Et si la musique était cette lumière fragile qui persiste, même lorsque tout semble s’effondrer ?
Nés en 1988 sur les rives de la Mersey, les Boo Radleys ont traversé les décennies sans jamais se laisser enfermer dans une seule définition. Du noise rock aux brumes du shoegaze, de l’explosion Britpop aux retrouvailles d’une formation toujours en mouvement, leur trajectoire épouse les détours d’une histoire musicale aussi riche qu’imprévisible. Giant Steps, Wake Up!, C’mon Kids : autant de jalons qui ont inscrit leur nom dans la mémoire de l’indie britannique.
Mais certains chemins ne se mesurent pas uniquement en albums ou en tournées. Ils se dessinent aussi dans les épreuves, les silences et la nécessité de continuer.
Avec « In Spite of Everything« , attendu le 16 octobre 2026, The Boo Radleys livrent un disque traversé par la perte, la gratitude et cette étrange capacité de la musique à maintenir le lien avec le monde. Pour Tim Brown, marqué par la disparition de son fils en 2024, composer devient une manière d’avancer, de trouver un refuge et de transformer la douleur en énergie créatrice. Des titres comme Living Is Easy et Song for Natalie témoignent de cette tension entre le chagrin et la lumière, entre l’intime et l’universel.
Pour autant, le groupe refuse de se raconter en chapitres soigneusement ordonnés. Simon « Sice » Rowbottom le rappelle avec simplicité : ils vivent, écrivent et jouent ensemble. Une philosophie qui traverse également leur approche musicale, libre de toute étiquette, de toute stratégie préétablie.
Alors que The Boo Radleys s’apprêtent à retrouver les scènes françaises en octobre 2026, puis au printemps 2027, Tim et Sice évoquent la genèse de ce nouvel album, les blessures qui l’ont façonné, leur rapport à l’évolution sonore et le bonheur intact de partager leur musique avec le public.
Une conversation sincère avec un groupe qui, malgré tout, continue d’avancer.
Que signifie pour vous le titre In Spite of Everything et pourquoi l’avoir choisi pour l’album ?
Tim : C’était une description particulièrement juste de notre situation : malgré tout, nous sortions un album. Nous continuons à regarder vers l’avenir. Le « tout » en question englobe plusieurs choses. Il peut être difficile pour un groupe qui possède un héritage important de continuer à avancer lorsqu’il est constamment ramené vers son passé. Et la mort de mon fils fait également partie de ce « tout ».
Sice : Ce titre résume l’expérience de la création de cet album. Nous avions vraiment le sentiment de continuer à faire un nouvel album des Boo Radleys, In Spite of Everything (« Malgré tout »). Il aurait été très facile de ne pas le faire.
Cet album a été en partie façonné par la perte vécue par Tim. Était-il difficile de transformer une expérience aussi personnelle en musique ?
Tim : C’était un choix de continuer à avancer. J’ai eu beaucoup de mal à faire face à la perte de mon fils. Mais la musique a été une échappatoire, un moyen d’exprimer ce que je ressentais, que je pouvais pratiquer seul, mais aussi au sein du groupe.
La présence de mes vieux amis et de ma famille à mes côtés m’a apporté du réconfort. J’aime faire de la musique, particulièrement travailler sur les chansons des autres membres du groupe. Il m’est plus difficile de travailler sur mes propres morceaux.
La création musicale apporte énormément d’énergie à ma vie.
« Living Is Easy » semble explorer le contraste entre le deuil et la gratitude. Qu’avez-vous voulu exprimer à travers cette chanson ?
Tim : Je suis resté auprès du corps de mon fils toute la nuit, avant ses funérailles. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire les paroles de cette chanson.
Sa mort a eu un impact immense sur moi et sur ma famille. J’ai alors repensé à d’autres événements qui avaient profondément marqué ma vie, le groupe et le monde. J’en ai intégré certains dans la chanson.
À cet instant précis, cette nuit-là, j’avais le sentiment de n’avoir plus rien. Je savais pourtant que ce n’était pas vrai. J’avais l’amour de ma famille et de mes amis. J’avais la santé. Une maison. Un travail. Enfin, deux emplois.
Il y a donc énormément de choses pour lesquelles être reconnaissant, même lorsque l’on se trouve dans un état de désespoir.
