[Interview] GUU – « Why »

GUU fait partie de cette nouvelle génération de groupes qui redonnent au garage rock toute sa vitalité, entre urgence punk, échappées psychédéliques et goût assumé pour l’absurde. Formé à Bordeaux en 2023, le quatuor s’est rapidement forgé une place sur la scène rock underground, avant de préparer la sortie de son premier album « No Sauce », attendu en novembre chez À Tant Rêver du Roi. En prélude, le groupe dévoile Why, un premier single aussi nerveux qu’ironiquement désabusé. Rencontre avec un groupe qui aime autant faire du bruit que raconter des histoires.

Pouvez-vous revenir sur la naissance de votre groupe GUU ?
Le groupe est né avec cette formation en début 2023 par le biais du forum easyzic, une sorte de « site de rencontre pour musiciens ». On avait tous les quatre des influences différentes mais on s’est découvert un amour commun pour le garage. On avait directement l’envie de faire des concerts, c’est vraiment dans l’adn du groupe.

« Why » arrive le 27 mai, avant votre premier album No Sauce prévu en novembre chez À Tant Rêver du Roi. Est-ce que ce morceau fonctionne comme une porte d’entrée vers l’univers du disque ?
Oui, c’est une des raisons pour lesquelles on l’a choisi en tant que premier single, il représente bien différentes facettes et énergies de l’album, entre ses côtés dansants, une partie un poil psyché et la fin bien punk, le tout sous couvert de second degré et de mépris de soi. Ça donne un aperçu des esthétiques de l’album. Et puis c’est un morceau cool et énergique, parfait pour les beaux jours qui arrivent !

Chez GUU, il y a un subtil mélange entre énergie garage très frontale et narration surréaliste. Comment naît un morceau comme « Why » ?
Il naît comme beaucoup de nos morceaux d’un riff simple, composé à 4, qui est souvent une projection de l’instant présent, de même que les paroles représentent en général l’état d’esprit du moment d’Eitan.

Votre musique donne l’impression de raconter des fables absurdes sur des situations très réelles. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce décalage entre humour noir et critique sociale ?
On pense qu’esthétiquement notre musique se prête à une vision candide du quotidien. Mais ce quotidien ramène souvent à des situations précises, que le second degré permet de conter avec une certaine légèreté, on parle de sujets sérieux sous une forme décalée.

On sent chez vous pas mal d’influences comme Wine Lips, Thee Oh Sees ou King Gizzard. Qu’est-ce qui vous plaît et vous fait vibrer le plus dans la musique ?
Parmi les groupes que vous avez cité on retrouve beaucoup le plaisir du live, c’est ce qui nous a forgé en tant que musiciens. On a la chance d’avoir une scène locale très active, et des groupes venus des 2 coins de la planète (l’Australie et les États Unis) qui se produisent régulièrement à Bordeaux (notamment au relâche festival)

Vous avez beaucoup joué depuis votre EP « Get Guu » : Bordeaux, Paris, des festivals… À quel moment vous vous êtes dit : “OK, maintenant on a vraiment une identité de groupe” ?
Il n’y a jamais eu de déclic où on aurait trouvé une identité particulière, c’est surtout pour nous le plaisir de jouer entre nous, une dynamique à 4, en concert où dans notre cave moite. On ne se met aucune barrière créative, et on est en constante évolution, nous ne savons pas nous même quelle direction exacte prendra le projet dans le futur car on essaye de rien s’interdire en tant que musiciens.

La “Fish Session” montrait déjà une envie de dépasser le simple live pour construire un vrai imaginaire autour des morceaux. Cette dimension visuelle et scénarisée, elle est devenue indispensable à GUU aujourd’hui ?
Peut être pas indispensable mais on y a pris beaucoup de plaisir pour la live seassion, même si c’est vraiment un exercice qu’on découvre. Cet imaginaire ajoute quelque chose d’intéressant à la musique et s’entourer de gens cools et talentueux dans les métiers autour de l’image est très enrichissant et ce n’est clairement pas la dernière fois qu’on fait ça.

No Sauce votre 1er album, vous le décrivez comme nerveux et insaisissable, était-ce une ligne directrice importante pour votre création ? Et comment bossez-vous la composition de vos morceaux ?
Pour être honnête, une bonne partie des morceaux ont été composés pour le live, on les travaille dans cette optique depuis un moment. Ils ont naturellement une ambiance et des sujets en commun qui nous ont servi de fil conducteur. On compose toujours tous ensembles et la plupart des morceaux naissent souvent à partir de jam, on teste des trucs, on déplace des parties, on débat tous les quatre. Toute la compo se fait vraiment en groupe. En tout cas on fait de la plupart de nos morceaux des défouloirs.

Beaucoup de groupes garage misent surtout sur l’impact immédiat. Pour vous, qu’est-ce qu’un bon morceau doit provoquer chez l’auditeur ?
Beaucoup des morceaux qu’on adore jouent avec la dynamique, les changements d’ambiance, des textures, des tensions, et des résolutions satisfaisantes. Même si on apprécie également être surpris par un moment imprévisible et original.

Écoute ici https://bfan.link/why-43

Photo de couv. NICOLAS ACQUAVIVA