Après BLOOMS, Second Major revient avec MOON, un EP où le trio lyonnais durcit le ton sans renier ce qui fait son ADN : l’urgence, les mélodies et cette énergie viscérale qui prend toute sa dimension sur scène. Post-punk rugueux, tensions grunge, éclats indie et brumes shoegaze composent la bande-son d’un monde en ruines, entre anxiété contemporaine, lâcher-prise et désir de reconstruction. De Over à W.B.L., Second Major dessine un parcours du chaos vers la lumière. À l’occasion de la sortie de MOON, le trio nous raconte cette nouvelle étape, entre création collective, transe live et envie de construire autrement.
Après BLOOMS, vous revenez avec MOON, un EP plus sombre, plus rugueux, presque oppressant. Qu’est-ce qui a changé dans votre manière d’écrire et de composer pour que cette nouvelle musique porte une telle tension ?
A vrai dire, nous n’avons pas changé grand-chose dans notre approche de la musique.
MOON semble se dérouler dans une ville après le chaos, à l’aube d’un monde qu’il faudrait reconstruire. Comment cette imagerie post-apocalyptique s’est-elle imposée à vous, et quelle place occupe-t-elle dans votre façon de raconter le réel ?
C’est le décor que nous avons choisi d’utiliser afin de mettre en contexte les morceaux de cet EP. D’une certaine manière, c’est ainsi que nous interprétons ce qui nous entoure aujourd’hui. On est impacté.es par tout un tas de choses, à différentes échelles, qui peuvent nous faire ressentir des émotions anxiogènes. C’est pour ça qu’on aborde certaines thématiques avec tension et oppression, dans les sonorités post-punk aussi brutes que visqueuses.
C’est aussi un réel plaisir d’extériorisation que de chercher le chaos dans le son ; avec ces tableaux nous arrivons à insérer des doses de lumières pour rappeler qu’il y aura toujours un renouveau.
Entre post-punk, indie rock, britpop, grunge et quelques brumes shoegaze, vos influences se croisent sans jamais donner l’impression d’un simple exercice de style. Comment trouvez-vous l’équilibre entre ces références et ce qui fait aujourd’hui la singularité de Second Major ?
On ne cherche pas à trouver un équilibre, on fait ce qu’on aime, ce qui nous fait vibrer, ce qui nous semble juste et nous ressemble. Notre univers est évidemment imprégné de diverses influences, mais nous créons avant tout ce que nous aimerions écouter et ce que nous aimons jouer.
Le trio s’est construit sur une cinquantaine de concerts, et cet EP marque aussi une évolution dans votre manière de composer. Qu’est-ce que le travail collectif d’Anna et Thibaut a changé dans les morceaux d’Anthony, et comment cette mise en commun a-t-elle fait évoluer votre son ?
Cela fait maintenant deux ans que l’on se connaît, qu’on voyage ensemble, qu’on joue ensemble. Ce temps passé à faire de la musique et tout plein d’autres choses nous a rapproché, et tout le monde trouve sa place dans le trio. Chacun.e peut alors s’emparer des idées des un.es et des autres pour les mettre en œuvre selon son approche et pour le groupe. Au niveau de notre son, la pratique et les concerts nous ont permis de trouver les ressorts sur lesquels on voulait appuyer, pour aller vers quelque chose de lourd et tendu.
Losing Control, première composition amenée par Anna, semble particulièrement bien porter le thème du lâcher-prise. Que représente ce morceau dans l’histoire du groupe, et qu’est-ce qu’il vous a permis d’explorer que vous n’aviez pas encore abordé ?
Losing Control témoigne justement de cette évolution du groupe, où nous allons de plus en plus vers une unité, en apportant chacun.e notre patte aux morceaux. Le fait que cette compo ait été apportée par Anna a forcément élargi le spectre artistique dans lequel se place Second Major. Mais de façon générale, tous les titres de l’EP comportent un petit bout de nous, de nos façons de jouer, de chanter…
Enregistré dans une grange de Loire, MOON est né loin du tumulte urbain qui traverse pourtant son imaginaire. Comment ce cadre, entre havre de paix et météo parfois imprévisible, a-t-il influencé la tension, les textures et l’énergie du disque ?
Le fait de se retrouver isolé.es dans la campagne ligérienne nous a permis de nous libérer des tensions et des questions du quotidien. En ayant bien préparé en amont les morceaux, nous nous sommes laissé.es guider par l’environnement et l’atmosphère du lieu pour faire ressortir une énergie brute et une interprétation naturelle lors de l’enregistrement. Tous ces éléments ont participé à façonner la texture du disque.
Over annonce une fin qui ouvre la voie au renouveau, tandis que W.B.L. (We Build Love) semble raconter la naissance de quelque chose. Pourquoi avoir choisi de construire l’EP sur ce mouvement de renversement, du crépuscule vers une forme de lumière ?
Nous sommes assez porté.es sur les motifs de cycles et d’ères, et nous avions envie de raconter une histoire avec l’ordre des morceaux. Pour arriver vers une lueur, il faut parfois passer par un chemin plus sombre. Et il faut une fin pour un début. Avec Over, c’est comme si on commençait par l’appel à la révolte, pour aller vers un le mantra apaisé qu’est le morceau W.B.L.
Après MOON, vous partez sur une quinzaine de dates, avec notamment vos release parties à Lyon et Paris. Qu’aimeriez-vous que le public ressente en découvrant ces morceaux sur scène, et qu’est-ce que cette nouvelle étape vous donne envie de construire pour la suite ?
Nous avons l’habitude de penser la musique pour exprimer nos émotions et pour les partager avec le public, cette démarche est au cœur de la création. Lors de nos concerts, nous souhaitons justement que le public s’imprègne de notre univers et parvienne à exprimer ses propres émotions. C’est dans ces moments de partage intense et de transe collective que nous réalisons le bonheur que procure la musique live.
Cette nouvelle étape est importante pour nous, c’est la première fois que nous allons partir en tournée pour autant de dates. A l’avenir, nous souhaitons continuer sur cette dynamique pour continuer à aller à la rencontre du public dans des lieux et villes différentes.
Photo de couv. (c) Eloise Villaret



