À l’heure où beaucoup choisissent de commenter le monde avec gravité, Les Agités du Bocal préfèrent le regarder avec un sourire en coin. Sur leur troisième album, Super-ordinaires, le quatuor transforme les petites absurdités du quotidien en chansons aussi drôles qu’intelligentes. Derrière un rock teinté de ska, de swing ou de reggae, les textes jonglent entre second degré, poésie et regard acéré sur notre époque, sans jamais tomber dans le jugement.
Après avoir dévoilé leur nouveau clip Pool Party, véritable concentré d’énergie et de cynisme bon enfant, nous avons voulu comprendre comment naissent ces chansons capables de nous faire rire… avant de nous faire réfléchir. Des Hummer en ville aux chaussettes de l’archiduchesse, en passant par la fin du monde et les jacuzzis, rencontre avec un groupe avec qui ont peut parler de sujets très sérieux sans jamais se prendre au sérieux.
Vous avez appelé votre album « Super-ordinaires ». À quel moment vous vous êtes dit : « Finalement, la vie normale est complètement barrée » ?
Depuis les débuts du groupe, nous avons l’habitude de nous inspirer de ce qui nous entoure et de ce que nous remarquons dans nos quotidiens. Du coup, qu’on observe des choses qui nous font rire ou pleurer, on a toujours un peu cette idée que c’est la façon de percevoir – le point de vue que l’on choisit – qui va définir la façon dont on traite l’info et ce qu’on en retire.
De ce postulat, on choisit de rire le plus possible de « la vie normale » et là, effectivement, elle devient complètement barrée et encore plus cool ! En ce sens, notre album est une synthèse de notre philosophie, d’où le nom Super-Ordinaires.
Chez vous, on peut passer de la fin du monde à des chaussettes archi-sèches en une chanson. Est-ce que vos réunions d’écriture ressemblent à un apéro… ou à une séance de thérapie collective ?
On serait plus proche d’un apéro quand même. On parle de toutes sortes de sujets entre nous, donc c’est vrai qu’il peut nous arriver de passer du coq à l’âne à l’échelle d’un trajet en van haha ! Ça arrive souvent qu’une conversation devienne un concours de vannes et que l’une d’entre elles se glisse dans un mémo « pour une chanson ».
Vous posez des questions essentielles comme : « Rouler en Hummer en ville est-il le signe d’une détresse émotionnelle ? » Est-ce que certaines chansons sont nées d’un vrai débat… ou d’un pari perdu ?
La plupart de nos chansons viennent d’une réflexion décalée, d’une phrase qui nous fait rire ou d’un coup de gueule qu’on aurait ensuite passé à la moulinette « agités ».
Pour Hummer en ville, disons que c’est un coup de gueule déguisé : on voulait se moquer gentiment des gens qui possèdent une voiture disproportionnée dans un contexte où cette dernière embête tout le monde. Ainsi, le moyen qu’on a choisi pour faire cela a été de prendre la posture d’un psychologue de comptoir et d’émettre l’hypothèse que si ces conducteurs ont autant besoin d’attirer l’attention sur eux, c’est peut-être qu’ils souffrent d’une détresse émotionnelle.
Il y a aussi des chansons qui sont des délires persos. C’est par exemple le cas de Virelangue qui est simplement un exercice de diction ultra difficile et qui a été écrit dans le but de tester les limites de l’articulation de Léonard (le chanteur).
Vos textes font sourire avant de mettre une petite claque derrière la tête. Vous préférez que le public éclate de rire pendant le concert… ou qu’il réalise le lendemain dans sa voiture qu’il s’est fait gentiment piéger ?
Notre priorité est de faire passer un bon moment aux gens qui nous écoutent, en live comme en streaming. De cette façon, le live est conçu pour provoquer des rires, faire danser, chanter, etc., mais sans pour autant nous empêcher de traiter les sujets avec notre sensibilité et notre point de vue. Globalement, on préfère imaginer qu’on pose des questions auxquelles les gens se feront leurs propres réponses. Nous faisons toujours attention à ne pas être moralisateurs ou dogmatiques.
Avec Pool Party, vous prouvez qu’un jacuzzi peut devenir un terrain d’observation sociologique. Est-ce qu’il y a un endroit du quotidien que vous n’avez pas encore transformé en chanson… les files d’attente à la caisse, par exemple ?
Franchement les files d’attente sont une excellente idée ! Il n’est pas impossible qu’on l’utilise comme support un de ces jours !
Il existe plein d’endroits qui nous unissent au quotidien et qui parlent à tout le monde. Ce sont des terrains de jeux incroyables pour nous car, bien qu’on égratigne parfois nos habitudes, ils permettent de créer un cadre dans lequel chacun pourra se retrouver, une sorte de base commune qui nous unit sans distinction. Et c’est justement de cette unité dont on part pour essayer de créer le comique et passer un bon moment tous ensemble.
Musicalement, vous passez du rock au swing, du reggae au ska avec une facilité déconcertante. Est-ce que vous choisissez le style en fonction du texte… ou est-ce que les chansons viennent elles-mêmes réclamer leur costume ?
En général, Léonard (le chanteur) et moi (Thibault, le guitariste) écrivons des textes chacun de notre côté puis ajoutons la grille d’accords pour poser les bases de l’harmonie et une orientation stylistique. Ensuite, nous mettons en commun pour finir et/ou valider le texte et proposons un format guitare-voix du morceau à Alexis (bassiste) et Louis (batteur) avec qui l’arrangement final prend forme.
Du coup, pour répondre plus précisément à ta question : la chanson vient réclamer son esthétique générale – ou du moins son ambiance – à l’écriture du texte mais le véritable arrangement musical est affiné dans un second temps.
Vous traitez de sujets parfois lourds, isolement, précarité, hypocrisie, sans jamais être moralisateurs. C’est une recette secrète ou simplement une allergie chronique aux donneurs de leçons ?
Probablement l’allergie aux donneurs de leçons ! Blague à part, on estime que c’est simplement une question de respect de l’auditeur que de le laisser se faire son propre avis sur le sujet qu’on aborde. On n’est pas là pour dire au gens quoi penser car d’une part on ne prétend pas détenir une vérité et surtout on croit que chacun est assez intelligent pour penser par soi-même. On n’a jamais été trop fan de tout ce qui est dogmatique, c’est peut-être notre petit côté “poil à gratter”.
Question capitale pour conclure : si les Agités du Bocal organisaient une vraie Pool Party, qui serait interdit de plongeon ? Le pessimiste, le complotiste, le type en Hummer… ou celui qui demande si les chips sont bio ?
Personne ne serait interdit de plongeon, tout le monde est le bienvenu !
Pour faire simple, tant que chacun se respecte et que personne n’essaie d’imposer ses opinions aux autres, c’est bon pour nous haha.
Photo de couv. Mathieu Bourdon



