Pour cette ultime soirée d’Art Rock 2026, la fatigue commence à se faire sentir. Trois jours de concerts, des kilomètres parcourus entre les scènes, et des heures passées à danser sous un soleil parfois accablant. Mais dès les premières notes de la soirée, toute lassitude s’évapore. Une fois de plus, le festival briochin prouve sa capacité à marier des têtes d’affiche renommées, des moments de partage et des découvertes surprenantes.
La soirée débute sur la Grande scène avec Bertrand Belin. Comme toujours, l’artiste impose son élégance naturelle. En costume mauve impeccable, silhouette élancée et présence captivante, le dandy breton offre un concert tout en finesse. Sa voix profonde et son groove unique insufflent une ambiance à la fois sophistiquée et chaleureuse. Bertrand Belin n’a pas besoin de forcer, tout semble fluide. C’est une belle entrée en matière, portée par une classe rare sur les scènes françaises.
Ensuite, l’un des moments les plus attendus de cette édition arrive : Babyshambles est de retour sur scène, douze ans après leur dernière performance en France. Rien que cette annonce a suffi à faire frémir toute une génération de festivaliers.
Le fait de revoir le line-up légendaire du groupe est émouvant. Au-delà de Pete Doherty, le retour du guitariste Mick Whitnall marque les esprits. Malheureusement, il semble souffrir de la chaleur écrasante qui règne depuis trois jours. Souvent en retrait, visiblement fatigué, il peine parfois à retrouver toute son énergie. Qu’importe, la magie opère dès les premières chansons. Le groupe retrouve cette élégante fragilité qui a toujours fait son charme. Entre chaos maîtrisé et romantisme abîmé, Babyshambles rappelle pourquoi il a laissé une empreinte indélébile sur le rock britannique des années 2000.
La setlist est un véritable cadeau pour les fans. « Killamangiro » déclenche les premiers chants collectifs, « Delivery » transforme la fosse en immense chorale, pendant que « Dandy Hooligan » ravive une douce nostalgie chez les plus anciens. Pendant plus d’une heure, Art Rock semble suspendu entre passé et présent. Un retour imparfait, peut-être, mais profondément sincère et attachant.
Entre ces deux temps forts, Gaëtan Roussel investit la Grande scène avec un show particulièrement soigné visuellement. Porté par d’impressionnants écrans géants qui habillent chaque morceau, il déroule un répertoire parfaitement calibré pour le festival. Le public réserve évidemment un accueil triomphal au medley consacré aux classiques de Louise Attaque, repris en chœur par des milliers de festivaliers, preuve que ces chansons continuent de traverser les générations sans perdre une once de leur pouvoir fédérateur.
Après cette parenthèse rock, l’ambiance change radicalement avec De La Soul. Quel bonheur ! Chanter à tue-tête « Me Myself and I » au milieu d’une foule compacte, enthousiaste et multigénérationnelle restera l’un des grands souvenirs de cette édition 2026. Des adolescents aux quinquagénaires, tout le monde connaît les paroles. Tout le monde danse. Tout le monde sourit.
Rarement un concert n’aura illustré la force d’Art Rock : rassembler plusieurs générations autour d’une même émotion musicale. Plus de trente-cinq ans après sa sortie, ce morceau emblématique conserve une fraîcheur et une force fédératrice inaltérables. Pendant quelques minutes, le temps semble s’arrêter.
Mais comme souvent à Art Rock, l’aventure continue au-delà des deux grandes scènes.
Direction le Forum pour la traditionnelle programmation nocturne, un vrai laboratoire du festival, et chaque année, l’espace où je ressens les émotions les plus intenses. C’est souvent là que se produisent les plus belles surprises.
Première claque avec Baby Berserk. Le trio néerlandais livre un concert d’une intensité incroyable. Entre électro, post-punk, EBM et pop déviante, le groupe déploie une énergie brute qui emporte immédiatement le public. Le son est massif, la tension palpable, l’attitude résolument insolente. Une découverte comme on les aime : inattendue, déroutante et totalement addictive.
Avec le temps, je réalise que ces moments-là sont souvent ceux que j’attends le plus d’un festival. Les grands noms attirent l’attention, mais souvent, ce sont les artistes moins connus qui laissent l’empreinte la plus durable.
Et puis vient le bouquet final. Model/Actriz. J’avais déjà eu la chance de voir le groupe à l’Antipode de Rennes et j’en gardais un excellent souvenir. Pourtant, ce soir, ils franchissent encore un cap. Dès son entrée sur scène, Ruben Radlauer capte tous les regards. Son charisme est fascinant. Il ne chante pas seulement ses morceaux : il les vit, totalement habité par chaque vibration, chaque rupture, chaque montée de tension.
Le groupe pousse l’intensité à un niveau rarement atteint durant le festival. Les rythmes martèlent les corps, les guitares déchirent l’espace sonore, tandis que le chanteur transforme chaque morceau en performance presque théâtrale. Impossible de détourner les yeux. Le public, quant à lui, semble entraîné dans une sorte de transe collective. Plus le concert avance, plus l’énergie devient inarrêtable. C’est brutal, élégant, dérangeant, euphorisant. Un peu tout ça à la fois.
Quand les dernières notes retombent enfin, Art Rock 2026 touche à sa fin.
En sortant, je suis complètement épuisée. Mes baskets sont en miettes. Quelques litres de sueur se sont perdus quelque part entre la Grande scène et le Forum. Les jambes sont lourdes et ma voix est un peu rauque.
Mais mon plaisir est immense !!!
Parce qu’au fond, c’est exactement pour ça qu’on revient chaque année. Pour ces moments de partage, ces découvertes inattendues, ces concerts qui dépassent toutes les attentes et ces images qui continuent de tourner dans nos têtes bien après que les lumières se sont éteintes.
Une fois de plus, Art Rock a su tenir toutes ses promesses.
Stéphane Perraux










































