Avec Under The Grip, The Last Parade tombe les masques et desserre l’étau des injonctions. Sept titres où le « je » s’affirme, où l’écriture devient catharsis et le rock un espace de liberté. Nourri par une cinquantaine de concerts, cet EP gagne en assurance sans rien perdre de son urgence brute. Derrière les guitares sans fioritures, il est question d’emprise, d’amitié, d’amour et de ces cloisons invisibles qui finissent par céder avec le temps. Un disque sincère, viscéral, qui regarde les failles en face et transforme les combats intimes en énergie collective. Rencontre avec un artiste qui apprend à ne plus avoir peur de sa propre lumière.
Under the Grip semble beaucoup plus personnel que The Past Always Leads to a Light. Qu’est-ce qui t’a permis d’assumer davantage le « je » cette fois ?
L’âge probablement et les péripéties de la vie !
Quand j’ai écrit The Path Always Leads to a Light, inconsciemment je me suis caché derrière le fait d’avoir une narration qui parle à quelqu’un (le »you »). Les textes sont ultra personnels, pas moins que Under The Grip, mais c’est comme si je parlais à quelqu’un d’autre. Avec le recul, il est très clair que je me parle à moi même…
C’est en m’assumant tel que je suis que j’ai pris cette confiance pour dire « je suis comme ça », « je vis ça », « je ressens ça ». Le fait de décider de faire de la musique mon métier (c’est mon métier depuis novembre 2024) a beaucoup joué. Je me suis caché derrière plein d’excuses, plein de masques mais on ne peut pas échapper à sa vraie nature ! Et je crois qu’à ce moment-là, j’ai sérieusement commencé à arrêter d’avoir peur de mon ombre. Enfin de ce que je croyais être mon ombre ! Ce sont les injonctions sociales qui m’ont fait penser que cette lumière au fond de moi était une ombre.
Le titre Under the Grip évoque différentes formes d’emprise. De quoi avais-tu besoin de te libérer en écrivant ces sept morceaux ?
De me libérer de toutes les injonctions que l’on reçoit à longueur de temps. L’écriture est très cathartique pour moi et la vibration de la composition me permet de traverser des émotions que j’ai du mal à exprimer au quotidien.
Cette libération elle prend plein de forme :
– se libérer de l’injonction à prendre partie de manière binaire, sans considérer l’autre, sans réellement essayer de comprendre l’autre (« Nuances »)
– se libérer de l’emprise d’un conjoint, d’un collègue, d’une famille (« Cornerstone »). Je pourrais parler de ça des heures tellement ça m’a révolté de le voir autour de moi. Je parle explicitement de l’emprise en concert et dans presque 100% d’entre eux, il y a 1 à 3 personnes qui viennent me voir à la fin pour me remercier d’en parler et partager leur expérience de l’emprise en couple. Si ma musique permet une forme de guérison ou de prise de conscience, je me sens énormément chanceux de pouvoir apporter cela ! Cette forme d’emprise, je ne l’ai pas vécu directement, mais j’ai vu ces effets pendant des années sur une amie. Cette amie qui un jour a frappé à ma porte pour me dire qu’elle était prête à quitter son mec pour de bon et qu’elle avait besoin d’aide pour y arriver. Cette chanson raconte son vécu de l’emprise. Je l’ai écrite quand j’étais chez elle, en Suisse, à m’assurer que son conjoint partait effectivement de la maison et surtout ne revenait pas.
– se libérer d’injonctions sociales, de classe, de la forme que doivent avoir les choses… « the same mold » c’est une lettre à mon meilleur ami à un moment où on ne se comprenait plus et qui parle du fait que ce n’est pas parce qu’on est né dans le même milieu que l’on a forcément les mêmes trajectoires et les mêmes idées.
« let go » c’est ma manière de hurler mon envie d’en avoir plus rien à foutre du regard des autres. Ce qui est totalement le cas sur scène mais un peu moins dans la vie de tous les jours. J’y travaille !
« By the river » est une libération sur ce que doit être l’amour et la vie en couple. Finalement, on apprend un schéma très précis de ce que doit être un couple, mais face à la réalité de la vie, l’amour et son expression peut prendre une quantité infinie de formes !!
« My old friend » c’est une manière de dire « je t’aime » à mon meilleur ami. J’y arrive mieux en musique qu’en face à face
En fait, je résumerais cette longue réponse avec cette image :
J’ai toujours aimé vieillir parce que plus j’avance, plus je trouve ma vie géniale ! (ça n’empêche pas les moments difficiles hein !)
J’ai toujours eu l’impression que ma perception de la vie et ses possibilités sont comme une salle avec des cloisons. Et plus je vieillis, plus les cloisons reculent, plus la salle s’agrandit et tout devient de plus en plus possible.
Ces 2 dernières années, les cloisons ont tout simplement disparu, tout est possible ! Je crois que l’écriture de cet album y a beaucoup contribué.
Cet EP a été composé et façonné après une cinquantaine de concerts. Qu’est-ce que la scène a changé dans ta manière d’écrire ou de jouer ?
Je ne dirais pas « après » mais « pendant » la tournée du 1er album.
