Il y a des moments où la lumière ne révèle pas totalement les formes qui nous hantes, mais préfère en sublimer leurs contours, mystérieux, hypnotique. C’est là que l’imagination prend le relais, quand l’émotion trébuche. C’est dans cet espace entre les deux, juste au milieu, que se trouve Æther, un album qui privilégie les silhouettes aux certitudes, les sensations aux démonstrations.
Avec ce quatrième disque, sorti chez Yotanka Records, Yan Wagner abandonne les formats pop pour revenir aux secousses fondamentales de son adolescence. La jungle, la drum’n’bass, le trip hop ou le big beat ne sont pas ici des exercices de nostalgie, mais plutôt les briques d’un langage contemporain. On y ressent l’influence des Chemical Brothers, qui l’ont marqué lors d’un concert au Bataclan en 1997, tout en étant aussi inspiré par les figures tutélaires de Scott Walker ou du Bowie de Blackstar.
Depuis ses débuts avec Taste jusqu’à ses explorations électroniques avec The Populists, Yan Wagner n’a cessé de redéfinir sa silhouette artistique. Sa collaboration avec Gesaffelstein, suivie de la composition de la bande originale du film Animale d’Emma Benestan, ont encore élargi ses horizons. Le cinéma lui a offert une nouvelle façon de penser la musique : moins comme une suite de chansons que comme un espace où les images et les émotions peuvent respirer.
Cette liberté se retrouve dans Æther. Les morceaux naissent de fragments, à partir de sons enregistrés, découpés, échantillonnés et retravaillés. Des cordes cinématographiques se mêlent à des lignes acides, tandis que les breakbeats traversent des nappes aériennes. La voix de Yan Wagner se faufile à travers tout cela comme une présence insaisissable, apparaissant et disparaissant derrière les textures.
Les collaborations viennent ponctuer ce voyage sans jamais en rompre la cohérence. Sur Æthernité, Malik Djoudi apporte la douceur lumineuse de son timbre à une composition où les deux voix semblent se refléter, comme deux silhouettes qui se croisent au même horizon. Plus loin, 60fps, avec la chanteuse marocaine Meryem Aboulouafa, ouvre une respiration plus organique. Sa voix délicate, presque vaporeuse, épouse les reliefs électroniques du morceau et accentue cette sensation de flottement permanent entre l’intime et le cosmique qui traverse tout l’album.
Æther est un disque qui incite à réajuster son regard. Plus qu’un simple retour aux années 90, il esquisse le portrait d’un artiste qui avance sans jamais se laisser enfermer dans une esthétique. Jamais Yan Wagner n’a semblé aussi libre.
Yan Wagner © SMITH / Yokanta



