[Interview] Pussy Miel – « Bee Raged »

Né entre les vagues de l’Atlantique, les pins landais et les murs saturés des salles underground de Capbreton, Pussy Miel incarne une certaine idée du rock : féministe, énergique, 100% DIY et viscérale. Nourri de grunge 90’s, de punk rageur et d’une énergie garage cathartique, le quatuor transforme chaque morceau en exutoire collectif, entre cris salvateurs, riffs abrasifs et tension permanente entre désenchantement et espoir. Avec leur premier EP « Bee Raged », les 4 musiciennes imposent un univers aussi frontal que sensible, où la rage devient moteur de reconstruction, où l’amour côtoie la colère, et où le live reste l’endroit ultime pour se sentir vivant. Inspirées autant par Nirvana que par Amyl and the Sniffers, elles revendiquent un rock sans compromis, porté par une sincérité totale et un esprit DIY hérité de leur scène locale. À l’occasion de cette interview, Pussy Miel revient sur ses racines landaises, la puissance libératrice du rock, la symbolique des abeilles, l’importance du live et cette envie de continuer à rêver toujours plus fort, plus haut.

Votre groupe est né à Capbreton. En quoi cet environnement a-t-il façonné votre identité sonore et votre façon de vivre le rock ?
Il fait bon vivre à Capbreton, on a la chance de pouvoir se ressourcer dans la nature et profiter de la plage tout en étant dans une atmosphère bercée par la culture skate et underground. Étant sur la route de l’Espagne, nous voyons énormément de groupes de rock en tournée et il y a un vrai vivier de groupes locaux. Tout cet environnement nous a donné envie de jouer du rock et nous a permis de le faire dans un cadre propice avec un public investi.

Vous décrivez le cri comme une forme d’exutoire et presque de guérison. Comment cette dimension cathartique se traduit-elle dans votre processus d’écriture ou sur scène ?
Le cri est en effet un exécutoire, qui nous permet de lâcher beaucoup d’émotions, et de couvrir le son de nos amplis !

Le cri est une façon de se faire entendre dans un monde où la parole des femmes a souvent été décriée.

Votre premier EP Bee Raged tourne autour de la figure de l’abeille. Comment cette métaphore s’est-elle imposée à vous et que représente-t-elle pour le groupe ?
Elle représente beaucoup pour Laura qui a été apicultrice et qui est passionnée par les abeilles. C’est un symbole des insectes à protéger car elles sont essentielles pour l’équilibre de la vie et de la nature. Comme tous les pollinisateurs, elles permettent de polliniser les plantes et nous apportent des fruits à manger. C’est aussi une société matriarcale et nous devrions en prendre de la graine en tant qu’humains !

Votre musique mélange stoner hypnotique, punk 90s et garage rock. Comment trouvez-vous l’équilibre entre ces influences sans perdre votre identité propre ?
C’est justement en mélangeant ces influences que nous avons trouvé notre style, grâce aussi à nos influences à chacune. On peut trouver d’ailleurs le mélange de ces influences au sein d’un même morceau. Le titre « Don’t change me » alterne le stoner et le punk, avec des ruptures de tempo et crée un climat d’urgence et de relâchement surprenant que l’on adore. On trouve ce même pattern dans « Porridge », le premier morceau que nous avons sorti.

Votre bio parle d’« adolescence prolongée comme acte politique ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour vous dans votre manière de faire de la musique et d’exister dans le milieu rock ?
Être sur la route beaucoup et passer des heures dans des salles de concert est aux antipodes d’une vie d’adulte rangée ! On espère garder notre âme d’adolescente résiliente, qui garde espoir et qui croit en ses rêves.

Votre nom est inspiré du film Les 4 Saisons d’Espigoule. Pourquoi cette référence et qu’est-ce qu’elle dit de votre humour ou de votre vision du groupe ?
En effet on aime l’humour et il y a une référence à ce film culte drôle et décalé dans notre nom, qui fait aussi écho au Pussy Riot, à la saveur sucrée du miel. C’est doux et trash à la fois, comme nous ! On fait les choses sérieusement mais on veut garder le côté fun et amical de jouer de la musique, pour prendre du plaisir, rigoler et partager cela avec le public.

Vos influences vont de Nirvana à The Distillers, en passant par Amyl and the Sniffers et Turnstile. Qu’est-ce que chacune de ces influences vous a appris musicalement ou scéniquement ?
On a pris un peu de chaque ingrédient dans notre musique ! On adore le son de guitare de Kurt, la batterie folle de Dave Grohl, la voix et le charisme de Brody Dalle, le contraste des sonorités vintage et hardcore de Turnstile, la prestance scénique et le style inimitable d’Amyl. Ce qui nous a aussi fortement inspirés, c’est de voir que même pour des musiques dites extrêmes, avec une vraie personnalité musicale et scénique, on pouvait trouver son public. Ça nous motive à toujours chercher le son qui nous ressemble et à nous assumer comme nous sommes plutôt que de nous résoudre à rentrer dans des cases ou une forme de normalité mainstream.

Vous insistez beaucoup sur l’importance du live et de l’énergie brute. Qu’est-ce que vous cherchez à provoquer chez le public pendant un concert ?
Un concert est pour nous un moment hors du temps, un moment où les gens se rapprochent autour d’une passion commune et rassembleuse : la musique.

Quand on pose le pied sur les planches, la cérémonie commence, on se transforme, on joue fort, on crie, on bouge, on danse, on transpire, c’est un exutoire. On donne tout, avec nos tripes. Pour nous, la scène est une forme de transe, entre les artistes et le public. On adore emmener le public, que les gens dansent avec nous, crient, chantent avec nous, pour partager un moment unique où on oublie tout et on sort de là avec un grand sourire.

Votre EP aborde aussi la santé mentale et le fait de « tomber et se relever ». Est-ce que la musique vous sert personnellement de refuge ou de moteur pour avancer ?
Complètement. La musique a toujours été initiatique pour nous, c’est une forme de thérapie. On chante pour guérir nos blessures sentimentales, à la mémoire de nos amis partis trop tôt, pour se rappeler qu’il faut se battre pour ses droits… Faire de la musique tous les jours et en faire notre métier a toujours été un rêve pour nous, qu’on ne pensait pas forcément possible. Que cela devienne une réalité est un moteur d’énergie sans fond.

Vous venez d’une scène locale DIY autour de salles comme le Circus. Comment cette scène alternative a-t-elle contribué à votre construction en tant que groupe ?
Nous avons, pendant plusieurs années, été investies dans plusieurs organisations locales qui organisaient des concerts, de manière très DIY avec parfois peu de moyens mais beaucoup de volonté ! Cela nous a beaucoup appris sur le terrain, et sur tous les plans : du booking à l’accueil artiste, de la technique à la communication, etc. On a eu la chance de croiser beaucoup de groupes géniaux qui nous ont beaucoup inspirés, certains avec qui nous sommes devenues amies. C’est chouette en tant qu’artiste de pouvoir apprécier et reconnaître toutes les énergies qui œuvrent à l’organisation de chaque événement. Derrière chaque salle, chaque festival, il y a beaucoup de passionnés qui donnent de leur temps avec amour, et c’est souvent toute cette énergie humaine qui crée une super ambiance dans les concerts ! Alors merci à eux.

 

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Photo de couv MARGOT FOR IT