». Mais là où certaines réalisatrices/réalisateurs se seraient arrêtés net sur le perron du film de genre sans relief, David Robert Mitchell envenime son blockbuster « calibré » de trouvailles visuelles et le double d’un pamphlet politique assourdissant. Premier degré de lecture : un survival bestial (et non bête) et méchant. Second degré de lecture : le danger vient du passé- des relents du passé- et de monstres carnivores dévorant tout ce qui leur est « étranger ».Je creuse. Voici un quartier « propret » amputé de son environnement et de ses conventions sociales. Voici un quartier résumé à un lopin de terre en territoire hostile. Voici l’esprit démocrate d’un pays (la tolérance, le refus du racisme, la working class sur la corde raide, l’Obamacare, etc…) ruiné en deux nuits. Ou en deux basculements électoraux ? SPOILS et symboles.Ici, le destin tragique d’une petite voisine métisse-ou d’origine mexicaine, ce n’est pas explicite et symboliquement, c’est parfait- nouvellement arrivée que notre couple en crise s’empressera d’accueillir face à l’adversité.Là, une crise économique suggérée et brocardée, Greg Platt (Ewan Mc Gregor, magnétique) enchainant les petits boulots en catimini afin de cacher à sa femme (Anne Hathaway, à vif) leurs difficultés financières (cette dernière ne lui manquera pas de lui rappeler qu’elle peut encaisser la « réalité » bien plus que lui).Et au milieu ? Une réalité volant en éclats et réduisant le champ d’action de nos protagonistes (cette scène, en voiture, où notre famille bute sur une sur une sortie barrée, une autre inexistante puis une jungle équatoriale (!) résume parfaitement l’impasse sociale où se situe cette tribu lambda).Un » white neighborhood » qui tire le diable (et le dino, donc) par la queue mais n’en oublie pas d’être solidaire (ce fameux dialogue : « Mais pourquoi sors-tu ? »- » Quelqu’un est en détresse ! »).Inutile de vous faire un dessin. Ces hordes de dinosaures belliqueux se substituent aisément aux membres de la « police » ICE, élaguant arbitrairement une population jugée dangereuse et nuisible. Hors des frontières, les nouveaux insulaires ! J’extrapole ? Reagan Raptor ou Trump T-Rex, serait-ce l’interprétation de trop ? Non. Il suffit de se rembobiner « It Follows ».Sous des dehors horrifiques et populaires (qu’est-ce que le film d’épouvante si ce n’est ceci, en premier lieu ?), David Robert Mitchell pointait, déjà, du doigt une société réactionnaire nimbée de chrétienté ( Sex Low, PAM, sexual self-awareness, etc.…) et peu adepte des rapports protégés avant le mariage. Ton corps ? J’en fait mon affaire. Ta liberté ? Quelle liberté ? Tu es bien trop jeune pour comprendre. Suis les préceptes du Seigneur et un peu les miens aussi.Rebelote avec « Under the Silver Lake », ses sociétés secrètes (celles qui tirent ces putains de ficelles, visibles depuis le 11 Septembre ! L’explosion qui frappa les deux tours n’existe pas, Fuck Fake,…) et sa fin du Monde annoncée. Je redoutais un « Jurassic Park » bas de plafond et sans fondations. Cette « Fin d’Oak Street » marque une nouvelle étape dans le saccage volontaire d’un cinéaste écœuré par la gouvernance des USA. Elle confirme, surtout, la pleine possession de moyens (narratifs et techniques) d’un réalisateur de génie.Chaque plan est un bonheur de cinéphile, chaque travelling cache une idée et chaque gros plan (ce fameux duo de visages cher à Bergman !) sublime un malaise à l’écran.Et cette reconstitution historique délicieusement « vintage » de l’année 1982 (merci au photographe Mike Gioulakis, fidèle de M. Night Shyamalan) …Brrrr !En quelques détails, des réminiscences du « E.T. » de Spielberg refont surface à la vue de ce patelin en proie au surnaturel. Gloire à J.J. Abrams et sa boite de production « BAD ROBOT » de se fondre dans un AMBLIN 2.0 et de donner à son protégé un environnement