« Le Diable s’habille en Prada 2 » de David Frankel. « Victime de la mode, tel est son nom de code… »

 

Quelle drôle d’idée ! Voici qu’accoste, sur nos écrans, la suite du « Diable s’habille en Prada » …vingt ans plus tard ! Qu’est ce qui a poussé les producteurs de la Twenty Century Studios (bref, Disney) à remettre le couvert ? L’attrait du blingbling ? La reformation du casting ? L’effet de surprise ? Il y a un peu de tout cela dans ces retrouvailles mais, attention, un tardif sequel peut, parfois, laisser des séquelles (voir « Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal ») ou faire des étincelles (« Jumanji », dont le dernier volet est annoncé pour ce mois de décembre).
Quel est le verdict pour cette cuvée 2026 ? Et pourquoi ce succès phénoménal, talonnant de près le biopic en toc « Michael » ? Nous le savons toutes et tous, l’heure (et l’ère) n’est pas à la franche rigolade. En ces temps troublés où un despote américain redistribue les cartes de la démocratie selon son bon vouloir, nous rêvons d’évasion et de réconfort. En ce sens, « Prada 2 » fait, indiscutablement, office de soin réparateur. Je l’avais précédemment argumenté-sur Lust4Live- dans ma chronique concernant « l’ultime héritier » : les suites (princières ou non) explosent cette année et le public répond présent au rendez-vous. Le Diable allait-il se distinguer de ses congénères par la qualité de son scénario ?
Disons le tout de go, « The Devil Wears Prada 2 » est une belle réussite. Parfaitement raccord avec son prédécesseur, tant dans ses plans « clin d’œil » que dans le ton employé, son mélange de légèreté nimbée d’ironie fait encore des merveilles. On prend les mêmes et on recommence ? David Frankel (réalisateur) et Florian Ballhaus (chef opérateur) sont, à nouveau, de la partie et s’octroient le droit de ne rien changer. La réalisation demeure efficace (sans briller pour son originalité, c’est son plus grand défaut) et la photographie adopte de sublimes couleurs automnales. De surcroit, le scénario de la fidèle Aline Brosh McKenna parvient à s’adapter à notre époque sans s’effondrer dans le passéisme poussiéreux. Pour preuve, les nombreuses thématiques abordées avec finesse et roublardise : le politiquement correct, la liberté de la Presse, la tradition transmise à une nouvelle génération, la notion d’héritage, l’hypocrisie, la trahison, la culture du paraitre, l’addiction au portable, les news virales, l’intelligence artificielle, etc…Tous nos travers contemporains sont passés à la moulinette au gré de scènes comiques et d’un humour pince sans rire. Voici pour le fond. Pour la forme, c’est un tourbillon de glamour qui nous emporte. À quand remonte la dernière « rom com’ » exploitée sur nos écrans ? N’allez pas chercher plus loin les raisons de ce regain printanier vers les salles obscures. Foule sentimentale + J’veux du cuir = La vie est si triste, j’ai besoin de romance. Quand on songe que le zouk love est le dernier rempart du slow langoureux ! Et justement, que donnerait ce nouvel opus sans une bande-son qui déchire ? Et, mazette, elle déchire !  Dua Lipa, Madonna, Lady Gaga… Ce n’est plus une bande originale, c’est un « best of » des divas de la pop-dance.
What else ?
Qualité des dialogues à double sens, costumes alliant élégance et modernité, décors raffinés, caméos en pagaille et distribution impeccable.
Mamma Mia !
Rendons grâce à l’impériale Meryl Streep, la pétillante Anne Hathaway, la glaciale Emily Blunt et au sémillant Stanley Tucci (dont l’excellent premier film « Big Night » -sorti en 1996- demeure toujours introuvable) de nous faire fantasmer l’espace de deux heures. Leurs réparties sont cinglantes, poivrées, salées même si le fiel qui dopait le premier « Diable s’habille en Prada » s’est quelque peu estompé.  Cerise et cadeau, leurs partenaires de jeu (Kenneth Branagh, Justin Theroux, Patrick Brammall et Lucy Liu, n’en jetez plus !) catapultent ce long-métrage vers les cimes et prouvent que l’on peut vieillir sans que le temps n’interfère d’aucune manière.
Le dernier plan (symbolique) du film observe notre trio de tête au sein d’un immeuble new-yorkais. Leurs silhouettes se dessinent au creux de fenêtres parallèles, séparées par des murs mitoyens.  Serait-ce cela, la morale de ce nouveau « Prada » ? L’exigence d’une poignée de collaborateurs qui cultiverait leurs différences…sans jamais oublier de prendre de la hauteur ?
Dua Lipa fredonne en ouverture :
« The sweetest pleasure
I feel like we’re gonna be together
This could be the end of an era
Who knows, baby ? This could be forever, forever… »
 
De là à dire que se profile un volume trois, il n’y a qu’un pas.
 
John Book.