Fat Dog n’a visiblement toujours pas trouvé le bouton « pause ». Et tant mieux. « Cancel Me (I’m Tired) », second opus du quintet londonien, embrasse le chaos sur un terrain vague en pleine crise existentielle. Désinvolture déjantée. Saturation désenchantée. Un certain sens de la fête. Jusqu’à la fin. Jusqu’à la fin du monde. Dix morceaux lancés à pleine vitesse, où l’électro-punk croise la rave, le rock’n’roll, la country spatiale, le psychédélisme et quelques fantômes disco venus hanter la fête.
L’effet de surprise, lui, est immédiat. Smile And Wave déboule comme une rave industrielle sous acide, entre électro-punk distordu, disco déglinguée et rock’n’roll sous haute tension. On pense à Nine Inch Nails propulsé dans une fête foraine, aux Klaxons sous amphétamines ou à Sigue Sigue Sputnik ayant définitivement perdu le contrôle du vaisseau. Fat Dog aime toujours autant la collision, le mauvais goût revendiqué, l’excès et les refrains capables de transformer une salle en zone de turbulences.
Puis arrive Go Fuck Urself. Et presque subrepticement, Fat Dog écrit une chanson pop. Une vraie. Synthés aériens, mélodie imparable, voix presque susurrée : derrière le titre frontal se cache un morceau étonnamment doux, dont le nihilisme se glisse sous la peau plutôt qu’il ne la lacère. Le groupe découvre ainsi un nouveau carburant : l’ambivalence.
Car Cancel Me (I’m Tired) porte bien son nom. Derrière les beats scintillants et les déflagrations électroniques, l’épuisement affleure. Heart Of Darkness ralentit la cadence et laisse entrer une mélancolie presque nue. Snakes s’aventure du côté d’une folk théâtrale, tandis que le morceau-titre transforme la fatigue et le désenchantement en étrange hymne disco. Même l’aveu de lassitude devient matière à danser.
C’est là que Fat Dog franchit un cap. Le groupe conserve cette énergie de meute qui faisait le sel de WOOF, mais accepte désormais de laisser filtrer le doute, la vulnérabilité et quelques zones d’ombre. Les morceaux les plus furieux — Shit Love, Bad Dog — peuvent parfois donner le vertige par leur accumulation, mais cette démesure participe aussi au propos : ici, l’épuisement n’est pas un thème, c’est presque une méthode de composition.
Cancel Me (I’m Tired) n’est donc pas simplement la version XXL de WOOF. C’est un disque plus accidenté, plus mélodique, parfois plus étrange encore, où l’euphorie et le spleen se cognent sans cesse. Fat Dog ne cherche plus seulement à faire pogoter les foules. Ils veulent désormais voir jusqu’où leur machine peut dériver.
Une rave en plein burn-out, un hymne nihiliste avec des paillettes et, derrière le masque du chien fou, une fatigue bien réelle. Fat Dog aboie toujours. Mais cette fois, on entend aussi ce qu’il y a derrière les crocs.




