[INTERVIEW] MHUD – « NONO »

Entre introspection et saturation contemporaine, MHUD poursuit son chemin à contre-courant avec « NONO », un troisième album pensé comme le portrait sensible et nerveux d’un homme du XXIᵉ siècle. Nourri par le chaos quotidien, les contradictions humaines et une envie constante de laisser la musique dialoguer avec les mots, ce nouveau disque brouille encore davantage les frontières entre les genres. Conçu en grande partie le matin, presque instinctivement, « NONO » reflète autant les débordements de notre époque que les tentatives d’y trouver du sens. Guitares, synthétiseurs, tensions post-punk et échappées plus libres, MHUD signe un album profondément vibrant. Interview d’un artiste qui préfère suivre l’élan plutôt que les tendances.

NONO est présenté comme “l’homme du XXIᵉ siècle”. À quel moment tu t’es rendu compte que ce personnage te ressemblait… ou te dépassait ? 
Assez naturellement du fait que de manière générale je ne pense pas qu’on puisse garder une certaine humanité tout en se mettant trop à l’écart des autres, ça m’a donc toujours paru évident d’être de la partie. 

Tu parles d’un album conçu le matin, à la maison, presque dans un état  d’inconscience. Qu’est-ce que ces moments-là permettent que le travail “plus réfléchi” empêche parfois ? 
J’ai longtemps plutôt été « un travailleur nocturne ». Il s’avère que maintenant l’inspiration me vient naturellement le matin après une bonne nuit de sommeil. C’était sans doute déjà le cas avant, j’ai juste mis un certain temps à le découvrir. Lorsqu’on est curieux, qu’on a toujours envie d’apprendre et de faire les choses au mieux, on n’a pas forcément besoin de « travail réfléchi » ; inconsciemment on y réfléchit constamment jusqu’à ce que les idées qui amènent une pierre perspicace et originale à l’édifice retiennent notre attention. 

Dans NONO, il y a cette idée de trop d’informations, trop de bruit, peu de nuance. Est-ce que la musique est pour toi un refuge, un filtre… ? ou un amplificateur de ce chaos ? 
Pas vraiment, il y a des choses qui sortent via mes instruments et mon stylo et qui me donnent envie d’aller au bout. Je ne connais pas la page blanche, je ne m’installe pas sur une chaise en me demandant ce que je vais écrire ou jouer ; si je n’ai rien à  exprimer je ne vois pas le problème, je vis ma vie, c’est tout et c’est très bien. 

Tu dis avoir cherché à ce que la musique traduise des sentiments que les mots n’ont pas encore nommés. Est-ce qu’il y a un morceau où tu as senti que la musique “parlait” mieux que toi ? 
C’est plutôt que la musique et les paroles, des sens différents se répondent afin de donner la possibilité de dimensions supplémentaires d’interprétation. L’album est un tout, les titres communiquent entre eux : l’écouter dans sa globalité donne aussi des dimensions supplémentaires à chaque titre. 

Contrairement à Post Parade, très marqué par la New Wave, NONO semble accepter toutes les influences qui passent. Est-ce une forme de lâcher-prise artistique ou une manière de coller à l’époque ? 
Aucun des deux, que ce soit pour Post Parade ou Nono, il y avait une évidence dans la matière première artistique que j’avais sortie, j’essaye juste après de la préciser, de l’exploiter et de la finaliser au mieux. Un prochain album de MHUD sera plus typé folk. 

parce qu’il est venu comme ça, et j’ai le pressentiment qu’un album plus jazzy  apparaitra sans doute.

NONO traverse des pétages de plomb, de l’orgueil, de l’impatience mais aussi de la sensibilité. S’il pouvait te parler aujourd’hui, qu’est-ce que tu penses qu’il te reprocherait… ou te remercierait d’avoir fait ? 
Il me reprocherait et me remercierait d’être allé au bout.

 

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Photo de couv. DR