Une première journée d’Art Rock 2026 aussi éclectique qu’alléchante. Dès 17 h 30, à l’ouverture des portes, le ton est donné : ciel parfaitement dégagé, chaleur presque estivale et déjà cette sensation particulière que procure le festival quand la ville commence à vibrer au rythme des balances et des premiers rassemblements devant les scènes. Le soleil tape fort sur Saint-Brieuc et les festivaliers affluent tranquillement, bière à la main, lunettes de soleil vissées sur le nez, impatients de découvrir ce que cette édition a dans le ventre.
Après un passage express sur le site, direction la grande scène pour ouvrir officiellement le bal avec Marguerite. Une prestation qui, malgré une belle énergie, ne réussira pas vraiment à m’embarquer. Peut-être un démarrage un peu timide, peut-être simplement pas le bon timing pour entrer dans l’ambiance. Quoi qu’il en soit, le vrai début du festival arrivera quelques minutes plus tard.
Cap ensuite sur la scène B pour retrouver Gildaa, accompagnée de Scène B., que j’avais maladroitement loupée lors de son passage aux Transmusicales. Et cette fois, impossible de passer à côté. Gildaa confirme immédiatement tout le bien qu’on peut penser d’elle : présence scénique magnétique, liberté totale dans l’interprétation, mélange de théâtre, de chanson et d’expérimentation sonore. Elle occupe l’espace avec une aisance folle, capable de passer de la douceur à quelque chose de beaucoup plus habité en quelques secondes. Le public, d’abord intrigué, finit rapidement conquis par cette proposition singulière et audacieuse. Un de ces concerts qui rappellent pourquoi Art Rock reste un festival à part.
Retour ensuite devant la grande scène pour un moment de classe absolue avec Sébastien Tellier. Magistral du début à la fin. Le personnage impose toujours autant avec cette désinvolture dandyesque qui lui colle à la peau plus que jamais. Entre second degré permanent et élégance nonchalante, il déroule son univers avec une facilité déconcertante. Musicalement, tout sonne juste : nappes électro sensuelles, groove sophistiqué et cette manière bien à lui de transformer chaque morceau en expérience collective un peu lunaire. Puis vient l’incontournable “Ritournelle”, reprise en chœur par un public totalement embarqué. Un vrai grand moment de festival.
Petit détour ensuite par la scène B pour retrouver Sam Sauvage, histoire de confirmer tout le bien que je pensais déjà de ce nouveau visage de la jeune scène pop-rock française. Je gardais un excellent souvenir de sa prestation au Festival Mythos, et il confirme ici qu’il possède quelque chose de différent. Une vraie sincérité, beaucoup d’énergie et un sens de la scène déjà impressionnant pour un artiste aussi jeune. Ça joue bien, ça chante juste, et surtout ça dégage une authenticité qui manque parfois à cette nouvelle génération. Clairement, le petit a de l’avenir.
Retour ensuite vers la grande scène où Disiz attire déjà une foule compacte. Le contraste avec les concerts précédents illustre parfaitement l’ADN d’Art Rock : quelques minutes suffisent pour passer d’une pop sophistiquée à un univers rap frontal et fédérateur. Acclamé aussi bien par les plus jeunes que par les festivaliers plus âgés, Disiz impressionne par sa capacité à créer immédiatement du lien avec le public. Même si ce n’est pas forcément ce que j’écoute le plus au quotidien, difficile de ne pas reconnaître la puissance du personnage et l’efficacité de son set. Entre rap, pop et moments plus introspectifs, il réussit totalement à embarquer la foule dans son univers.
Direction ensuite la scène B pour Fishbach. Là encore, une artiste découverte il y a déjà quelques années et qui continue d’évoluer avec une vraie singularité. Son nouveau spectacle est captivant, presque hypnotique par moments. Sa voix magnétique, sa présence sombre et intense, les jeux de lumière : tout participe à créer une atmosphère à part, suspendue. J’aurais aimé rester jusqu’au bout tant le concert prenait de l’ampleur, mais une autre tentation m’attendait du côté de la grande scène.
Impossible en effet de résister à l’appel de Last Train. Je quitte Fishbach un peu à regret et file rejoindre une marée humaine déjà compacte. Tant bien que mal, je réussis à me frayer un chemin jusqu’à une position idéale, à cinq mètres à peine de la barrière. Autour de moi, un public d’aficionados multigénérationnels trépigne d’impatience. On sent que beaucoup sont venus spécialement pour eux.
Et dès les premières secondes, le groupe explose tout sur son passage. Le set est d’une intensité folle. Guitares abrasives, batterie martelée sans relâche, tension permanente : Last Train joue avec les tripes et entraîne tout le monde dans une décharge d’adrénaline collective. Je me retrouve pris dans mon premier pogo depuis longtemps, preuve qu’à bientôt 57 ans je ne suis peut-être pas encore aussi HS que je le prétends parfois. L’énergie que dégage le groupe est tout simplement jouissive, fédératrice, presque cathartique. Une énorme claque rock, une bonne sueur et cette sensation délicieuse d’avoir totalement lâché prise pendant une heure.
Le temps ensuite de rejoindre le Forum, je rate malheureusement le set de Lime Garden qui me tentait pourtant beaucoup. Dommage, ce sera partie remise. J’arrive juste à temps pour apercevoir la fin des prestations de Disiz et de Max Baby avant d’enchaîner avec Jasmine not Jafar. Et quoi de mieux pour conclure cette première journée qu’un set techno aussi cool qu’efficace ? Une ambiance moite, des basses profondes, des corps encore en mouvement malgré la fatigue accumulée : la manière parfaite de refermer cette première soirée d’Art Rock 2026, riche, intense et déjà pleine de souvenirs.



