S’atteler à un biopic sur Michael Jackson ? L’idée semblait évidente tant le prénom du chanteur est inscrit en lettres d’or dans l’imaginaire collectif. Interprète à la voix d’ange, danseur robotique/élastique, recycleur inspiré et auteur sensible, tout en MJ concourrait à une retranscription cinématographique hors norme. À l’annonce d’Antoine Fuqua comme maître d’œuvre de cette entreprise, la joie me fit dresser les poils de mes avant-bras. Pensez donc ! Le réalisateur de « Training Day » associé à la vie de « The King of Pop », il y avait de quoi saliver. Connaissant le cinéaste pour ses cadres forts bien structurés et son appétence pour la violence fulgurante et les personnages abîmés par leur passé, « Michael » s’annonçait orgiaque et – je l’espérais – doté de zones d’ombre enfin dévoilées.
Sans surprise, le succès est instantané avec son million d’entrées en une seule semaine en France et cette « relecture » prend des allures de bulldozer… Toutefois, le long-métrage-perclus de critiques peu élogieuses – semble décevoir les fans et la presse. Hic. « Michael », trop aseptisé ? En cet après-midi pluvieux, je m’engouffre dans un cinéma municipal doté d’une salle en son 7.1 (rien que ça). Vais-je retrouver la fièvre de mes 16 ans ? Les posters géants de ma chambre d’ado et les maxi 45 tours de morceaux en « version longue » écoutés religieusement ? Les chorégraphies apprises jour après jour ? Les clips vus une centaine de fois ? L’écran s’illumine. Mes yeux aussi…
Faites vos jeux. Rien ne va plus.
Et, effectivement, dès le préambule, cela sent le roussi. Antoine Fuqua abandonne tout style et toute « marque de fabrique » pour mieux s’engouffrer dans le « mainstream ». Le moelleux.
Mon Dieu.
« Michael », pourtant produit par Universal, parait estampillé « Disney » et souffre d’une photographie digne des téléfilms de Noël diffusés sur TF1. Les décors enneigés de l’Indiana sonnent faux et cette fratrie ne parvient pas à nous émouvoir. La faute à un manque d’interaction totale entre tous les protagonistes. Unique noyau dur où tous les électrons gravitent : le père. Mais un père dessiné à gros traits (pauvre Colman Domingo, maquillé comme une voiture volée par Little Richard). Et le reste ? Basta !
Ses frangins ? Inexistants. Sa Maman ? Présente lors d’un échange des plus banals. Et le long-métrage d’accumuler mauvaises notes sur mauvaises notes…
Je m’explique. Se lancer dans un biopic, c’est se mesurer à un personnage avec ses qualités mais, surtout, ses failles. C’est le désacraliser afin de nous le rendre terriblement familier. Que ce soit pour « Walk the Line » ou « Un parfait inconnu » de James Mangold, « Control » d’Anton Corbjin, « Bohemian Rhapsody » de Bryan Singer ou le plus récent « Deliver Me from Nowhere » de Scott Cooper, tous ces cinéastes se sont employés à y injecter leur ADN et celui de leur héros. Un film de Mangold n’est pas un film de Corbijn. Un film d’Oliver Stone (« The Doors » et sa caméra virevoltante) n’est pas un film de Baz Luhrmann ( « Elvis » et son rock baroque). Malheureusement, dans cette réalisation sans relief, rien ne distingue les choix artistiques de Mr Fuqua d’une IA. Champs et contrechamps rantanplan. Pas de paroxysme dans ce récit initiatique. Pas de climax.
Le remixeur des « 7 mercenaires » est corseté dans les ruines d’un scénario et d’un cahier-décharge. Et ça fait mal.
Incompréhension.
