L’Éclat Noir de The AA « To Be Here »
Parfois, le mimétisme devient un tremplin vers l’excellence. Avec « To Be Here », le quintet agenais The AA signe un premier long format qui transforme la poussière analogique en or noir.
Oubliez la douceur des vergers du Lot-et-Garonne. Le disque qui nous occupe aujourd’hui semble avoir été forgé dans l’humidité d’un sous-sol de Manchester ou sous les néons blafards du Berlin des années 80. The AA, projet né en 2015 des expérimentations de Pierre-Olivier Poujade, Léo Therial et Robin Massalongo, n’est plus le side-project prometteur aperçu aux côtés de M83 ou Brian Jonestown Massacre. C’est désormais une machine de guerre Cold Wave, renforcée par Steeven De Castro et Benjamin Marsan.
Une orfèvrerie du spleen analogique
Dès les premières mesures, le parti pris esthétique est aussi flagrant que radical : minimalisme synthétique et basse monumentale. Le groupe a su exhumer des instruments analogiques au grain imprévisible pour sculpter des sons triturés d’excellence qui lévitent au dessue du revivalisme.
Le mixage, confié à David Cukier (l’homme derrière le son tranchant de Rendez-Vous ou Keep Dancing Inc), apporte cette clarté agressive nécessaire que nous aimons tant. La voix, suave mais parcourue d’une tension électrique, navigue sur des compositions qui explorent « la négligence ». Un thème audacieux pour un disque qui, paradoxalement, fait preuve d’une minutie d’horloger.
Entre Manchester et les songes éthérés
« To Be Here » est un disque de contrastes, structuré en 9 pistes comme autant de tableaux qui lorgnent du coté obscur !
L’union Post-Punk : On y croise les fantômes de The Stone Roses pour ces riffs circulaires et cette morgue britannique, mais aussi une efficacité rock nerveuse qui rappelle les premiers titres de IDLES. L’ivresse Dream Pop : Le groupe sait lever le pied et laisser place à des nappes atmosphériques où le souffle réverbéré remplace le cri. L’efficacité New Wave : Les refrains sont sombres, certes, mais redoutablement entêtants. On sent l’influence de la scène actuelle (Isaac Delusion, Feu! Chatterton) dans cette capacité à rendre l’introspection dansante.
Si certains pourraient reprocher à The AA une révérence parfois trop marquée pour ses aînés, la force de « To Be Here » réside dans son exécution organique. Là où beaucoup de groupes s’enferment dans le tout-numérique, les Agenais ont gardé une crasse nécessaire, un souffle humain qui traverse les machines.
C’est un album de transition réussie : celle d’un groupe qui passe du statut de curiosité de festival à celui d’acteur majeur de l’indie-rock hexagonal. La froideur annoncée n’est jamais glaciale ; elle est habitée par une mélancolie fiévreuse qui ne demande qu’à exploser sur scène.
Avec « To Be Here » il est indéniable que The AA est bel et bien là, et il va falloir compter avec eux.
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Photo de couv. The AA




