Et c’est parti pour une rétrospective de films plus ou moins réussis ou ratés, foutraques, exaltants et datés. Car, non, il n’y a pas que « L’Odyssée » de Christopher Nolan ou « Spider-Man : Brand New Day » de Destin Daniel Cretton à dévorer en cet été 2026. Il y a, aussi, des tartines de séries B et Z culbutant des classiques impérissables à retrouver chez soi. On engage les hostilités avec une curiosité ? « Time Bomb » d’Avi Nesher sorti en 1991.
A cette « époque », il était plutôt facile de s’engoufrer dans une salle afin de voir des œuvres jugées mineures mais adoubées par « L’écran Fantastique » ou « Mad Movies ». Ainsi, les rouleaux compresseurs menés par Stallone ou Schwarzenegger pouvaient côtoyer des films de genre au budget nettement plus modestes mais à l’inventivité débridée…dans la pièce d’à côté. Deux salles de cinéma parisiennes excellaient en la matière : le « George V » situé tout en haut de l’avenue des Champs-Elysées et le Forum Orient Express niché au cœur des Halles. Que de films mal fagotés ai-je pu voir en cette décennie bénie… ! « Warlock » de Steve Miner, » La créature du cimetière » de Ralph S. Singleton, « Hardware » de Richard Stanley, « Darkside: les contes de la nuit noire » de John Harrison ou encore « Cabal » de Clive Barker. Mais point de « Time Bomb »… quand ce dernier me faisait sérieusement du gringue dans l’anti-chambre de « Terminator 2 : le jugement dernier » ! Pas le temps. Pas trop l’envie. Ou une durée d’exploitation très limitée. Je ne me souviens plus des raisons de ce manque dans ma cinéphilie personnelle. Il me faudra patienter de longues années avant de dénicher sur le stand d’une brocante ce précieux sésame et bien d’autres sucreries. J’y décèle, aussi, des DVD en zone 1 (imports américains, très prisés par les spécialistes). Et comme le monde est tout petit, la vendeuse m’avoue vendre les DVD de son ex-mari après avoir fréquenté -en tant que cliente- une immense enseigne culturelle située dans le 8ème arrondissement début 2000. J’y étais vendeur vidéo. Nos chemins se sont, donc, forcément croisés.
Bref !
Revenons à « Time Bomb » réalisé par Avi Nesher avec Patski Kensit et Michael Biehn. Ces trois noms ne vous disent rien ? C’est absolument compréhensible pour Mr Nesher dont l’escapade hollywoodienne se résuma en une poignée de films d’action peu inspirés. Mais pour ses deux interprètes principaux, vous n’avez aucune excuse si vous êtes âgés de plus de 50 ans !
Souvenez-vous. Le Top 50, animé par l’impayable Marc Toesca et son fameux « Salut les p’tits clous ! » (Phrase d’accroche inventée par l’animateur, suite à un courrier lui étant adressé sous le nom de « Marteau Esca »…tout est dit !), frémit en cette année 1988. Eight Wonder, mené par la torride Patsy Kensit, explose les charts avec « I’m not scared » (composé par les immenses Pet shop Boys) et nous donne la chair de poule. Petite carrière rapido de la demoiselle avec « Gatsby le Magnifique » de Jack Clayton, « L’oiseau Bleu » de George Cukor, l’ultra romantique « Guerre et Passion » de Peter Hyams, l’éléctrique « Absolute Beginners » de Julien Temple avec David Bowie et l’explosif « L’Arme Fatale 2 » de Richard Donner. Peu de star-system mais un glamour infini sur la pellicule et les tabloïds. Voici pour la Belle.
Et la Bête ? Je le mentionnais plus haut, Michael Biehn demeure, dans la culture populaire, l’incarnation absolue de Kyle Reese. L’homme contre la machine. Le rebelle contre le Terminator.
Abonné aux « hits » de James Cameron, qu’est ce qui a poussé notre acteur solide à entrouvrir la porte de cette série B ? Certainement un rôle en tête d’affiche et l’espoir d’entamer une carrière en solo et non en second plan. Choix audacieux (la productrice Raffaella de Larentiis, fille de Dino, fut derrière les cordons de la bourse du « Dune » de Lynch, ouais, ouais…) mais choix totalement périlleux (Raffaella, toujours, …), le long-métrage se croûta au box-office sans airbag ni parachute. A qui la faute ?