« Song for Natalie » est un autre morceau particulièrement émouvant. Comment cette chanson a-t-elle vu le jour ?
Tim : Tout a commencé avec ces accords lancinants. J’aime la musique triste, mélancolique et sombre. La plupart du temps, en tout cas. Et elle correspondait à mon état d’esprit.
Puis est arrivée cette unique phrase chantée tout au long du couplet. Elle évoquait le deuil pour moi. J’ai essayé d’en imaginer d’autres. J’ai demandé à Sice d’en proposer davantage. Mais nous avons senti que cette seule phrase possédait toute la puissance nécessaire.
Nous avons donc ajouté des bruits aléatoires. Le bruit des « autres », ceux qui essaient de vous réconforter lorsque vous êtes en plein deuil.
Le refrain est une célébration de la personne qu’était Niall / Natalie, de ce qu’il représentait pour sa famille et ses amis, de la douleur de sa disparition et du chagrin immense que sa mort avait provoqué.
Après Keep on with Falling et Eight, avez-vous le sentiment que In Spite of Everything représente un nouveau chapitre pour The Boo Radleys ?
Tim : Pas un nouveau chapitre, plutôt une évolution. Nous sommes encore en train de trouver nos marques, de découvrir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
Après deux albums moins bruyants, nous nous sommes cette fois davantage fait plaisir avec une pop plus noisy.
Sice : Non. Nous n’avons jamais pensé les choses en termes de « chapitres ». C’est une façon de voir les choses qui appartient aux autres.
Nous vivons notre vie et nous faisons de la musique ensemble. C’est ce que nous avons toujours fait.
Le groupe a traversé différentes périodes, du shoegaze et de l’indie rock à la Britpop, jusqu’à cette nouvelle ère. Comment percevez-vous l’évolution de votre son ?
Tim : Honnêtement, je ne pense pas que nous ayons consciemment décidé de la manière dont nous devions sonner, à l’exception de l’album Wake Up!
Celui-ci avait commencé comme un album pop, mais nous n’avons pas réussi à maintenir cette direction. Le bruit a fini par s’y inviter.
Nous ne nous sommes jamais dit : « Faisons un album shoegaze » ou « Faisons un album Britpop ». Nous avons simplement créé la musique dont nous avions envie à ce moment-là.
Certains morceaux correspondaient à certaines tendances. D’autres étaient complètement à côté de la cible. Mais c’est ça, The Boo Radleys.
Sice : C’est une question difficile, mais elle ne correspond pas vraiment à ma manière de penser. Je ne passe jamais mon temps à me demander : « Comment évolue notre son ? »
Nous écrivons des chansons, nous les enregistrons de la manière dont nous pensons qu’elles doivent sonner, puis nous les jouons sur scène. C’est tout.
Que ressentez-vous en remontant sur scène pour jouer des morceaux des années 1990 aux côtés de vos compositions plus récentes ?
Tim : Nous avons vraiment pris beaucoup de plaisir. Retrouver la scène avec des amis a été une véritable joie.
Et rencontrer des fans qui nous racontent de belles histoires sur ce que le groupe représente pour eux, sur la manière dont notre musique les a accompagnés à des moments clés de leur vie, est également une immense source de bonheur.
Sice : C’est merveilleux. C’est toujours ce que j’ai préféré dans le fait de faire partie d’un groupe.
Nous avons beaucoup de chance de disposer de trente-cinq années de morceaux dans lesquelles nous pouvons puiser.
Vous serez en tournée en France en octobre 2026, puis au printemps 2027. Qu’attendez-vous le plus de ces retrouvailles avec le public français ?
Tim : C’est tout simplement tellement agréable de créer un lien avec les fans. Particulièrement dans des endroits où nous ne sommes pas revenus depuis vingt-cinq ans.
Et rencontrer les fans ainsi que leurs enfants ! C’est un vrai bonheur.
Sice : L’enthousiasme que le public français apporte est toujours un véritable plaisir.
Nous avons toujours eu le sentiment d’entretenir une connexion particulière avec le public français, depuis notre concert au Locomotive, à Paris, en 1990.
Nous jouons devant des publics français depuis trente-six ans et nous ne nous en lassons jamais.
The Boo Radleys – « In Spite of Everything »
Nouvel album · Sortie le 16 octobre 2026
Tournée française : octobre 2026 et printemps 2027.





