Tu décris cet album comme un regard à la fois tendre, mélancolique et malicieux sur le monde. Est-ce que tu écris d’abord pour raconter ce que tu observes autour de toi, ou pour mettre de l’ordre dans ce que tu ressens ?
Ça dépend vraiment des chansons mais je crois que j’écris le plus souvent d’abord pour raconter ce que j’observe. Après il y a évidemment plein d’autres raisons d’écrire que pour retranscrire une observation ou aider à soigner ses propres maux, dans une des chansons de l’album -Quelques Strophes- qui parle justement de l’écriture, je dis aussi que j’écris pour avoir de quoi me taire, par exemple.
On retrouve sur Toboggan de la pop, du folk, mais aussi des touches de rap et de slam. Comment as-tu trouvé cet équilibre entre des univers musicaux très différents sans perdre ton identité ?
J’ai grandi avec des influences très diverses et la chanson, le folk, la pop, le rap ou le slam ont tous en commun le goût des mots et du rythme. Je ne me suis jamais dit : « Je vais mettre du rap ici ou du folk là. ». C’est très subjectif, mais pour habiller mes chansons je me laisse toujours guider par les mots et j’essaie toujours d’y coller la couleur qui me parait la plus juste, sans frontières de style. J’aime aussi parfois m’essayer à de nouvelles façons de faire. Mon identité se trouve peut-être juste dans le mélange entre ma voix, ma façon d’écrire et mes mélodies.
Plusieurs chansons abordent des sujets très sérieux avec beaucoup d’humour, comme Le Soleil ou Pirater les Hits. Est-ce que l’humour est, pour toi, une façon plus efficace de faire passer un message ?
Je ne sais pas si c’est plus efficace, mais en tout cas, c’est ma façon d’être. Je trouve que l’humour permet de créer une forme de complicité et de décaler le regard. Et puis je crois profondément qu’on peut parler de choses très graves sans être grave tout le temps. J’aime cette idée qu’on puisse sourire et être un peu bousculé dans la même chanson.
Des titres comme Brûler le temps, Quelques strophes ou Quand le camion va partir parlent du temps qui passe, de la mémoire et des transitions de vie. Est-ce que cet album marque une étape particulière dans ton parcours personnel ?
Non, pas spécialement, ce terrain de jeux que j’explore depuis toujours sans lassitude, entre le temps qui passe et la mélancolie joyeuse, ça me nourrit énormément dans ce que j’écoute comme dans ce que je crée moi-même, et plus j’avance, plus je deviens conscient de ce qui disparaît, de ce qu’on laisse derrière soi, mais aussi de ce qu’on construit. Toboggan ne marque pas une étape particulière mais c’est clairement un album traversé par cette idée du mouvement permanent.
Tu as co-réalisé Toboggan avec Alexis Campet. Qu’est-ce que cette collaboration a changé dans ta manière de construire les chansons ou de les habiller musicalement ?
Je ne voulais pas faire cet album de la même façon que les précédents, c’est-à-dire en composant seul, en arrangeant seul et en jouant moi-même tous les instruments ou presque. Je suis allé chercher Alexis pour bousculer mes habitudes, sortir de ma zone de confort et apporter un peu de surprise. Travailler à 4 mains était nouveau pour moi, et m’a appris à lâcher prise, ça a été très enrichissant.
Tu es auteur, multi-instrumentiste, chanteur, tu écris aussi pour des contes musicaux et tu animes des ateliers d’écriture. Est-ce que toutes ces expériences nourrissent directement tes chansons, ou cherches-tu justement à les garder séparées ?
L’inspiration est partout et rien n’est fermement cloisonné, au contraire, j’aime l’idée qu’il y ait des passerelles. La chanson -Dans le bon désordre- m’a justement en partie été inspirée par les jeunes des IME (instituts médicaux éducatifs) avec qui je travaille en ateliers.
Tu as assuré les premières parties d’artistes comme Bernard Lavilliers, Tryo ou Laurent Voulzy, et partagé la scène avec JP Nataf ou Oldelaf. Quelles rencontres ont le plus influencé l’artiste que tu es aujourd’hui ?
Beaucoup d’artistes m’ont marqué, inspiré ou influencé, de multiples façons, et à des périodes différentes de mon parcours, mais si je devais n’en citer qu’un, je dirais JP Nataf avec qui j’ai la joie et l’honneur de partager la scène depuis pas mal de temps maintenant, auprès de qui j’apprends beaucoup et dont certaines chansons m’ont marqué, inspiré et influencé.
Tes textes occupent une place centrale dans Toboggan. Comment naît une chanson chez toi ? Est-ce qu’elle commence par une phrase, une mélodie, une image ou une émotion que tu cherches ensuite à développer ?
Ça commence parfois par une idée, mais j’ai eu longtemps cette habitude de construire simultanément la musique et les paroles. Dès que quelques mots m’inspiraient et se dessinaient, j’y collais aussitôt une mélodie, un rythme, une ambiance à la guitare, et inversement, dès que j’avais un début de mélodie ou quelques notes de guitare qui déclenchaient un intérêt chez moi, j’essayais tout de suite d’y poser des mots et l’un nourrissait l’autre.
Ça a été différent pour cet album, j’ai voulu une fois encore bousculer mes habitudes et me challenger, j’ai d’abord écrit tous les textes en m’isolant 15 jours et ensuite je les ai mis en musique en m’isolant à nouveau une dizaine de jours. Le titre « Toboggan » en est d’ailleurs complètement la métaphore, la montée de l’échelle représentant l’inspiration emmagasinée pendant ces dernières années, et la glissade représentant l’écriture et la composition des chansons de l’album.
Quand tu écris, est-ce que tu cherches d’abord à raconter une histoire, à transmettre une émotion ou à laisser chacun y projeter sa propre interprétation ?
Je cherche d’abord un shoot d’endorphine. Après, parvenir à réussir un peu des 3 dans la même chanson, c’est une jolie finalit. Le but c’est toujours le partage et j’aime beaucoup l’idée qu’une chanson n’appartient plus totalement à celui qui l’écrit une fois qu’elle est partagée. Quand quelqu’un y trouve autre chose que ce que j’y avais imaginé, parfois c’est volontaire de ma part, par pudeur souvent, et ça m’amuse beaucoup. Mais lorsque ça ne l’est pas, ça peut être très et intéressant et surprenant.
Si tu devais garder qu’un titre de Toboggan, pour te définir lequel choisirais-tu ? Et pourquoi ce titre te représente-t-il le mieux ?
Je crois que je choisirais -Dans le bon désordre- parce que ça résume assez bien ma manière d’avancer dans la vie comme dans la création.