Cela commençait plutôt bien avec une introduction mystérieuse sur fond de mannequins de cire et de tueurs à gages. Puis, « Time Bomb » s’engouffre dans la paranoïa d’un quidam ex-assassin dont le passé revient par bribes. Double ego. Flashs. Sa psy est de la partie et cela se termine fatalement au lit. Entre les deux ? Des explosions, de la baston, des moments gênants (Michael Biehn gueulant dans un sarcophage expérimental) et de l’héroïsme pompier. Et puis, ces méchants tellement méchants, ce gouvernement qui nous ment tout le temps, cette réalisation sans relief qui empile lieux communs et transitions surréalistes (nos flingueurs ne sont JAMAIS inquiétés par la police) et ce scénario mojito, secoué au shaker. Ce n’est plus un long-métrage, c’est un bordel sans nom. L’histoire ? Pompée sur » Un crime dans la tête » de John Frankenheimer, le comics « L’Arme X » de Barry Windsor-Smith centré sur les origines de Wolverine, « Robocop » de Paul Verhoeven et la série « Le Fugitif ».
Le casting ? Totalement inefficace.
Autres temps, autres mœurs, le personnage féminin est un faire-valoir sans âme supportant tant bien que mal(e) les délires de son héros bodybuildé. Et quand mademoiselle crie « Me Too », notre gorille hurle « Minou ! » sous les applaudissements d’un public en rut. Pauvre Patsy Kensit, apparaissant dans le plus simple appareil dans une scène de sexe gratuite et moche. Pour la suite de « Lethal Weapon », Mel Gibson avait l’élégance de montrer son cul dans un élan solidaire. Là, rien du tout.
A poil les meufs. Et basta.
« Time Bomb », produit geek pour teenagers boutonneux ? Nous le savons, le public adolescent est une cible idéale pour la consommation de masse. Et une force économique non négligeable. Mais pourquoi ne pas flatter leur intelligence plutôt que leurs bas instincts ? Pourquoi leur servir de la soupe ? Et puis, cette laideur picturale qui dégouline incessamment sur l’écran. Myxomatose. Il faut subir ce dégueuli virtuel et ces effets spéciaux (plus étrons que « TRON ») pas beaux dont le nec s’avère tout relatif. Il faut se torcher ces mélanges hasardeux 2D/3D. Cornegidouille ! Où classer ce film ? Loin de ses inspirations ! Avi Nesher s’imagine John Mc Tiernan mais n’en possède ni le second degré ni l’efficacité. Et pourtant. Il se dégage de ce fatras de scènes disséminées un charme étrange. L’impression diffuse de voir, devant nous, un puzzle dont les pièces manquantes sont bien plus bandantes que les apparentes : ressorts psychologiques, réactions logiques, issue fatale, etc…Where are you ?
Existe-t ‘il une version longue de « Time Bomb » ? C’est à souhaiter, tout comme il existe une version uncut du « Daredevil » de Mark Steven bien plus digeste…
Je veux comprendre, je veux savoir.
Je peux surtout entrevoir les dégâts causés par ce pas de côté.
Patsy Kensit sut rebondir. Téléfilms, Direct to DVD, séries TV et rockstars fortunées. Le cinéma comme des vacances. C’est plié. Et qui pourrait la juger ?
Mais Michael Biehn ! Michael Biehn !
Au beau milieu des 90’s, il était pressenti pour incarner Peter Parker dans un « Spider-man » réalisé par James Cameron !
T’imagines l’orgie ? T’imagines le boost dans une carrière qui peine à décoller ?
Certes, « Tombstone » de George Pan Cosmatos, « Jade » de William Friedkin et « The Rock » de Michael Bay figurent en bonne place sur un CV en pointillés.
Certes, son physique de G.I. Joe le sauvera de l’oubli.
Mais pour une valisette de films majeurs, combien d’erreurs ?
T’a beau te démerder. Hollywood est une industrie cruelle.
Elle fait rimer seconds couteaux à la pelle avec couteau suisse et Opinel…
Demeure ce « Time Bomb », à la mécanique maudite et qui grippa fortement la trajectoire épileptique d’une étoile qui se rêvait Super-Nova.
Moteur. Action.
Ou comment couler une Biehn…
John Book.