Je fais de la musique avec pour unique objectif de pouvoir la faire sur scène ! Ce qui a foncièrement changé entre le 1er album et celui-là, c’est que les chansons ont été beaucoup testées, jouées sur scène avant l’enregistrement. Ce n’était pas du tout le cas pour The Path Always Leads to a Light. Ça m’a donné beaucoup plus de certitude sur ce que je voulais, comment jouer, comment chanter. Ça n’a pas changé l’écriture, mais clairement ça m’a donné de la clarté sur le comment je veux l’interpréter.
J’ai plein de griefs et de choses que je ferais différemment sur le 1er album après l’avoir écumé en live ! Ce n’est pas du tout le cas pour Under The Grip.
Ta musique reste très directe : guitare, ampli, reverb, delay. Pourquoi tiens-tu autant à cette forme dépouillée ?
J’ai la croyance que si je n’arrive pas à trouver simplement le son que j’ai en tête, c’est que je fais fausse route. La musique que j’enregistre est d’abord pensée/imaginée/vécue en live, et je ne conçoit pas le live de manière complexe. Si une chanson n’est pas suffisamment bonne avec une simple guitare et une voix, c’est qu’il y a trop d’artifices. Ce n’est pas assez brut.
Je pense que c’est un peu à l’image de comment je suis dans la vie. Je ne suis pas un mystérieux ! On me voit tel que je suis et ma musique en est le reflet, sans fioriture finalement.
Tes influences vont de Dire Straits et Pink Floyd à Nirvana, Radiohead ou Metallica. Qu’est-ce qui, aujourd’hui, nourrit encore le plus ton écriture ?
Ma musique est nourrie par un nombre incalculable d’influences ! Dans cette grande machine à recycler (consciente et inconsciente) qu’est la composition, sur chaque chanson je peux te trouver 5 ou 10 artistes différents.
Après, j’avoue qu’il y a un groupe en particulier qui me fait vibrer sans discontinuer depuis plus de 20 ans : les Kings of Leon. Leur musique émet une vibration qui me chamboule à chaque fois ! Ils viennent de sortir une nouvelle chanson « My whole world », et paf !dès les premières notes ça m’a attrapé. La voix du chanteur, leur composition, la place de la basse etc. tout chez eux me fait vibrer. Une vraie groupie !
Il y a l’acquis, ce que j’écoute depuis toujours bien sûr, mais je me nourri beaucoup des nouveautés d’artistes plus ou moins connus : En ce moment Nerlov, Fragile, Royal Blood, Madam, 5 Horses, Nothing but Thieves, Kasabian, Kanadia…
Tu as toujours composé et produit seul. Est-ce important pour toi de garder le contrôle sur chaque étape, ou ressens-tu désormais l’envie de laisser davantage de place aux autres ?
La plupart du temps j’ai une vision très précise de ce que je souhaite.
En fait, je n’ai aucune formation musicale, je fais tout de manière organique (on pourrait parler longuement du syndrome de l’imposteur à cause de ça). Finalement je reproduis ce que j’entends dans ma tête. Mes oreilles sont les seules et uniques juges de paix.
C’est à la fois par choix et par contrainte que j’en suis arrivé à ce système de production solo. Je le résumerais en ces mots, à l’époque où j’ai lancé The Last Parade : « J’ai une vision précise de ce que je souhaite, je n’ai pas d’argent et je ne connais pas de musicien-nes donc je vais me débrouiller ».
Finalement, tout faire de la compo/écriture jusqu’au mixage, c’est plus venu d’une contrainte que d’un choix véritable au départ !
Mais ne nous y trompons pas, mon graal c’est qu’on soit 5 sur scène et que je puisse partager tout ça avec d’autres !
Concernant la composition et la production, je pense que pour intégrer quelqu’un dans le processus, c’est plus une histoire de confiance en l’autre qui viendra avec le temps et les rencontres.
Après une première année de concerts en solo, tu vas intégrer un batteur. Qu’aimerais-tu que cette nouvelle formule apporte à The Last Parade sur scène ?
On est en plein dedans avec Doriane (le batteur) et Thomas (l’ingé son pour le live) ! On bosse comme des fous pour y arriver le plus vite possible.
Pouvoir partager la scène, l’aventure avec quelqu’un est une chose que je souhaite ardemment. Sur scène, la batterie live va apporter une dynamique en plus. Ce que je fais aujourd’hui est déjà super mais rien ne remplace un batteur live !
Après un moment de mise en place, j’ai eu un 1er « orgasme musical » au deuxième jour de répétition quand on a joué « Cornerstone » parfaitement pour la première fois. Entendre et voir cette batterie en live à côté de moi m’a procuré une joie très intense !
Tu dis vouloir faire une musique « ultra vivante » et avant tout la partager sur scène. À quoi reconnaîtras-tu que The Last Parade a vraiment trouvé sa place ?
D’une certaine manière, quand les gens viennent me voir à la fin des concerts en me disant que ça les avait touché/retourné/heurté etc. j’ai déjà l’impression d’avoir trouvé ma place. De trouver que ce que je fais n’est pas totalement inutile finalement.
Je n’ai pas de grands rêves de grandeurs, de « fame ». J’aime beaucoup ma tranquillité dans ma campagne !
Je pense que j’aurais le sentiment que The Last Parade aura trouvé sa place quand des personnes commenceront à se déplacer parce qu’il y a spécifiquement un concert du groupe en ville. Et ce sera déjà incroyable quand on pourra être 5 sur scène et qu’on pourra en vivre tous convenablement !!