La firme Lionsgate s’est, tout de même, adressée au créateur de « L’élite de Brooklyn » ! Et le résultat ? Quel résultat ? Quand on songe à ce que Steve McQueen (« 12 years a slave ») ou Spike Lee auraient donné en contrepartie ! Selon certaines sources, une séquence d’ouverture – où des voitures de police encerclent « NeverLand »- fut tournée par Antoine Fuqua. Voilà de quoi entamer un fucking biopic et débattre sur la culpabilité présumée de notre Jacko ! « Michael The Movie », nid à tabloïds ? Et pourquoi pas, vu les extravagances, comportements limites et autres dérapages incontrôlés du principal intéressé ?! « Bohemian » a-t-il fait l’impasse sur les excès de Freddie Mercury ? Non. Ce serait manquer d’honnêteté. Mais la famille Jackson veille à ce que rien ne dépasse. Dans le sens du poil, mes Ami(e)s, mais pas ceux de mes avant-bras.
Est-ce que le choix de Jaafar Jackson en avatar de son oncle participe à cette mainmise toute puissante ? Bien entendu. Mais reconnaissons à ce dernier un talent certain.
Notre trentenaire a travaillé dur et cela se voit à l’écran. Danse, timbre de voix, chant…Broadway est dans la place. Mais l’incarnation se bute sur le physique si androgyne de Bambi. C’est d’autant plus flagrant sur le tournage de « Thriller » où le faciès zombie de Jaafar ne colle plus du tout à la vedette évoquée. Et puis, ce manque de souplesse comparé à l’original…même ses mouvements lascifs sont plaqués. Bien étudiés, certes, mais peu instinctifs.
Enfin, proposer plus d’une heure (ou presque) de prestations scéniques ! Franchement ! Hormis « Motown 25 » qui signa l’avènement de la superstar, ces dernières ne revêtent aucune dimension « mythique » ou symbolique.
En place de ces stades ras la gueule à caractère répétitif (cinématographiquement parlant), nous aurions pu avoir droit à une facette plus intime du Smooth Criminal. Son histoire d’amour avortée avec Brooke Shields, ses engueulades homériques avec Quincy Jones lors de la conception de son album multiplatiné, son amitié avec Paul Mc Cartney, Stevie Wonder et Steven Spielberg, ses collaborations fructueuses avec Toto et Michael Sembello, ses emprunts non déclarés à Manu Dibango et Bob Fosse, la découverte du « Moonwalk » dans la rue via des gamins breakdancers, le projet » We are the World », ses caprices de Diva, etc… Non.
Juste un chimpanzé en images de synthèse, issu de l’écurie de « La Planète des Singes ». C’est rosse pour Diana.
La narration s’arrête pile avant sa débâcle personnelle. C’est bien pratique. Générique de fin (vite torché) et une annonce : « Son histoire continue ».
Aveu de capitulation ? Who’s Bad ?
Je suis sorti perplexe et déconcerté. En ce Star Wars Day, des étoiles apparurent lors d’un teaser prometteur de « The Mandalorian & Grogu » mais nullement dans ce biopic peu épique (haha) et nullement authentique. So long Michael. Tu te rêvais Peter Pan et te voici, post-mortem, en Pinocchio. Petite poupée fragile dont les fils sont, encore, tirés par des marionnettistes du nom de Jackson.
Que reste-t-il de mes amours ? Pas grand-chose. Une autobiographie (« Moonwalk ») non exploitée, des tubes éternels en Surround et une seule scène : MJ / Jaafar échangeant avec des voyous lors des prémices chorégraphiques de « Beat It ». Il y apparaît décontracté, amusé et tout simplement humain. Ancré dans le réel.
Pour le reste, faites un test. Pourriez-vous me citer, au sortir du film, le nom de tous ses frères ? Et, surtout, y accoler les visages des acteurs qui les incarnent ? Non ? This is it!
« Michael », « King of « Bof » ? C’est pire que cela. Voici un « produit » sans âme qui occulte les béances d’une existence. Une relecture superficielle qui relance la machine à sous sans se soucier de la vérité. « Michael », c’est un épisode des « Bisounours » qui rime avec esbroufe. Le film plaît ? Je presse play et je reset.
En 1988, Michael Jackson chantait « Je ne veux pas la fin de nous ».
Il ne croyait pas si bien dire.
John Book.



