[iNTERVIEW] FL Crew – « bisous »

Originaire de Valenciennes, Loïc Frère à la tête, Mattéo Murez à la guitare et Paul Dequeker à la batterie, forment FL CREW. Le trio développe une identité  mélangeant rock, punk, stoner, pop et des touches de metal, sans jamais se limiter à une seule étiquette. Après plusieurs singles qui ont retenu l’attention, comme « Flemme », « Echoes » et « On The Tip Of My Tongue », le groupe présente enfin son premier album, intitulé « bisous. ». Un titre qui envoie 12 « hug » sur la complexité des relations humaines : l’amour, l’amitié, le manque, la manipulation, les blessures, et même l’amour de soi. Avec des mélodies accrocheuses et des riffs punchy, le combo propose un album plein de douceur aux bords tranchants, contrastés, où les uppercuts sonores sont au rendez-vous. Pour le lancement de « Bisous. », nous avons eu l’occasion de discuter avec FL CREW afin d’explorer la genèse de cet album, ses influences, ses racines, et cette volonté de marier émotion, énergie et sincérité au sein d’un seul et même projet.

Le titre de l’album, « bisous. », paraît à première vue doux et  innocent, alors que vous évoquez aussi des thèmes comme le  harcèlement, la manipulation ou la rupture. Comment est née cette  idée de travailler autour de ce paradoxe ? 
Un bisou, ça peut aussi être un geste associé à un traumatisme. Un  bisou n’est agréable que quand il est partagé et consenti, que ça soit  oralement ou physiquement. C’est cette dualité qu’on a voulu mettre en  avant ! La tendresse et l’affection, mais qui peuvent être retournées  pour faire du mal, tout dépend de leur utilisation ou de leur contexte. 

Vous décrivez l’album comme un disque qui parle avant tout de  relations humaines. Y a-t-il une expérience ou une rencontre  particulière qui a servi de point de départ à l’écriture de certains  morceaux ? 
Pas spécialement, cet album c’est un peu comme une compilation de  chansons qu’on a estimé fonctionner ensemble, mais qui ont, d’un point  de vue plus ou moins éloigné en fonction des chansons, un rapport avec  du relationnel. Que ça soit des relations humaines ou de l’amour propre  (qui reste du relationnel en soit, c’est sympa de faire en sorte de bien  s’entendre avec soi-même, sinon la colloc est assez longue !) 

Musicalement, vous mélangez rock, punk, stoner, pop, garage et  même des influences metal. Comment parvenez-vous à garder une  identité cohérente malgré cette diversité de styles ? 
On a trouvé le liant dans le son, on a cherché un son cohérent pour tous  les styles qui nous parlent et on a capté que ça marchait bien en live !  Donc le procédé s’est retransmis dans l’album, avec un son un peu  moins gras et plus propre que ce qu’on a l’habitude d’avoir en live,  certes, mais on voulait que notre musique soit plus rassembleuse sur  album, et ça passait par « assagir » un petit peu la chose ! Mais si vous  aimez le gros son bien gras, venez nous voir en concert, vous devriez y  trouver votre compte ! 

Le français et l’anglais cohabitent parfois au sein d’une même  chanson. Comment décidez-vous dans quelle langue exprimer une  émotion ou raconter une histoire ?
Je (Loïc) vais répondre en solo là-dessus parce que c’est moi qui écris  les textes. Tout dépend de ce que je cherche à dire et comment j’ai  envie que ça sonne. Souvent, on compose l’instru avant que les textes  soient écrits et j’ai toujours des mélodies qui tournent en tête quand on  joue de nouveaux riffs. A des moments, le choix de la langue va  dépendre de la sonorité que j’entends dans la/les mélodie(s) qui sont  dans ma tête quand je réécoute nos instrus. Mais sinon, je vois en  fonction de ce que je veux exprimer. Le français va m’aider à poser de  la sincérité et mettre en avant des propos plus percutants, engagés ou  personnels. Là où l’anglais va me servir à faire des lignes plus  mélodieuses et rassembleuses dans les paroles. L’anglais me permet  d’être plus évasif, moins « rentre dedans »… Jouer avec les deux  langues me permet d’être plus polyvalent pour exprimer ce que je veux  dire et me laisse un éventail plus grand de sonorités et de « moods »  pour nos chansons. 

Après plusieurs changements de line-up, le FL CREW trouve enfin  sa formule définitive en 2023. En quoi l’arrivée de Paul et Mattéo a t-elle influencé le son et la direction de l’album ?
Ça s’est fait super naturellement. Mattéo a développé son style de jeu  au fur et à mesure des années et Paul a développé sa frappe et son jeu  dans le même temps. Quand Baldric est parti (notre ancien bassiste et  chanteur guitariste de Bill The Dog, qu’on embrasse très fort) et que  Loïc a pris la basse avec son système de double ampli pour pallier au  manque de 2ème guitare rythmique, tout s’est bien aligné, notre son,  notre groove… On a juste remplacé les lignes de « l’ampli guitare » de  la basse par de vraies guitares pour que ça sonne plus propre sur  l’album. Mais sinon, c’est assez proche de notre son, mais en un peu  plus tranchant et un peu moins saturé. 

