[Interview] Olivier Triboulois – « Je fais semblant de toi »

À l’occasion de la sortie de son nouvel album « Je fais semblant de toi », attendu le 15 mai sur le label Coeur sur toi records, Olivier Triboulois poursuit une trajectoire créative, où chanson mélancolique, textures pop et échappées rock cohabitent avec toujours plus de justesse. Porté par neuf nouveaux titres, ce disque explore une fois de plus des thèmes chers à l’artiste : le manque, la solitude, les souvenirs et cette manière très personnelle de faire naître l’émotion sans jamais l’imposer. Entouré de Frédéric Poulain aux arrangements, guitare et basse, et de Gilles Martin au mastering, Olivier livre un album à la beauté prégnante et à la sensibilité universelle. Rencontre.

Ton nouvel album « Je fais semblant de toi  » sort le 15 mai. Que révèle ce titre sur la thématique centrale du disque ?
Je ne sais pas s’il y a vraiment une thématique…il y a dans ce nouvel album comme dans les précédents albums, certains sujets récurrents : l’absence, la solitude, le manque, la rêverie, la nature…En tout cas il n’y a pas l’idée au départ de faire une thématique particulière, peut-être qu’elle se construit d’elle même au fur et à mesure. J’aime à penser que les personnes qui écoutent ma musique se fassent leurs propres opinions, leurs propres impressions…Que cela soit dans mes textes ou ceux des autrices/auteurs que je choisis il y a forcément au-delà de l’appétence, un certain cousinage avec ce que je ressens.

Le premier extrait, “L’absence”, donne une tonalité assez introspective. En quoi ce morceau est-il représentatif de l’ensemble de l’album ?
C’est J.C Bourdet qui a écrit ce texte. J’avais lu plusieurs textes de lui et j’avais très envie de travailler avec lui. À ma demande, il m’a envoyé plusieurs textes et j’ai tout de suite été happé par celui-ci. Pour chanter les mots d’une ou d’un autre, il faut que je sois complètement accro à chaque mot. Au-delà de ce qu’il raconte et il y a cette sensation qu’il procure. Personnellement je suis loin de la chanson dite réaliste, j’aime ne pas tout comprendre et être plus embarqué dans un univers poétique et mélancolique. Je crois que c’est ce qu’il me correspond le mieux quand je fais de la musique. Sinon littéralement tout est dit dans le titre de la chanson, cela aurait pu être d’ailleurs aussi le titre de l’album. Pour moi dans « l’absence » il y a le manque, la tristesse, des souvenirs…Et oui c’est des thèmes que l’on peut retrouver dans pas mal de mes chansons.

Tu annonce un album pop/rock de neuf titres. Comment as-tu travaillé l’équilibre entre efficacité mélodique et profondeur émotionnelle ?
Il est toujours difficile d’identifier et de préciser le style exact d’un album. Pour caractériser il faut donner une étiquette, il m’a semblé à l’écoute de ses nouvelles chansons qui se dégageaient une ambiance plutôt chanson pop/rock. Tout cela reste totalement subjectif. Les synthétiseurs et ma voix (plus chanté que parlé contrairement à d’habitude) sont plus dans cet aspect « profondeur émotionnelle » dont tu parles. L’alchimie entre les deux (équilibre mélodique et profondeur émotionnelle), reste tout de même perfectible et propre à chaque auditrice/auditeur. C’est pourquoi j’aime bien employer le verbe essayer quand je parle de ma musique. Ce qui me paraît le plus important c’est ça : essayer de faire, essayer d’être créatif, essayer de déclencher une sensation et/ou une émotion. Après c’est à chacune/chacun de ressentir ou pas les choses.

Qu’est-ce qui a déclenché l’écriture de cet album ? Y a-t-il un événement ou une période précise qui en est à l’origine ?
Comme à chaque fois c’est principalement et essentiellement l’envie et le besoin de créer. À chaque fin d’album ou d’Ep je ressens la nécessité de repartir sur un nouveau projet. En général j’alterne album instrumental et album de chansons. Il n’y a pas donc d’événement à proprement dit, mais ce côté viscéral d’essayer d’être créatif et de m’exprimer. Peut-être que c’est aussi une sorte de thérapie pour supporter certaines choses de la vie.

Tu as collaboré avec Frédéric Poulain aux arrangements, guitare et basse. Comment ce partenariat a-t-il influencé la direction sonore du projet ?
Avec Fred on joue ensemble depuis environ 1 an et demi. On a d’abord fait quelques concerts ensemble où il a apporté sa touche guitare et/ou basse sur certains de mes morceaux déjà existants. Pour ce nouvel album, j’ai moi-même repris la guitare que j’avais délaissé depuis quelques années. Et rapidement le côté « électro » qui transpirait un peu de mes précédents albums a disparu. Et tout naturellement le côté plus « pop » et parfois même quelques sonorités rock ont pris l’ascendance. Fred a je pense enrichi mes compositions avec ses arrangements, et ils ont modifié le rendu initial des chansons pour donner ce résultat.

Le travail sur les arrangements semble central ici. Avais tu dès le départ une vision précise des textures sonores que tu voulais ou s’est-elle construite en studio ?
Contrairement à d’habitude, où je faisais mes arrangements tout seul, l’enregistrement de l’album s’est déroulé sur presque une année. Et j’ai même retravaillé complètement les compos de certaines chansons comme « L’effigie ». Ensuite Frédéric a eu carte blanche pour apporter ses idées et son son sur les parties guitares et basse. De mon côté je me suis occupé des synthétiseurs et des programmations rythmiques. On a travaillé de 2 façons différentes en parallèle : ensemble et chacun de notre côté. Ce qui me semble a eu un impact positif. Au fil du temps c’est tout cet ensemble qui a donné une certaine couleur à l’album et qui donnera aussi la couleur à d’autres futures chansons.

Le mastering a été confié un fois de plus à Gilles Martin. Qu’apporte son intervention dans la finalisation du son de l’album ?
Gilles a carte blanche, je lui fais entièrement confiance. Il travaille sur le son des instrumentaux et sur la voix. Je pense que son regard extérieur apporte un vrai plus au son des chansons. Même si bien sûr on discute ensemble de ce que j’aimerais à quoi ressemble l’album. C’est une grande chance et une certaine fierté que Gilles veuille bien apporter sa patte artistique sur mes petites créations.

Le titre de l’album évoque une forme de projection ou de dédoublement. Ce disque semble plus personnel que tes précédents opus ?
En fait c’est un peu comme pour le dessin ou la poésie, j’analyse très peu de ce que je fais…je suis plus dans un ressenti, une sensation, une certaine émotion…le disque précédent était déjà très personnel voire même un peu impudique pour au moins une chanson…il y a d’ailleurs certaines chansons que je ne peux plus jouer en concert car l’émotion prendrait le pas…ce côté « personnel » peut avoir un côté « universel » puisque cela touche à des évènements ou des problématiques qui transpercent nos vies.

En écoutant “L’absence”, on perçoit une certaine retenue émotionnelle. Est-ce une manière pour vous de laisser plus de place à l’auditeur dans l’interprétation ?
Comme je le disais précédemment, il faut laisser de la place à celles et ceux qui écoutent : à l’interprétation, au doute, à une certaine rêverie…être trop dictatique, cela ne fait pas parti de ce que j’ai envie de faire. Mais c’est comme dans la vraie vie, il est préférable que chacun réfléchisse et se fasse sa propre opinion plutôt que de suivre aveuglément le troupeau.

Photo de couv. DR