« Vanilla » ou le portrait de sept portraits de femmes décortiqué par la plus jeune d’entre elles : une enfant. Voici un premier film mexicain, inspiré par les souvenirs de la réalisatrice à la fin des années 80, qui n’oublie jamais de « faire son cinéma« . À savoir dans ses partis pris de mise en scène mais aussi dans la truculence de ses protagonistes. Le soin apporté à la photographie est tout à fait remarquable, alternant couleurs « pétantes » ou plus grisâtres en fonction des émotions vécues par la petite Roberta. La caméra, perpétuellement en mouvement, ne lâche jamais ses « mères courage » et au détour de moments parfaitement cadrés, leur donne la parole sans que l’équilibre entre ces « forces vives » ne soit rompu. Enfin, la direction d’actrices tend vers l’invisible tant la liberté de ton qui sous-tend l’ensemble parait naturelle et exempte de tout carcan. Et pourtant, il y est bien question de carcan (« Vainilla » étant un diminutif de vaina -en espagnol- s’inspirant lui-même de vagina que nous pourrions traduire par gaine, étui, vagin ou fourreau en français) dans cette chronique sociale où une famille tente d’échapper à une expulsion imminente.
Alchimie ?
Sur le plateau, la scénariste a imposé un dialogue permanent entre l’équipe technique et le casting choisi. Au diable les « castes ». Tout le tournage fut « poreux » et ouvert à toutes propositions. En proue : des échanges fructueux et une exposition omniprésente des sentiments. Au final : une bourrasque d’émois et d’agitations.
Indéniablement, ce premier long-métrage opte pour le « solaire ». Point d’évocation douloureuse dans ce sémillant long-métrage de Mayra Hermosillo. Ici, tout est jeu, danse, chant et amusement. Les problèmes ? Affrontés avec candeur, déni ou optimisme. Dans cette maison bordélique à souhait, peuplée d’idoles chrétiennes, musicales et d’occupantes virevoltantes, rien n’est vraiment grave. Notre Roberta mi-Alice au pays des merveilles, mi–Little Miss Sunshine-, évolue dans un monde où les hommes n’ont plus leur place au sein du noyau familial. Et quand l’un deux, prétendant énamouré de la mère de notre héroïne, ose une percée en terrain domestique, le refus est catégorique. En ce sens, « Vanilla » prône un féminisme où les « couillus » ne sont pas conviés mais tolérés. Père de substitution ou pervers alcoolique. Huissier véreux. Camarade de jeu ou commerçant empathique. Le tableau est dressé de manière symbolique et radicale. Animal, on est mâles.
« Vanilla », pamphlet manichéen ?
C’est sans compter le regard affuté de notre cinéaste en herbe. Non, cette famille débordante d’amour ne possède pas le mode d’emploi d’une existence exemplaire. Oui, les relations intra-structurelles sont au bord de l’explosion. Et qu’importe si l’arrière-grand-mère est une voleuse, la grand-mère fille de l’air et la tante alcoolique ! Nous sommes dans « La Vie », la vraie, avec toutes ses imperfections, ses mensonges et ses élans du cœur. Mayra Hermosillo, actrice pour la série « Narcos: Mexico », connait son métier et sublime les partitions de sa distribution. Au milieu de ce fatras de cris, elle pourrait même se substituer à Almodovar. Même appétence pour la flamboyance et même appétit pour les destins contrariés. Je pourrais y ajouter un soupçon de « Crias Cuervos » dans cette radioscopie intime marquée par l’absence de (re)père. Drôle de drame pour drôles de Dames. Seule issue à cette enfance/béance ? Un concours télévisuel avec une excursion gratuite à la clef. Roberta, entourée de ses bonnes fées un peu folles, va s’employer à le gagner…
J’ai toujours trouvé le mot « sororité » phonétiquement très dur. Je lui préfère « solidarité », plus agréable à mon oreille. C’est pourtant bien ce cela qu’il s’agit dans cette comédie douce-amère. Le désespoir épongé par la force du plus grand nombre. Le rôle du pater tenu, tour à tour, par chaque membre de cette tribu dysfonctionnelle. Le manque obstrué par l’excès.
Dès l’ouverture du film, Roberta (Aurora Davila, dont c’est le premier rôle à l’écran !) laisse choir sa glace à la vanille sur le sable, saisie par la surprise.
Surveillez votre fauteuil. A n’en pas douter, la chute de votre eskimo s’annoncera inévitable, tant la tendresse de » Vanilla » vous étreindra.
PS : en cette veille de « Fête des Mères », je dédie cette chronique à ma Maman, qui m’a élevé toute seule. Son parcours force, chaque jour, mon admiration.