Les singles « flemme », « Echoes » et « On The Tip Of My Tongue »  forment un triptyque de clips. Pourquoi avoir choisi ces morceaux  pour introduire l’univers de « bisous. » ? 
En parlant avec Rosa Lerooy et Ewan Rosenstrauch, les co-réal du  triptyque, on s’était dit que ça aurait été cool de faire plus que des clips  séparés et de les lier d’une certaine façon. Le choix des singles était  déjà fait avant, et quand Ewan et Rosa ont lu les paroles, iels ont eu  l’idée de raconter une histoire avec 3 personnages. Chacun sa chanson, 

mais les trois liés dans la même histoire et de faire une petite histoire en  3 clips qui se suivent. Et on adore le résultat ! 

Vous citez des groupes aussi variés que Foo Fighters, Bring Me  The Horizon, Deftones ou Ditz. Quelles influences se ressentent le  plus sur cet album, et lesquelles pourraient surprendre vos  auditeurs ? 
Cet album sonne plus rock que Metal, mais des retours qu’on en a eu,  beaucoup font référence à Korn pour le riffing d’une partie de l’album,  d’autres parlent de Linkin Park pour d’autres passages… Et en même  

temps l’album a un gros côté pop rock qui ne colle pas du tout aux deux  groupes que je viens de citer, donc c’est un mélange assez diversifié qui  varie en fonction des chansons pour le coup. Le côté Foo Fighters  ressort peut-être plus sur les chansons plus rock ! 

Vous parlez d’un album où « la tendresse peut aussi cogner ». Cette  dualité entre mélodies pop et passages plus agressifs était-elle une  intention dès le départ ou s’est-elle imposée naturellement pendant  la composition ? 

C’est une intention de base et une sorte de ligne directive qu’on a en  général ! On ADORE la pop, et on ADORE la musique extrême, ou a  minima bordélique. On veut faire de la musique puissante, voire  violente, mais en ayant ce côté ultra fédérateur que propose la pop,  sans tomber dans le « nian-nian » ou le « entendu et ré-entendu ».  « bisous. » est un peu sur la retenue côté violence pour prioriser un côté  plus mélodieux, parce qu’on a été plus inspiré par du rock pendant la  conception de l’album. Mais c’est un peu un objectif de dériver vers  quelque chose d’encore plus pop et infiniment plus violent en même  temps.  

L’album a été entièrement réalisé à Valenciennes, de  l’enregistrement au mastering. Quelle importance accordez-vous à  cet ancrage local dans votre parcours et dans l’identité du  groupe ? 
C’est important de mettre en avant le vivier local. On a pu rencontrer  beaucoup de monde au fil des années, et il y a des rapports humains  qui donnent envie de collaborer. Parce qu’au-delà de sortir un album qui 

nous satisfait, on sait qu’on passera de très bons moments avec ces  personnes. Et dans le local, on est toustes dans le même bateau, et  bien tout le monde essaie de se tirer vers le haut mutuellement. Simon  Beudin qui a fait l’enregistrement fait partie du groupe st.python (Post Punk) et Fabien Ménart, qui s’est occupé du mastering, fait partie d’Anorexic Sumotori (Rock Stoner). On a fait produire l’album par des musiciens qui jouent dans des groupes qu’on aime, et des humains  avec qui on a adoré jouer ! On ne se voit pas trop écarter les pistes  locales d’un album. Si jamais on part sur une autre vision  techniquement parlant, on essaiera de garder cet aspect a minima pour  les featurings, si il y en a. On est du Nord, on aime le Nord, et on a une  scène alternative incroyable. Il faut la soutenir coûte que coûte ! 

Maintenant que « bisous. » est disponible, quel est le message ou  l’émotion que vous aimeriez que les auditeurs emportent avec eux  après l’avoir écouté du début à la fin ? 
« bisous. » est là pour t’accompagner et te rebooster si tu ne vas pas  bien, mais aussi pour sourire si tu vas bien. Les textes sont là pour  essayer d’accompagner des réflexions personnelles ou soutenir dans  les moments difficiles. Mais instrumentalement, il est là pour te faire  bouger ou te donner l’envie de te dandiner, a minima. Donc si les gens  peuvent ressentir une plénitude, tout en ayant l’envie de faire la fête…  On aura réussi notre coup !

Photo: de couv.© Dav’ Images