Chroniques

Du MARQUIS DE SADE à l’OVERLOOK il n’y a qu’un pas!

“The Overlook”, le nom ne vous est sûrement pas inconnu, surtout si vous avez aimé “Shining” de Stanley Kubrick !? Le nouveau café concert du centre ville Rennais a emprunté son nom de l’hôtel où Jack Nicholson séjourne en famille et l’univers graphique jusque dans les moindres traits : comptoir du bar, papier peint, tableaux, photos, porte d’ascenseur, jusqu’à la hache (avant utilisation)… Autant de détails dans la décoration léchée qui donne à l’endroit une atmosphère classe hors du temps. “The Overlook” est tenu par Alain DESCROIX et Sébastien PETRUS déjà propriétaire d’un autre café concert au nom tout aussi retentissant le Marquis de Sade… Entre deux confinements ils ouvraient leurs portes, avec un cadre réduit, mais devaient refermer une semaine après pour respecter les mesures sanitaires de la Covid. Depuis, ils attendent avec impatience la réouverture… Inutile de vous dire que pour eux l’attente est pesante. Nous profitons donc de cette pause forcée pour recueillir leur témoignage sur cette nouvelle aventure qui devrait bientôt pouvoir vous accueillir à nouveau.

Alain et Sébastien vous êtes les deux pères de ce nouveau bar Rennais. Pouvez-vous vous présenter ?
Alain : J’ai dépassé la cinquantaine et depuis ma jeunesse j’ai toujours aimé les bars autant que la musique. Ma toute première affaire s’était déjà un café-concert en campagne donc si je devais remettre ça forcement c’était dans un café-concert.
Après quelques temps j’ai rencontré Seb, plus précisément lors de ma troisième affaire qui s’appelait le « Nags head » qui était dans le vieux Rennes. On s’est rapidement bien entendu, alors quand j’ai vendu ce bar le manque s’est vite fait sentir. Mais il fallait trouver un lieu et dans le centre-ville s’était un peu mal barré. Après plusieurs recherches il se trouve qu’un bar que je connaissais était en vente, en pleine décrépitude depuis un an et demi. Je connaissais le lieu, je savais qu’il y avait de la surface et que ce n’était pas loin du centre ! J’en ai parlé à Seb et il m’a dit « banco» !
Pour le nom du bar on avait une liste chacun et comme on avait « Marquis de Sade » en commun et qu’on s’est dit que c’était le bon moyen de remettre ça un petit peu. (rires)
En 2013 on ouvrait ensemble « le Marquis de Sade ».

Jusqu’à l’année dernière on hésitait à ouvrir le Marquis de Sade à 3 heures , avec toutes les complications que ça peut générer, ou bien ouvrir un autre Bar. C’est finalement la deuxième solution qui s’est fait en premier. Et cette fois c’est Seb qui a trouvé ce lieu. On a visité plusieurs fois et on s’est dit qu’il y avait un beau projet à faire puisqu’on se rapprochait du centre-ville. Il y avait de la surface et c’était dans nos prix. Après il y a des affaires à Rennes qui sont dans ses tarifs là mais pas avec la surface et pas pour ce qu’on voulait faire.
Il y a 118 m2 et un sous-sol qui fait la même taille. Ça pourra devenir, quand on aura gagné beaucoup de sous, un petit club underground. Pour ça on aura encore un peu de travaux à faire mais c’est un projet qui nous tiendrait bien à cœur. Quand je dis petits travaux c’est une façon de parler, c’est plutôt des gros travaux (rires) mais disons que c’est intéressant pour l’avenir et l’évolution du bar, éventuellement.
On avait signé les papiers deux semaines avant le premier confinement. Malheureusement la pandémie est arrivée, mais bon on avait déjà l’accord notaire etc. on ne pouvait pas revenir en arrière.

On a ouvert une semaine avant le deuxième confinement exactement. Du 17 au 23 Octobre. Donc une semaine d’existence…(rires) L’été on avait fait tous les travaux et puis on avait « le Marquis de Sade» en même temps a faire tourner. Même s’ils y avaient les artisans et les copains qui nous ont donné un coup de main, on y était toute la journée avec en plus du boulot le soir… C’était un peu rock n roll mais on est content du résultat !

