[Live report] montagne russe émotionnelle pour cette Deuxieme journée aU Festival Art Rock 2026

La deuxième journée a Art Rock 2026 a été pleine de contrastes, et franchement, elle ne nous a pas déçus. Entre des moments de pure émotion, des découvertes surprenantes et une ambiance collective incroyable, cette soirée a vraiment été un ascenseur émotionnel, faisant passer les festivaliers de la contemplation à l’excitation en un clin d’œil ou presque.

Tout a commencé sur la Grande scène avec Miki, qui avait été remarquée lors des Trans Musicales en 2024 et qui a depuis explosé sur la scène pop francophone. Dès son entrée, on a senti une énergie incroyable. Miki a cette capacité naturelle à transformer un public en une véritable communauté le temps d’un concert. Ses morceaux entraînants ont très vite trouvé leur écho, et le public a répondu avec enthousiasme à chacune de ses interactions.

Un des moments les plus inattendus du concert a eu lieu quand Miki traverse la foule et monte sur une estrade au milieu des festivaliers et demande de former autour d’elle un mini « Circle Pit », un spectacle aussi surprenant que joyeux pour cette artiste de pop adulée des jeunes comme des plus agés. Reste fidèle à un style très spontané, la jeune franco-coréenne a même emprunté un Stetson à un membre du public pour chanter « Cowboy », suscitant des sourires bien sûr et des applaudissements surtout. Entre proximité, humour et efficacité musicale, que l’on aime ou pas, il est indéniable qu’elle a déjà tout ce qu’il faut pour devenir une figure majeure de la scène musicale française.

À 20 heures, l’atmosphère a complètement changé. Suite à l’annulation du concert de Véronique Sanson qui a dû être hospitalisée, Jeanne Cherhal a accepté de prendre sa place sur la Grande scène. Un défi qui aurait pu sembler impossible, étant donné le vide laissé par l’absence de Véronique, mais Jeanne a relevé le défi avec beaucoup d’élégance et de sincérité.

Seule au piano, elle a offert un beau moment de tendresse, presque intime malgré les milliers de spectateurs devant elle. Entre émotion contenue et admiration, elle a rendu hommage à Véronique en interprétant des titres comme  » Bahia  » et  » Vancouver « . Dans un festival souvent marqué par l’énergie et l’exubérance, ce show piano-voix a été une parenthèse précieuse, un instant où chacun a pu apprécier à quel point la musique même en festival peut aussi être douce et touchante.

Après ce moment intense, la troupe de danse de Leïla Ka a assuré la transition avec une belle performance physique et engagée, avant que Suzane ne vienne électriser l’ambiance. Comme d’habitude, elle a envahi la scène avec une énergie débordante et une présence scénique explosive. Ses chorégraphies précises, ses beats puissants et son interaction constante avec le public ont fait de la Grande scène une immense piste de danse. Une prestation dynamique qui a re boosté les festivaliers après la douceur de Jeanne Cherhal.

Mais le véritable temps fort de la journée était encore à venir avec Apparat. J’étais impatient de voir The Kooks, mais leur annulation a finalement permis à un artiste de premier plan de se produire, quelqu’un d’assez rare par ici.

Derrière Apparat se cache Sascha Ring, un pilier de la scène électronique berlinoise et membre du projet Moderat aux côtés de Modeselektor. Son univers offre un voyage bien différent de ce que l’on avait vu le reste de la soirée. Une électro-rock atmosphérique, contemplative, où les textures sonores sont tout aussi importantes que les mélodies.

Visiblement, cette approche ne plaisait pas à tout le monde, certains spectateurs semblaient attendre quelque chose de plus percutant ou de plus rythmique. Pourtant, ceux qui ont pris le temps de s’immerger ont découvert un univers d’une richesse incroyable. Apparat dégage une puissance harmonique unique, créant des paysages sonores qui rappellent autant Archive que Oiseaux-Tempête. Un concert magnifique et captivant, qui restera pour moi sans doute l’un des moments artistiquement les plus forts de cette édition.

Avec la nuit bien installée, direction le Forum pour encore plus de découvertes. Première claque avec Arthur Fu Bandini. Son univers No Wave unique évoque un mélange improbable entre Alan Vegas, l’énergie punk des Taxi Girl et une électro 80 un univers proche de Noir Boy George, taillée pour la scène. Dans la salle, la chaleur est écrasante, et la performance n’en est que plus intense, provocante et totalement habitée. Le niveau d’énergie a encore grimpé, et on a senti que quelque chose de spécial était en train de se passer.

Mais le moment fort de la soirée appartient sûrement à Boko Yout. Arrivant pour nous presque en outsider dans cette programmation déjà riche, il a proposé ce qui pourrait bien rester comme la prestation la plus folle du festival. Avec des musiciens habillés comme une étrange troupe de scouts venus d’un autre temps, il a développé un show à la fois déjanté et hypnotique. Déroutant, on ne savait jamais ce qui allait se passer. Musicalement, scéniquement, physiquement, le concert débordait d’énergie et d’idées. Le public littéralement survolté oscillait entre stupeur, fascination et euphorie totale.

Lorsque les dernières déflagrations ont résonné dans le Forum, il était clair que cette deuxième journée avait été une véritable montagne russe émotionnelle. De la fraîcheur unificatrice de Miki à l’émotion bouleversante de Jeanne Cherhal, de l’énergie dansante de Suzane aux paysages sonores planants d’Apparat, puis aux explosions scéniques d’Arthur Fu Bandini et de Boko Yout, Art Rock a encore une fois montré sa capacité à rassembler des styles très différents tout en restant proche de son identité. Une journée déconcertante par moment, mais globalement bien captivante.



Stéphane Perraux