De Minehead aux tournées sold-out, Getdown Services a grandi sans vraiment quitter l’enfance. Celle des jeux vidéo, des références absurdes, des amitiés indéfectibles et des concerts improbables, parfois devant deux personnes et un chien. Mais derrière le chaos joyeux, les synthés qui débordent et l’humour potache, Massive Champion laisse apparaître une autre facette : plus vulnérable, plus introspective, sans pour autant renoncer à cette irrévérence qui fait son identité.
En regardant vers leur enfance et les années passées à Minehead, Josh Law et Ben Sadler interrogent ici ce qui reste en nous lorsque l’on grandit : l’anxiété, le sentiment de décalage, les maladresses sociales, mais aussi les liens qui nous construisent. « Cha Cha Slide » en est peut-être l’exemple le plus frappant : derrière son apparente légèreté se cache une chanson sur ces émotions qui, à six ans comme à plus de trente , peuvent continuer à nous traverser avec la même intensité.
Alors que « Massive Champion » ouvre un nouveau chapitre, Josh revient avec nous sur l’enfance, la vulnérabilité, l’humour, leur amitié, leurs influences et ce chemin improbable qui les a menés des petits concerts chaotiques de Bristol aux scènes internationales.
« Massive Champion » semble plus personnel et émotionnel que Crisps. Aviez-vous conscience de prendre l’album dans cette direction en l’écrivant ?
Ce n’est pas quelque chose dont nous avions vraiment conscience en tant que tel, mais nous étions certainement plus à l’aise avec l’idée d’être vulnérables dans nos paroles cette fois-ci. Je pense que notre musique nous a toujours semblé assez vulnérable, mais peut-être que cette fois nous n’avons pas ressenti autant le besoin de mélanger l’humour de la même manière qu’avant.
Avec le recul, je pense qu’une grande partie de la dimension absurde de Crisps venait d’un sentiment de mal-être assez profond. Donc, d’une certaine manière, Crisps est pour nous un album beaucoup plus personnel et triste, ce qui est peut-être assez ironique.
L’album revient beaucoup sur l’enfance et vos années à Minehead. Pourquoi était-il important pour vous de regarder vers le passé à ce moment de votre vie ?
Je pense que c’est une étape naturelle du fait de grandir que je n’avais encore jamais franchie. Je pense que mon développement personnel, dans la vingtaine, a été freiné par le chaos et le mal-être dans lesquels je me trouvais. J’ai passé une grande partie de cette période à essayer de gérer tout ça, à me distraire, et peut-être que le fait de me concentrer sur le groupe a libéré une partie de mon cerveau qui pouvait enfin prendre du recul et réfléchir davantage à tout ça.
Dans « Cha Cha Slide », vous transformez une chanson festive en quelque chose de beaucoup plus intime, autour de l’anxiété et de la solitude. D’où vous est venue cette idée ?
Je réfléchissais au fait que la sensation physique de certaines émotions négatives ne change pas énormément au cours de notre vie. L’anxiété à six ans et l’anxiété à trente et un ans sont en grande partie ressenties de la même manière ; on les traite simplement différemment.
J’ai trouvé cette idée intéressante et elle m’a fait penser au fait que je ressens souvent exactement les mêmes sentiments d’aliénation et de maladresse sociale lorsque je vais à une fête qu’à l’époque où j’étais enfant.
L’humour est partout dans vos chansons, même lorsque vous abordez des sujets assez sombres. Est-ce une manière pour vous de rendre ces sujets plus faciles à affronter ?
Je pense que oui. C’est difficile à dire parce que ce n’est pas quelque chose dont nous avons vraiment conscience, mais rire des choses fait définitivement partie intégrante de notre amitié, et le groupe est essentiellement une trace de cette amitié.
Nous avons appris qu’on peut prendre les choses au sérieux et en rire en même temps, que ces deux choses ne sont pas incompatibles. Et comme tu le dis, l’humour permet parfois de mieux assimiler les choses sérieuses.
Nous prenons les choses au sérieux, peut-être plus qu’il n’y paraît, nous le faisons simplement en continuant à en rire.