Seb : Moi je n’étais pas du tout du milieu à la base, j’étais plutôt de l’autre côté du comptoir ! On va dire que j’ai fait une étude de marché pendant 15 ans (rires). J’étais universitaire donc pas du tout du même milieu mais c’est vrai qu’avec Alain dans son bar on s’entendait bien ! Le « Marquis » je l’ai connu il y a très longtemps, c’était à côté de mon lycée, j’y jouais au babyfoot avec mon prof de philo (rires).
Maintenant qu’on a réussi à trouver ce qu’on voulait faire ensemble on est content ! On avait envie depuis un moment mais Alain avait ses doubles journées avec son boulot en plus du bar. C’est aussi là que le « Marquis de Sade » trouvait vite ses limites, même si on a fait ce qu’on voulait avec des concerts surtout le week-end. Mais la bascule financière, pour vivre tous les deux sur le bar vraiment c’était compliqué. C’est ça aussi qui nous motive, même si on n’a pas forcément des volontés, comme certains, de racheter la ville. (rire)
En fait c’est juste de vivre de ce qu’on aime et puis faire face aux lots de soucis. Au Marquis de Sade on pouvait se contenter d’être barman, là il faut devenir patron pour de vrai parce que c’est d’autres logistiques.

Alain – Photo : Anne Marzeliere

Vous êtes à 5 minutes de la place des Lices. C’est un bon emplacement pour vous !
Seb : On est entre le mail et la place des Lices. Au pied de la tour Les horizons.

Alain : La tour c’est un bon repère géographique (rires). Mais on sait que ce coin-là va bouger à l’avenir de toutes façons.

Seb : On pense que le quartier va évoluer, enfin on espère. On fait un pari sur l’avenir. Tant géographiquement que dans l’ambiance on voulait trouver un juste milieu qui permette à tout le monde de s’y retrouver. Pour les musiciens, pour les assos avec qui on bosse, pour les étudiants, pour les clients et pour les copains …
C’est un peu tout ce qu’on a cherché à faire au « Marquis de Sade » qu’on va peut-être refaire ici aussi. S’approprier un peu cette culture du rock Rennais, la vie rennaise. On va voir comment les gens réagissent mais il ne s’agit pas d’être passéiste, Rennes a beaucoup évolué.
Si on s’était fié uniquement à notre instinct on serait passé à côté de plein de choses. Et puis on est toujours surpris que le public répond présent !

On ne va pas se prétendre découvreur de talents, ce sont les assosciations qui font un formidable travail de programmation pour nous, il ne faut surtout pas l’oublier. C’est quelque part la voie de la diversité. Ils font, un pont entre les artistes (créateurs de musique) et les lieux de vies.

Alain : On a eu des bons groupes qui sont passé au «Marquis de Sade».
Bon la consécration, qui n’était pas du tout prévue quand on a acheté le bar, lors des Trans off en 2019 on a eu l’avant dernière apparition publique de Philipe Pascal et puis la sortie entre guillemets du nouvel album que certains privilégiés ont pu entendre en live dans le bar…
Le groupe Marquis de Sade au bar le « Marquis de Sade » c’était quand même pas mal !

Seb : Si on nous l’avait dit en 2013 on n’y aurait pas cru ! (rires)

Il faut parfois être un peu devin quand même !
Alain : Ou chanceux ! La preuve qu’on avait réussi à faire un petit nom malgré tout et ils avaient envie de jouer chez nous voilà.

Seb – Photo : Anne Marzeliere

Il y a beaucoup de cafés concert sur Rennes mais il n’y en a pas beaucoup qui tirent leur épingle du jeu ! À savoir le bistrot de la cité, le Mondo et puis vous avec le « Marquis de Sade »! Pourtant vous êtes beaucoup plus récent ?

Seb : on a réussi à se faire une petite place ! On va rester modestes. Ce n’est pas à nous de le dire !

Alain : On a que 7 ans ! Mais oui je pense que pour les musiciens ou les clients le « Marquis de Sade » a maintenant une certaine notoriété en effet.

Au-delà du fait d’ouvrir un lieu et de l’implantation au bon endroit cela demande un travail constant. Mais aussi il y a aussi une volonté de mettre en avant une certaine esthétique, une certaine image ?

Seb : Forcement ! De mémoire le premier concert qu’on a fait c’était en Février 2014 avec un groupe de métal et il n’y avait pas de scène à l’époque. Il n’y avait rien (rires).
Au fur et à mesure ça a heureusement avancé au niveau équipement et matos. Je me suis occupé de cette partie.
Parfois lorsque tu demandais aux groupes quel câble il branchait sur la sono, ils n’en savent foutrement rien (rires). Alors il vaut mieux aussi qu’il y ait des référents avec de bonnes bases techniques pour accueillir convenablement les gens. Les techniciens, ingénieurs du sons, ont une part importante de la réussite d’une soirée. Alors lorsque tu as déjà du bon matos sur place ça donne du confort aux groupes, parce qu’ils sont contents quand il y a du monde mais ils sont aussi contents quand il a les bonnes conditions d’entrée de jeu.

Alain : Au fur et à mesure du temps les gens se sont rendu compte qu’on avait une bonne culture musicale !  Je pense que ça a joué un petit peu aussi.

