[Ciné] « l’Odyssée » de Christopher Nolan. Mon royaume pour un cheval !

Comment faire plus fort qu’ « Oppenheimer »? Comment faire plus dingue que « Memento« ? Je vous rassure, le dernier film de Christopher Nolan n’a pas l’ambition de ses prédécesseurs en terme de film d’auteur mais se pose là en matière de divertissement intelligent et fortement thuné. Il fallait avoir les reins solides pour s’attaquer à l’un des monuments littéraires les plus inadaptables. Trop long, trop épique, trop littéraire et trop poétique. Comment empoigner l’Odyssée ?

Christopher Nolan, en se penchant plus particulièrement sur le personnage d’Ulysse, y parvient haut la main. Casting à faire chialer l’âge d’or d’Hollywood, réalisation ample et néanmoins proche de la psychologie de ses nombreux personnages, musique de Ludwig Göransson adepte des infrabasses, ellipses et flash-back, distorsion de l’espace temps sur la base des souvenirs ( en mode fragmentation morcelée) de son Héros… Vous l’aurez deviné, Nolan ne change rien à ce qui fait sa marque de fabrique mais livre, certainement, son film le plus accessible. Point de symbole- toupie à double sens, point de fin ouverte ou de narration en suspens. Tout y est frontal et terriblement  » réaliste » ( si l’on peut définir un conte initiatique de la sorte). C’est sans conteste ce qui fait la réussite critique et publique de ce divertissement de haut vol. Traiter avec un infini sérieux ce qui pourrait s’apparenter au film de genre ( ses écarts, sa gratuité et ses facilités).  » Jason et les Argonautes (que je vénère) ne sera pas convoqué dans ces 3 heures sous haute tension. Mais la profondeur des personnages, leurs tiraillements (merveilleuse Pénélope sous les traits d’Anne Hathaway) et leurs désirs seront de tous les plans. L’équilibre entre l’introspection et la baston est parfaite, la guerre n’étant jamais démontrée de manière orgiaque et sa violence induite jamais ostentatoire. Au contraire. Le message politique tout en nuances brocardant Trump et ses potes despotes est bien senti. Dans un final où la revanche d’un peuple se dispute à l’amertume d’une victoire sans éclat, c’est toute la géopolitique fragile d’un monde au bord de l’implosion qui nous est suggérée. Enfin, voir autant de stars au service d’un seul et même projet casse-gueule (t’as kiffé, sérieusement,  » Troie », toi, de Wolfgang Petersen?) avec une humilité transversale, cela fait franchement plaisir à voir. Matt Damon vieillit très bien (putain, il a mon âge) et prouve que l’on peut incarner les amnésiques une seconde fois avec panache. Et John Leguizamo livre une composition d’anthologie, à des kilomètres de « Roméo et Juliette » ou « Super Mario Bros- le film ». Mais je ne veux pas oblitérer le reste du casting. Toutes et tous y sont formidables. Que ce soit Corey Hawkins et Robert Pattinson, fourbes à souhait, ou Elliot Page, désarmant. Que ce soit Lupita Nyong’o troublante de fébrilité, ou Charlize Theron, charmeuse de serpent Que ce soit tant d’autres et tant d’autres, bon sang, c’est un sans-faute à l’écran.

Voir  » l’Odyssée », c’est voir ce que Warner Bros et les USA proposent de plus gonflé à l’heure actuelle. Un cinéma inventif, hors du temps et terriblement saisissant. Un futur classique qui prend son temps sans jamais prendre son public pour un bouffeur de popcorn sans discernement. Moins profond que son film antérieur ( contexte oblige), Christopher Nolan n’en oublie pas d’être un conteur d’exception et nous emmène dans des temps immémoriaux où la magie rimait avec théologie.

Numéro un du box-office mondial en une semaine.

Voici un score qui laisse songeur.

Tu sais, réalisateur de mon cœur.

J’en ai totalement rien à foutre du foot et de ses supercheries.

Mais pour 2026, mon Christopher, t’es mon champion toutes catégories.

John Book.