[cINéma] « Virus » de John Bruno. Robot Rock.

Mais qui est Gale Anne Hurd ? Ce nom ne vous dit peut-être rien et, pourtant, vous la connaissez bien. Chantre du « More & More » à Hollywood, cette immense productrice américaine s’est illustrée, dès 1984, dans l’une des sagas les plus importantes et lucratives de l’histoire du 7ème Art : « Terminator ». Mariée à James Cameron de 1985 à 1989, sa « patte » est immédiatement reconnaissable à l’écran, tant les longs-métrages du cinéaste despote infusèrent dans l’esprit de l’intéressée. Sa came à Gale ? Le cinéma de genre à tendance spectaculaire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les moyens mis en œuvre pour la concrétisation d’un scénario vorace en dollars et d’un « hit » au box-office sont, à l’écran, dantesques. Voyez plutôt :  » Aliens le retour » dès 1986 puis « Abyss » et « Terminator 2″ de son futur ex-conjoint, le mésestimé  » Futur Immédiat, Los Angeles 1991″ de Graham Baker, « Tremors » de Ron Underwood, l’hitchcockien « L’esprit de Caïn » de Brian de Palma (et future bague au doigt en perspective), « Absolom 2022 » de Martin Campbell (avec le regretté Ray Liotta), « L’ombre et la proie » de Stephen Hopkins (avec un tandem de rêve: Michael Douglas et Val Kilmer), « Relic » du rigoureux Peter Hyams, le suffocant « Pic de Dante » de Roger Donaldson , l’atomique/comique « Armageddon » de Michael Bay (descendu par la critique mais adoubé par le public en plein mois d’Août 1998) et, enfin, cet étrange « Virus » sorti en 1999.
Voici un film dont l’affiche très laide mis mes « spider-sens » en alerte, en ce glacial mois de février pré-millénaire. Casting hétéroclite (Jamie Lee Curtis ultra-bankable-« True Lies » oblige- croise le fer avec le gigantesque Donald Sutherland et le sympathique William Baldwin), un scénario qui fleurait le « Short Circuit » de John Badham, le « Saturn 3 » de Stanley Donen ou le « Hardware » de Richard Stanley (film précédemment cité dans la dernière chronique de votre serviteur) et John Bruno à la réalisation… dont le patronyme semble être un pseudo d’acteur porno. Je passe mon chemin devant le Gaumont Convention de Paris. « Max la menace et les ferrailleurs » ne semblent pas s’amuser dans cette croisière.
J’oblitère.
Et tente le grand plongeon, 27 ans plus tard, par la grâce d’un DVD.
Constat.
Pour le premier (et unique !) film d’un concepteur d’effets spéciaux de renom, cela a de la gueule. Très beau Scope mettant en exergue nombre de plans américains ou de vues d’ensemble tendues vers l’horizon. Très bon équilibre entre les scènes explosives et les scènes d’exposition au suspens latent. Montage au carré. Actrice et acteurs honnêtes, se raccrochant aux branches d’un scénario balisé. Musique tonitruante pour trompettes militaires. Tout est en place mais l’on a, tout de même, une impression tenace. Cette débauche de moyens. Cette opération casse-cou dans la Flotte et la flotte. Et si l’assistant réalisateur de cette entreprise de démolition n’était autre que James Cameron ? Evidence. Le style tranché, les mitraillettes qui dégueulent, la fascination pour les armes, oui, ses marottes sont présentes et nombreuses à l’écran. Personnages ultra masculins, femme forte perdue au milieu de trouffions couillons, amitié virile, capitaine abandonné et rédemption finale dans un déluge de Mosh et de métal. Le tout emballé dans du sang, des cris et de la sueur ? Il n’y a pas à tortiller. Du Cameron.
Attendez, mes Ami(e)s. Deux minutes. Je récapitule. Une femme qui essaye de s’imposer face à un bataillon de golgoths sous testostérones. Des boyaux labyrinthiques au sein d’une structure déglinguée et à la dérive. Une menace venue d’ailleurs. Une présence extra-terrestre qui s’empare d’humains afin de les façonner à son image. Des personnages secondaires sacrifiés. Un duel au sommet sur fond de débauche industrielle, d’animatronique et de battle high-tech. Putain ! Mais ! Mais ! C’est le scénario d' »Aliens le Retour » relooké à la sauce Terminator ! J’en suis convaincu, Cameron est derrière tout cela ! Cameron est derrière l’objectif, au cadre, au montage et fait la bouffe dans le catering (Deneuve)! Bon sang de bois ! On nous ment, les enfants ! On nous fait prendre des virus pour des lanternes ! Et cette mutation organique/mécanique du grand Donald ? Totalement pompée sur la possession électronique de la démoniaque Vera Webster dans « Superman 3 » de Richard Lester ou du machiavélique Dr Hans Reinhardt dans « Le Trou Noir » de Gary Nelson.
Paillettes, pétards et poudre aux yeux. Au bout d’un quart d’heure, cette recette, nous la connaissons par cœur.
Remake en carton. Cameron tourne en rond.
Et si le natif du Canada n’était que cela ?
Un recycleur d’idées mal fagotées, déjà exploitées par d’autres, mais boostées par une Gale Anne Hurd convaincue.
Force de persuasion.
James Cameron est le John Ford de l’anticipation ! James Cameron est un grand cinéaste ! James Cameron est un visionnaire !
Non. James Cameron est un enfant pourri gâté qui s’amuse à déglinguer tous ses jouets hors de prix.
James Cameron réalise des films à l’image de la trompe d’eau d ’ « Abyss ». Efficaces mais vides de sens.
Ses histoires sont des photocopies. Des plagiats malades.
Et pour ce « Virus », James attrape la Gale.
On fait les comptes ?
« Piranhas 2: les Tueurs Volants » (tout est dans le titre)
« Terminator ». Chef-d’œuvre fauché mais survolté.
 » Aliens, le retour ». Suite du classique de Ridley Scott sous influence « Rambo 2: la Mission ». Jouissif dans la forme mais frimeur à souhait. Sigourney sauve la mise.
 » Abyss ». Casting classe mais histoire simplette. Le final de la version longue est une extension de « L’ile aux Enfants » tant il pique les yeux.
 » Terminator 2: le Jugement Dernier ». Un polycopié du premier où Schwarzy devient, cette fois-ci, le Héros. Effets spéciaux monumentaux mais je cherche encore le scénario.
« True Lies ». Remake de « La Totale » de Claude Zidi. Des explosions, des hélicos, des biscottos mais pas très rigolo. Reste Jamie Lee.
« Titanic ». Naufrage sur fond de lutte des classes. T’enlèves la romance, qu’est-ce qu’il reste ? Du tape-à-l’œil et de la tôle ( les opticiens) froissée.
 » Avatar ». J’suis trop vieux pour ces conneries.