Et justement tu parles un petit peu de l’identité musicale que vous avez au « Marquis de Sade » maintenant vous avez ouvert l’ « Overlook » cette identité-là vous voulez la redévelopper de la même manière ou au contraire vous voulez essayer de développer les choses d’une façon un peu différente ? Est-ce que c’est une extension du « Marquis de Sade » ou au contraire un projet qui va aller vers autre chose ?

Alain : Alors non ! Ça va rester musical mais ça ne va pas être la même chose qu’au « Marquis de Sade ». Pour des raisons déjà d’emplacement et de bruit et aussi. Et puis on ne voyait pas trop l’intérêt de refaire la même chose à deux endroits. Ce n’est pas déshabiller Paul pour habiller Jacques !

Vous pourrez avoir une programmation, comme tu disais, très rock au Marquis de Sade et puis le même soir une sonorité différentes a l’Overlook ?

Seb : C’est bien d’avoir un lieu qui est ancré dans cette culture rock rennaise des années 80/90, avec le sol qui colle un peu à ce côté déglingue. Mais a posteriori, parce qu’on ne l’a pas pensé comme ça, c’est vrai que le « Marquis de Sade » a quand même un côté nostalgie rennaise alors voilà il faut aussi qu’on change un peu d’époque !

Alain : Oui bien sûr le but c’est de faire des choses différentes.
Début des années 80 j’ai eu des sources inspirations, très Rock évidemment ! Comme tout le monde j’ai eu les santiags, le jean élastique, les camarguaises avec la cloche AC/DC (Hells Bell) dans le dos (rires).
Et en même temps, j’ai une grosse culture Funk, que je ne l’ai pas fait au « Marquis » !
Je l’avais fait dans mon premier café-concert et j’ai vraiment adoré. Voilà peut-être que ça se fera a l’Overlook. Et puis aujourd’hui le RnB, le rap c’est ni plus ni moins qu’une extension de la Funk !
Mais bon il y a l’envie de découvrir encore pleins de choses, il ne faut surtout pas se fermer ! Il y a l’électro, l’acoustique, aussi c’est super.
On peut faire plein de choses ici et garder le « Marquis » pour ce qui est vraiment Rock.

Il y a aussi une connotation beaucoup plus classieuse a l’Overlook. On va dire que le « Marquis de Sade », même si il est est très bien, c’était quand même purement un bar de rocker. Alors qu’ici on arrive presque dans une boîte de Jazz !

Alain : Alors je suis un grand fan de « Shining » ! Je pense sur ce coup-là, Seb a voulu me faire plaisir, mais ça lui plaisait bien aussi (rires) !
C’est lui qui m’a soumis l’idée et j’ai dit « Banco ! » immédiatement.
J’ai eu rapidement une idée de ce que le lieu pourrait devenir, avec plein d’images en tête. Et on était d’accord de ne pas faire les choses à moitié. On voulait refaire le bar à l’image du film à l’identique.

Quand on a visité le lieu on savait qu’on avait au moins deux bons mois et demi de travaux, fallait casser le bar, vraiment tout faire. Ça nous a fait chier des fois on ne va pas dire le contraire parce que c’était stressant et crevant parce qu’on avait l’autre bar à faire tourner en même temps.
Nous avons eu la chance de collaboré avec Baseline production et CR agencement qui ont faient un boulot incroyable.
Et puis la première semaine il y avait un type qui est arrivé à 4 heures de l’après-midi et il m’a dit « j’ai attendu qu’il n’y est plus personne pour rentrer, parce que je voudrais prendre un double jack comme, Nicholson dans le film » (rires) ! Il s’est approprié le lieu, il s’est pris en photo c’était cool.

Economiquement l’Overlook est aussi très diffèrent ?

Seb : Ce ne sont pas les mêmes impératifs. C’est bien d’avoir son identité, ses rêves, d’avoir tout ce qu’on peut mettre dans un bar comme un musicien dans un album mais après ce n’est pas évident non plus, ça reste un business.

Alain : On se rapproche du centre-ville pour faire ce qu’on aime faire nous, et surtout pas pour marcher sur les plates-bandes des autres café-concert du centre ville. On doit continuer à vivre sans se concurrencer…

Au niveau de la clientèle depuis que tu es barman, tu ferais quoi comme constat de l’évolution des choses ?