propice à la création. « Hourra ! » pour la playlist « SO 80’s » où se disputent le « Valérie » de Steve Winwood (dans une scène déchirante) et l’explosif « Turnin Japanese » de The Vapors. « Hourra ! » pour l’incontournable compositeur Michael Giacchino (je vous conseille ardemment son album « hawaïen » !) et sa partition alliant classique, violons en tension et envolées dissonantes.Enfin, « Big Up ! » pour l’extraordinaire Anne Hathaway qui tricote puis détricote un personnage à sa démesure. Mère courage animale, freinée dans ses aspirations et le cœur en berne, tout en elle vibre. Le moment où son mari disparait sous ses yeux m’a tiré une larme sans que je m’en rende compte. Haute voltige, donc, pour une actrice incontournable aux choix artistiques antinomiques mais néanmoins épicuriens !650.000 entrées pour l’un des meilleurs longs-métrages de 2026 ?! C’est mieux que les 207.00 entrées de son prédécesseur mais tout de même !Mr Mitchell a fait un effort afin de rendre son discours punk plus cristallin.Laissez-vous tenter !Plus émoustillant que « Le Monde Perdu » et moins convenu que « Godzilla : Minus One », pour son quatrième opus, David Robert Mitchell invente un concept révolutionnaire et inédit : le film p(alé)olitique !Je vote pour !

Mantra : David Robert Mitchell est l’un des plus grands cinéastes américains. David Robert Mitchell est l’un des plus grands cinéastes américains. David Robert Mitchell est l’un des plus grands cinéastes américains. J’attendais, avec une immense impatience, le nouveau film du réalisateur susnommé.
Huit ans d’attente. Huit ans à user le DVD d’« Under the Silver Lake », ce film m’ayant fait forte impression au point de se placer instantanément au sommet de mon panthéon cinématographique. Je le sais. Il suffit que j’aborde les nombreux trésors cachés dont regorge cette quête initiatique pour que je sois rabroué manu militari.

1982. Petite bourgade semblable à celle entrevue dans la série « Desperate Housewives ». American Way of Life.Grillades et barbecues dans les jardins et bon voisinage. C’est dans cette image d’Épinal (appuyée volontairement) queDenise et Greg Platt s’entredéchirent. Rancœurs, incompréhensions et regrets sont au rendez-vous sous l’œil désespéré de leurs deux ados. L’apparition d’un « trou de ver » (concept déjà évoqué dans l’effarant « Donnie Darko » de Richard Kelly) va quelques peu bouger les lignes en transposant tout un quartier des millions d’années en arrière. Voici un scénario que n’aurait pas renié Rod Serling, l’heureux créateur de « La Quatrième dimension ». Mais là où certaines réalisatrices/réalisateurs se seraient arrêtés net sur le perron du film de genre sans relief, David Robert Mitchell envenime son blockbuster « calibré » de trouvailles visuelles et le double d’un pamphlet politique assourdissant. Premier degré de lecture : un survival bestial (et non bête) et méchant. Second degré de lecture : le danger vient du passé- des relents du passé- et de monstres carnivores dévorant tout ce qui leur est « étranger ».Je creuse. Voici un quartier « propret » amputé de son environnement et de ses conventions sociales. Voici un quartier résumé à un lopin de terre en territoire hostile. Voici l’esprit démocrate d’un pays (la tolérance, le refus du racisme, la working class sur la corde raide, l’Obamacare, etc…) ruiné en deux nuits. Ou en deux basculements électoraux ? SPOILS et symboles.Ici, le destin tragique d’une petite voisine métisse-ou d’origine mexicaine, ce n’est pas explicite et symboliquement, c’est parfait- nouvellement arrivée que notre couple en crise s’empressera d’accueillir face à l’adversité.Là, une crise économique suggérée et brocardée, Greg Platt (Ewan Mc Gregor, magnétique) enchainant les petits boulots en catimini afin de cacher à sa femme (Anne Hathaway, à vif) leurs difficultés financières (cette dernière ne lui manquera pas de lui rappeler qu’elle peut encaisser la « réalité » bien plus que lui).Et au milieu ? Une réalité volant en éclats et réduisant le champ d’action de nos protagonistes (cette scène, en voiture, où notre famille bute sur une sur une sortie barrée, une autre inexistante puis une jungle équatoriale (!) résume parfaitement l’impasse sociale où se situe cette tribu lambda).Un » white neighborhood » qui tire le diable (et le dino, donc) par la queue mais n’en oublie pas d’être solidaire (ce fameux dialogue : « Mais pourquoi sors-tu ? »- » Quelqu’un est en détresse ! »).Inutile de vous faire un dessin. Ces hordes de dinosaures belliqueux se substituent aisément aux membres de la « police » ICE, élaguant arbitrairement une population jugée dangereuse et nuisible. Hors des frontières, les nouveaux insulaires ! J’extrapole ? Reagan Raptor ou Trump T-Rex, serait-ce l’interprétation de trop ? Non. Il suffit de se rembobiner « It Follows ».Sous des dehors horrifiques et populaires (qu’est-ce que le film d’épouvante si ce n’est ceci, en premier lieu ?), David Robert Mitchell pointait, déjà, du doigt une société réactionnaire nimbée de chrétienté ( Sex Low, PAM, sexual self-awareness, etc.…) et peu adepte des rapports protégés avant le mariage. Ton corps ? J’en fait mon affaire. Ta liberté ? Quelle liberté ? Tu es bien trop jeune pour comprendre. Suis les préceptes du Seigneur et un peu les miens aussi.Rebelote avec « Under the Silver Lake », ses sociétés secrètes (celles qui tirent ces putains de ficelles, visibles depuis le 11 Septembre ! L’explosion qui frappa les deux tours n’existe pas, Fuck Fake,…) et sa fin du Monde annoncée. Je redoutais un « Jurassic Park » bas de plafond et sans fondations. Cette « Fin d’Oak Street » marque une nouvelle étape dans le saccage volontaire d’un cinéaste écœuré par la gouvernance des USA. Elle confirme, surtout, la pleine possession de moyens (narratifs et techniques) d’un réalisateur de génie.Chaque plan est un bonheur de cinéphile, chaque travelling cache une idée et chaque gros plan (ce fameux duo de visages cher à Bergman !) sublime un malaise à l’écran.Et cette reconstitution historique délicieusement « vintage » de l’année 1982 (merci au photographe Mike Gioulakis, fidèle de M. Night Shyamalan) …Brrrr !En quelques détails, des réminiscences du « E.T. » de Spielberg refont surface à la vue de ce patelin en proie au surnaturel. Gloire à J.J. Abrams et sa boite de production « BAD ROBOT » de se fondre dans un AMBLIN 2.0 et de donner à son protégé un environnement propice à la création. « Hourra ! » pour la playlist « SO 80’s » où se disputent le « Valérie » de Steve Winwood (dans une scène déchirante) et l’explosif « Turnin Japanese » de The Vapors. « Hourra ! » pour l’incontournable compositeur Michael Giacchino (je vous conseille ardemment son album « hawaïen » !) et sa partition alliant classique, violons en tension et envolées dissonantes.Enfin, « Big Up ! » pour l’extraordinaire Anne Hathaway qui tricote puis détricote un personnage à sa démesure. Mère courage animale, freinée dans ses aspirations et le cœur en berne, tout en elle vibre. Le moment où son mari disparait sous ses yeux m’a tiré une larme sans que je m’en rende compte. Haute voltige, donc, pour une actrice incontournable aux choix artistiques antinomiques mais néanmoins épicuriens !650.000 entrées pour l’un des meilleurs longs-métrages de 2026 ?! C’est mieux que les 207.00 entrées de son prédécesseur mais tout de même !Mr Mitchell a fait un effort afin de rendre son discours punk plus cristallin.Laissez-vous tenter !Plus émoustillant que « Le Monde Perdu » et moins convenu que « Godzilla : Minus One », pour son quatrième opus, David Robert Mitchell invente un concept révolutionnaire et inédit : le film p(alé)olitique !Je vote pour !

John Book.