Vous avez dit que vous étiez toujours « ces deux garçons de 12 ans qui s’encouragent mutuellement ». Après toutes ces années, quelle est la chose qui n’a pas changé dans votre relation ?
Je pense que nous continuons à nous faire rire de la même manière qu’avant et que nous sommes toujours pratiquement inséparables. Depuis que nous sommes devenus amis, nous avons tout fait ensemble, d’une manière qui nous a toujours semblé évidente et naturelle.
C’est un peu cliché, mais avec le temps, j’ai réalisé que nous avons toujours eu une relation très fraternelle, et ça n’a absolument pas changé.
Vous êtes passés de concerts devant deux personnes et un chien en France à des tournées à guichets fermés. Votre rapport à la scène a-t-il changé avec ce succès ?
Il y a naturellement un peu plus d’adrénaline, mais en ce qui concerne ce que nous ressentons sur scène, ce n’est pas aussi différent que nous le pensions.
Il est impossible de comprendre pourquoi ou comment autant de personnes sont là, alors nous faisons abstraction de tout ça et faisons ce que nous avons toujours fait. Nous essayons de donner autant d’énergie que possible aux personnes qui sont devant nous et de faire de notre mieux pour oublier le contexte plus large.
Probablement parce que ça nous effraie et nous déconcerte.
Vous avez aujourd’hui une communauté très fidèle, les « Crabbers ». Pourquoi pensez-vous que les gens se connectent autant à votre musique, même lorsqu’ils ne comprennent pas forcément toutes vos références ?
Si les gens ont le sentiment que notre musique est quelque chose autour duquel ils ont envie de créer des groupes et des communautés, c’est l’un des plus beaux compliments que l’on puisse recevoir.
Nous ne savons pas vraiment ce qui, chez nous, provoque ça, mais nous faisons toujours de notre mieux pour prendre du temps pour toutes les personnes qui nous soutiennent.
Ça n’a pas vraiment de sens pour nous que les gens ressentent ça à notre égard, et je pense que c’est ce qui rend la chose encore plus incroyable.
Après Massive Champion, avez-vous déjà envie d’emmener Getdown Services dans une direction musicale complètement différente, ou êtes-vous encore en train de découvrir jusqu’où le groupe peut aller ?
Oui, définitivement. Nous avons toujours suivi notre instinct en matière de musique et nous sommes de plus en plus confiants dans le fait de lui faire confiance. C’est la seule manière que nous connaissons pour faire de la musique.
Nous avons quelques idées de choses que nous aimerions essayer, mais nous avons appris que nous nous en tenons presque jamais à ces idées. Dès que nous commençons à travailler sur de nouveaux morceaux, tout ce que nous pensions faire part en fumée.
Nous nous sentons cependant plus créatifs que jamais et je ne pense pas qu’il faudra très longtemps avant que la prochaine chose soit terminée.
Votre musique passe librement du post-punk à la disco, à l’électronique et au rock, avec des influences parfois très inattendues. Qu’est-ce qui vous inspire aujourd’hui et y a-t-il des artistes ou des genres qui ont particulièrement nourri Massive Champion ?
Nous aimons beaucoup de styles de musique différents, mais nous revenons toujours aux mêmes choses qui nous inspirent : Daft Punk, The White Stripes, AC/DC, T. Rex, essentiellement la pop et le rock classiques.
J’aime beaucoup le vieux folk, nous aimons tous les deux beaucoup le metal et la musique électronique. En ce qui concerne cette manière de passer d’un genre à l’autre, Bibio est une grande influence pour moi, notamment son album Ambivalence Avenue. The Avalanches et The Books nous influencent également dans ce sens.
De vos débuts à Minehead aux premiers concerts chaotiques de Getdown Services, vous avez parcouru énormément de chemin. Quand vous regardez en arrière, qu’est-ce qui vous surprend le plus ?
Ça nous a vraiment surpris lorsque les gens ont commencé à sauter partout et à pogoter sur notre musique. La France a été le premier endroit où c’est arrivé.
Pendant les deux premières années, nous arrivions à faire un peu bouger le public, mais tout à coup, les gens ont commencé à devenir complètement fous. Nous n’arrivions pas à y croire.




