« Mémoire de fille », le best-seller d’Annie Ernaux, est désormais un film. Réalisé par Judith Godrèche, il permet à « l’icône du french cinéma » de prolonger son combat avec la bénédiction d’un prix Nobel de littérature.
Qui de mieux que Judith Godrèche pour s’approprier, avec l’accord complice de l’auteur, le best-seller d’Annie Ernaux « Mémoire de fille » ? Le résultat est dans la droite ligne des combats portés par Judith Godrèche. Encore plus fort, elle a confié le premier rôle, celui d’Annie Ernaux, à sa fille Tess Barthelemy. Aurait-elle pu faire le même film avec une autre actrice ? Sans doute pas. Car le thème est fort, il s’agit du viol. Un mot difficile à mettre sur les actes de H, le chef des moniteurs, friand de jeunes recrues. Fort de son aura, il profite d’une soirée entre volutes de cigarettes et alcool pour embrasser Annie avant de l’emmener dans un coin sombre pour abuser d’elle sans qu’elle ne réagisse. La filiation avec la propre histoire de Judith Godrèche, une « jeune fille abusée par des réalisateurs », est alors évidente. On peut parler de sororité.
Le mur de la honte
De sa mésaventure pseudo amoureuse dans la France de 1958, la jeune fille ne dira mot, ne se plaindra pas, mieux elle se vantera auprès de ses copines de chambre, mais elle payera finalement le prix fort de sa tentation involontaire. Sans parler de la honte qui la poursuivra des années après. Le livre n’est sorti qu’en 2016, l’histoire se passe durant l’été 1958.
L’ensemble montre combien l’époque a changé ! Si quelques partis pris sont discutables comme le fait de « raciser » le propos, notamment avec l’étonnante scène finale, l’ensemble est un grand film d’auteure. Il transcende le récit autobiographique d’Annie Ernaux.
Patrick Auffret
Note : 9 sur 10




