[Interview] DIRTY RODEO – « AT LEAST WE TRY »

Après plus de dix ans sur la route et plus de 400 concerts, Dirty Rodeo continue d’avancer sans jamais regarder en arrière. Formé par deux frères qui ont fait leurs armes dans les bars, les salles alternatives et les festivals, le duo s’est forgé une réputation à coups de riffs nerveux, d’énergie et d’un goût pour le live absolu. Avec “At Least We Try”, leur nouvel album, Dirty Rodeo ouvre pourtant un nouveau chapitre. Plus personnel, plus nuancé, ce disque marque une étape importante dans leur parcours. Entre post-hardcore, mélodies introspectives, le duo livre un opus qui mord à pleins crocs. Dans cette interview, ils nous parlent de la naissance du disque, de leur musique, et de leur rage.

En écoutant « At Least We Try » on pense presque à un mantra rock. À quel moment cette idée est-elle devenue le titre évident de l’album et son fil conducteur ?
Le titre de l’album a été assez long à choisir. Rien d’évident ne s’est présenté de prime abord. Nommer nos EPs/albums, ce n’était pas vraiment une priorité, donc les précédents, on leur a donné des noms comme « Insert a name », « Name this fucking second record yourself », « Dirty Rodeo »… ça nous paraissait pas spécialement important.

Pour cet album, on y a mis beaucoup de nous-mêmes et tenté d’en faire une œuvre cohérente. On pensait qu’il méritait un vrai nom. On a cherché ce qui nous représente le plus en tant qu’individus et ce qui représente notre parcours avec Dirty Rodeo autant sur le plan humain que musical. La réussite n’est pas une fin en soi, le principal c’est d’essayer encore et encore, d’évoluer, d’essayer chaque jour d’être une meilleure version de nous-mêmes. Cet album est celui qui cristallise ce chemin. D’où ce nom « At least we try ».

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à déconstruire dans votre manière de composer pour aller vers ce disque-là ?
On a mis 4 ans à écrire ce disque. Partis de plus de 20 morceaux pour en garder 8 + 1 titre collaboratif. Le plus difficile ça a été de prendre le temps et d’être patients. D’habitude les morceaux se créaient rapidement, le chant direct en jammant. Pour cet album, on a pris beaucoup de temps pour faire des maquettes, sélectionner les morceaux, revenir dessus pour les réarranger, savoir quand s’arrêter et ensuite faire confiance à Soliman de Feel Studio pour ses choix artistiques dans la production de ce disque. Car pour la première fois au cours de l’existence de Dirty Rodeo nous avons intégré d’autres personnes au process de création, et notamment des arrangements, en la personne de Romain Delettre pour les préprods de 4 morceaux et Soliman Dore lors de l’enregistrement de cet album et du mixage.

Vous décrivez cet album comme le plus personnel du groupe, où vous avez traversé beaucoup d’épreuves et une forte remise en question. Est-ce que la musique a été un refuge pour réussir à vous recentrer sur l’essentiel ?
La musique tient une grande part dans cette période de remise en question. Et paradoxalement elle a été aussi une partie de la solution.

Donc un refuge, je ne sais pas. Mais elle a été nécessaire à notre reconstruction. La question qui se posait a été notamment de comprendre pour quelles raisons nous faisons de la musique au travers de Dirty Rodeo. Une fois qu’on a pu mettre le doigt dessus, cet album a coulé de source.

Dans vos titres, les thèmes abordés vont des relations toxiques à l’amour fraternel. En tant que frères d’armes sur scène et en studio, comment votre lien a-t-il influencé l’écriture de cet album ?
10 ans ensemble et sur les routes, c’est une vraie vie de couple. Et apprendre à communiquer, ça a été notre plus grand défi. On est passé par des hauts très cools, et des périodes très dures humainement. Et après avoir traversé tout ça, on en est ressorti avec des liens renforcés. Ça ne s’est jamais aussi bien passé que ces derniers temps.

Dans le cadre du disque, ces liens ont eu une véritable importance. Et c’est d’autant plus compréhensible au travers de la chanson « We were so sad before » où l’on se déclare mutuellement notre amour fraternel. Plutôt que de le faire en état d’ébriété à 4 h du matin.

Dirty Rodeo a toujours été synonyme d’énergie brute. Sur « At Least We Try », on sent plus de nuances, plus de mélodies. Est-ce une évolution avec forcément une prise de risque ?
Merci, l’énergie brute est toujours la, c’est notre ADN et elle est toujours présente en live. En tout cas on essaye de la transmettre.

Cet album est la suite logique de l’évolution de Dirty Rodeo. On a délaissé le punk et le stoner pour flirter avec le post-HXC et la pop. Ça n’a pas été conscient, on a créé des chansons en jammant de nombreuses fois, on a choisi de garder ce qui nous parlait le plus et qui rentrait dans une œuvre cohérente. Il se trouve que ça a donné cet album. Oui est différent des autres, et pourtant pour nous c’est logique. On a toujours voulu évoluer et éviter de faire 2 fois la même chose. Est-ce que c’est un risque ? Peut-être, mais essayer, c’est prendre des risques.

Après plus de 10 ans de concerts, dans les cafés-concerts aux festivals, qu’est-ce qui vous booste le plus à jouer et qu’est-ce qui vous met encore autant la rage ?
On fait de la musique avant tout pour les concerts. Faire des albums c’est cool, mais l’essentiel pour nous c’est ce moment où on monte sur scène. Alex a coutume de dire que les concerts, c’est une véritable thérapie collective, autant pour le public que pour nous. C’est vital. Quant à savoir ce qui nous met autant en rage, y a qu’à ouvrir les réseaux ou allumer sa télé 2 minutes pour être remonté pour 10 années supplémentaires.

Le travail avec FEEL PROD STUDIO marque un cap dans la production. Qu’est-ce que Soliman Doré et Maxime Lathière ont apporté qui a changé votre regard sur votre propre musique ?
Ce sont des musiciens avant tout qui comprennent par quels états on passe lors de l’enregistrement et de la production. Ils sont particulièrement bienveillants et patients au-delà de leurs compétences techniques, c’est l’humain qui nous a touchés. Que ce soit pendant les enregistrements de batteries ou de guitares, ils nous ont vraiment accompagnés avec calme et pédagogie. Ils nous ont apporté une vraie méthodologie de travail et une rigueur qui nous ont permis d’aboutir à ce résultat. On a vraiment travaillé tous ensemble pour tirer le meilleur de chacun. Et ce qui a changé notre regard sur notre propre musique, c’est une fois arrivé à l’étape du mixage, les choix artistiques de Soliman, la mise en avant du chant et des effets, ça a vraiment donné la couleur pop de ce disque et on s’est rendu compte que Dirty Rodeo ça peut aussi être ça.

Si vous deviez résumer l’univers de Dirty Rodeo « At Least We Try » en un mot ?
Humain

 

Photo de couv. kathleen missud