Alain : ils sont plus exigeants mais c’est normal autrement tu restes chez toi, tu prends ta « Bavaria » que tu as acheté à Leclerc à 50 centimes et puis voilà ! Donc ils doivent venir ici pour un service, pour une ambiance, pour une âme, pour rencontrer des gens qu’ils trouvent sympathiques qui sont dans leurs tranches d’âges ou autre chose.
L’alcool c’est Carrefour qui le vend, nous on propose autre chose de plus ici. Les gens ils ne viennent pas simplement de boire un verre. Le bar est un lieu de vie avec des échanges, des rencontres, il a aussi un rôle social très fort. Et malheureusement le vrai constat est qu’on voit les bars disparaître petit à petit et c’est vraiment terrible (soupir).

Si on regarde en France on a détruit l’image du bar. C’est politiquement correct d’aller au restaurant mais au bar. C’est tout de suite « Tu es alcoolique »… Des clichés hypers réducteurs ! Déjà les alcooliques ils n’ont pas les moyens d’aller au bar pour commencer et puis c’est vraiment dommage parce qu’Angleterre ou en Ireland par exemple, eux ils ont cette culture-là. Mais, heureusement en Bretagne, on a la chance que les gens viennent encore au bar mais il y a des endroits en France ce n’est même pas la peine, c’est le désert total. C’est d’une tristesse…

Musique, littérature, cinéma, l’ «Overook » touche à tout ces univers finalement. Si vous deviez n’en choisir qu’un ?

Alain : Ah moi c’est la musique sans contestation après il y a le cinéma forcement mais en vrai je ne peux pas me passer de la musique.

Seb : Il y a vraiment, comme je te disais tout à l’heure, le côté Pop culture ! Quand on avait choisi le nom de « Marquis de Sade » c’était pour ce qui avait marqué Rennes dans les années 80, le coté rock, et ce qu’il pouvait symboliser en un mot. L’«Overlook » c’est un peu ça aussi. Ça renvoie à tout ce qu’il y a autour de l’univers du film, c’est Nicholson, c’est Kubrick, c’est Stephen King, c’est aussi une époque et toute cette culturelle. Alors pour moi c’est plutôt le côté marqueur culturel qui m’intéresse et le côté un peu irrévérencieux du film. Et tout ce qui a pu se dire après sur le film, que tous les acteurs avaient la trouille de Nicholson parce qu’il était à fond dans son personnage. C’est toutes les légendes qu’il peut y avoir autour, c’est un univers qu’on peut décortiquer à l’infinie.
Donc oui musique, littérature, cinéma, les trois on peut se les approprier via ici.

Ouvrir un bar, avec à la covid, comment avez vous vécu ce moment-là ?

Alain : Mal parce que si on n’avait pas le « Marquis de Sade » qui était payé depuis longtemps où on avait de la trésorerie, aujourd’hui on ne pourrait pas ouvrir. Grâce à la cagnotte Leetchi que nous avons mis en place au 1er confinement on a réussi à payé les loyers mais ils nous restaient beaucoup de choses encore derrières.

On pourrait peut-être encore trouver une solution mais je n’en sais rien. C’est très triste d’avoir fait tout ça pour rien, mais il était possible en effet, du 50/50, qu’on mette la clé sous la porte. On doit beaucoup aux gens qui nous ont bien aidés après on n’aurait jamais imaginé que ça dure aussi longtemps et dans ces circonstances-là.

Seb : Très mal oui, mais heureusement aussi que la banque nous a suivi.
Pour nous ça validait un peu le projet même si la période était incertaine. Si les banquiers avaient dit « Non ce n’est même pas la peine d’essayer de créer un truc en ce moment » peut être qu’on aurait réfléchi autrement et on aurait peut-être décalé le projet.
C’était quand même le coup de massue et puis de se rendre compte qu’on n’avait pas le droit aux aides c’était aussi une grosse galère.
Il y a un côté un peu tu décompenses, tu mets tout pendant trois mois, tu te crèves la gueule pour que ton bébé il ouvre et puis il ferme.

On avait fait un stock pour tenir un peu le coup, l’ouverture, le machin. Et puis il y avait un côté malgré tout hyper frustrant d’inaugurer avec le protocole en place au mois d’Octobre.

Alain : Oui ça a un peu trop frustré le premier Samedi. On voulait faire une grande fête et au final il fallait dire aux gens de rester à un mètre les uns des autres, on n’avait pas le droit au comptoir, etc … C’était hyper difficile, émotionnellement et financièrement.
En vérité la vraie inauguration elle sera plus tard forcément.

Et justement dans un monde sans covid. Cette nouvelle inauguration vous l’imaginez comment ?

Alain : On va peut-être encore devoir le décaler… Mais déjà dès qu’on aura la possibilité de mettre une terrasse, ça nous permettra de faire plus de choses. Et puis comme je te disais dans quelques années il y a vraiment un gros truc à faire en bas. C’est un peu notre petit rêve secret !


“The Overlook” 10b rue de Brest 35000 Rennes 
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Stef’Arzak