Kevin Morby poursuit son exploration de l’Amérique intérieure, avec son nouveau disque « Little Wide Open ». Un huitième album studio, qui apparaît comme l’aboutissement d’un cycle entamé avec « Sundowner » puis prolongé sur « This Is a Photograph ». Une trilogie profondément liée au Midwest, aux souvenirs, a la nature et à cette sensation de solitude tranquille qui traverse depuis toujours l’écriture de Kevin Morby.
Le titre lui-même résume parfaitement l’atmosphère du disque. « Little Wide Open » évoque les grands espaces autant qu’un état émotionnel : quelque chose d’immense mais discret, de libre mais mélancolique. Morby y retourne symboliquement à ses racines, Kansas City, les routes silencieuses, les petites villes, les vies modestes, pour transformer ces images familières en méditation existentielle. Comme souvent chez lui, le quotidien devient presque mythologique.
La rencontre avec Aaron Dessner (The National) apporte ici une ampleur nouvelle à l’univers de Kevin Morby sans jamais en trahir la fragilité. Enregistré au studio Long Pond dans l’État de New York, l’album conserve une chaleur organique et crépusculaire tout en gagnant une richesse de textures rarement entendue chez le songwriter américain.
Là où Sundowner brillait par son dépouillement nocturne et This Is a Photograph par son rapport hanté à la mémoire familiale, Little Wide Open semble davantage tourné vers l’acceptation. Les arrangements respirent, prennent le temps de s’installer. Les guitares flottent doucement, les pianos apparaissent comme des lueurs lointaines, et chaque intervention instrumentale semble pensée pour servir l’espace émotionnel des chansons plutôt que leur sophistication technique.
La liste des collaborateurs impressionne, Justin Vernon, Lucinda Williams, Amelia Meath, Katie Gavin ou encore Meg Duffy, mais l’album ne donne jamais l’impression d’être une démonstration de prestige. Tous gravitent autour des chansons avec retenue, renforçant cette impression d’intimité collective qui traverse le disque.
Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Kevin Morby continue de faire dialoguer l’immensité américaine avec des émotions profondément personnelles. Ses chansons parlent de lieux précis, de souvenirs simples, de paysages ordinaires, mais elles touchent toujours à quelque chose d’universel : le temps qui passe, l’éloignement, la recherche d’un ancrage. Sa voix, plus posée que jamais, agit comme un fil conducteur dans cet espace vaste et silencieux.
Avec « Little Wide Open », Kevin Morby signe probablement son disque le plus apaisé et le plus ample à la fois. Un album contemplatif, profondément humain, qui regarde l’Amérique rurale non pas comme un décor nostalgique, mais comme un territoire émotionnel encore vivant. Une œuvre discrète en apparence, mais dont l’écho continue de résonner longtemps après la dernière note.
Photo de couv. (c)Chantal Anderson