On fait les contes ? La quête ? L’épopée ? L’aventure ? Tout est puisé/pillé dans le cycle de Campbell et son ouvrage de référence :  » Le Héros aux mille et un visages » par pléthore de scénaristes. Les drames domestiques ? Décryptés en large et en travers chez Truffaut, Almodovar ou Deville. Les mélos sociaux ? Vus chez Douglas Sirk ou Ken Loach. Comme le chantait si bien Voulzy  » Mais toutes les chansons racontent la même histoire, il y a toujours un garçon et une fille au désespoir (…) on en a fait des films et des tragédies divines de cette situation… ». Depuis d’antédiluviennes décennies, tout est seulement une affaire de style et nous repasserons pour l’effet de surprise et le twist final ( à Saint Tropez). En 2026, l’IA s’est substituée au papier mâché et les élans narratifs s’embourbent dans des sables pas très émouvants. Souvent, une Chloé Zhao, un Jim Jarmusch ou un Bradley Cooper nous extirpe de notre torpeur. Mais c’est chiche. Parole de vieux con. Là où Gale Anne Hurd et James Cameron vont plus loin, c’est qu’ils pratiquent l’auto-plagiat (ou le succédané peu inspiré) avec un aplomb qui laisse coi. Quoi ? « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? »-  » Ecoute, James, une adaptation trash de Frank Castle, ce serait top moumoutte! Avec de la violence sans concession et une dose de visuels comics, j’ai le titre :  » Punisher War Zone »! James, on se lance ? – » Je me suis déjà cassé les dents avec le Spider-Man et Michael Biehn ! Non, imagine « Danse avec les loups » mais avec des joueurs de basketball…bleus ! »- » Encore ce trip à la Pocahontas chez des extra-terrestres, pourquoi t’insistes, mon doudou, c’est la drogue d’hier ? Tu ne te foules vraiment pas… »-  » Ok, ma bichette, on laisse cela murir dans un coin, j’avoue que ces schtroumpfs longilignes…j’ai trop forcé sur le champignon. Qu’est ce que je m’emmerde. Je n’ai rien foutu depuis Leonardo de la Méduse. T’aurais pas un truc qui traine ? »- » J’ai sous les yeux le scénario d' »Abyss » mais on pourrait le changer un chouïa en méchoui apocalyptique ? Une sorte de « Nimitz, retour en enfer » flingué avec une meuf canon ? Qu’en dis-tu, mon vilain barbu ? »-« Anne, je te propose Robots Huis Clos. L’Enfer c’est les autres. Hellfest Fucking. On rajoute plein de machos et je dis Banco ! »- » Avec des mercenaires, mon pépère ? »- » Oui, je préfère, ma panthère ! ». Et que vogue le navire sur des golfes pas très clairs…
T’as les pizzas, j’ai la bière. T’as le rhum et j’ai l’aqua seltzer.
C’est l’été et c’est parti pour une soirée où la honte (putain, tu as vu ce FILM ?) le dispute au plaisir coupable. Et alors ?
Prenons pour exemple Madonna en 2026. Cette dernière est pathétique sur scène- tout en playback et contorsions à la « MEGAN » (tu sais, le film d’horreur de Gerard Johnstone)-mais « POWPOWPOW! », son « Confessions 2 » est un Truck de la dance.
Alors, j’assume.
Non, « Virus » ne prend pas l’eau. C’est « Transformers contre G.I. Joe » saveur « Ali-Heinz Ketchup Tomato « .
Un remake inavoué, mal digéré mais plutôt bien torché.
Une série B dérivée qui se consomme d’une traite.
Et Gale Anne Hurd est son prophète.

« If there’s somethin’ weird, and it don’t look good
Who you gone call ?
Blockbuster ! ».

John Book.