THE KILLERS M’ONT TUER

N’allez pas vous imaginer que le courroux qui va suivre résulte du confinement forcé que je supporterais psychologiquement très mal. Il n’en est rien. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes en guerre bactériologique possibles.

Au contraire, il est des confinements dont on aimerait que jamais ils ne cessent, surtout lorsqu’ils s’appliquent à la clique funeste de The Killers : Jake Blanton et Ted Sablay, respectivement bassiste et guitariste de tournée, le batteur Ronnie Vannucci Jr. et le chanteur au blaze de héros de série acidulée pour adolescents boutonneux Brandon Flowers.

Je n’ai pas pour habitude de vouer aux gémonies mais là, faut pas pousser le bouchon dans les orties, trop c’est trop, je me transforme en hater patenté l’espace de quelques lignes !

Depuis 2004 et cinq albums studios dont on n’aimerait pas qu’ils nous accompagnent ne serait-ce qu’une demi-minute lors d’une montée d’ascenseur (le drame ultime serait de rester bloqué des heures dans le dit ascenseur à écouter en boucle leur vomi rock), The Killers délivrent une purge si fadasse et sans saveurs qu’elle serait susceptible de nous créer des traumatismes acoustiques irréversibles.

Une chose est sûre, c’est qu’on ne peut reprocher au groupe d’avoir été constant dans la médiocrité dès le premier album Hot Fuss en 2004. Un miracle incompréhensible qu’ils existent encore depuis tout ce temps et qu’ils n’aient pas eu la lueur de se reconvertir en bouchers-charcutiers ou steward aériens au cours de ces quinze dernières années (NDLR : le rédacteur de cette chronique précise à toutes fins utiles qu’il n’a aucun grief envers ces deux corporations).

Rendons à ce titre un hommage appuyé aux lucides Mark Stoermer (bassiste) qui, lassé d’être sur la route et en studio, a quitté le groupe en 2016 et repris des études en histoire de l’art, et Dave Keuning (guitariste) qui s’est mis en retrait pour raisons familiales et pour démarrer une carrière solo (l’histoire ne dit pas si Boat Accident, le track 1 de son premier LP Prismism (2019) lui a été inspiré par la vie de son ancien groupe).

Et ce n’est pas le single Caution fraîchement sorti le 12 mars (comment pourrions-nous être chaleureux dans ces cas-là ?!?) et annonciateur d’un nouveau désastre – je veux parler de leur prochain album Imploding The Mirage qui paraîtra le 29 mai sur Island Records -, qui me fera changer d’avis. La guitare de Lindsay Buckingham (Fleetwood Mac) n’a rien d’électrisante, le morceau a autant de consistance qu’un flamby crémeux et pour le côté fun et enjoué, puisque tel semble être l’orientation souhaitée par le groupe, on lui préférera mille fois Premier Gaou (original radio edit) de Magic System.

Je me pris naïvement un temps à rêver que l’entreprise cette fois aurait pu prendre une direction plus audible grâce à la présence du producteur Jonathan Rado, co-fondateur de Foxygen, et sur la foi de son excellent We Are the 21st Century Ambassadors of Peace and Magic sorti en 2013, dont je garde un impérissable souvenir.

Malheureusement, c’est le Rado de la Méduse (pardonnez-moi, je n’ai pas résisté !) que l’on découvre ici, celui dont on s’inquiète de la santé créative depuis …And Star Power (2014). Un naufrageur venu attirer sur les récifs le déjà mal en point rafiot The Killers, sans aucun dessein néanmoins de s’enrichir en s’emparant de la cargaison car il n’y a décidément aucun trésor au fond de la cale ! On aurait envie de lui souffler dans les bronches avec les trompettes de Géricault pour faire s’effondrer les murailles de son infertilité !

On se demande encore comment le producteur Shawn Everett (Kurt Vile, Alabama Shakes, The War on Drugs, Beck, Kim Gordon…), Weyes Blood, Adam Granduciel de War on Drugs, k.d. lang ou Blake Mills (co-producteur du fantastique Sound & Color (2015) des Alabama Shakes) ont pu s’embarquer dans une telle aventure.

Considérer Brandon Flowers comme un chanteur rock, c’est comme élire Thomas Thévenou meilleur contribuable de France ou Benjamin Grivault parangon de vertu : on n’y croit pas un seul instant ! J’imagine que les âmes de Johnny Thunders et Joe Strummer rêvent d’une réincarnation terrestre pour venir expliquer à cet insipide ce que signifie « être rock en 2020 ».

En 2008, Brandon Flowers avouait espérer un jour pouvoir écrire une chanson aussi réussie que Imagine. Douze ans après, gageons qu’il saura rendre gorge pour ces propos hasardeux.

Alechinsky.