[ciNéma] « Disclosure Day » de Steven Spielberg. On nous cache tout, on nous dit rien.

Chères Lustiennes. Chers Lustiens. Si vous ne souhaitez rien savoir de « Disclosure Day », faites fi de cette chronique. J’y dévoile des éléments importants. Pour les autres, bisous bisous, ma porte est grande ouverte !

Un catcheur qui se prend des mandales en vue subjective. Des coups portés comme autant de « cuts » percutants à l’écran. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Steven Spielberg nous surprend dès le préambule de son dernier film. Bonheur de courte durée, cela s’arrêtera là pour la stupéfaction.
C’est entendu. Le talent visuel de notre conteur des étoiles n’est plus à prouver. Ses idées de plans, ses travellings circulaires et ses cadres finement étudiés font de chaque nouvelle production une « étude de cas » pour toute école de Cinéma qui se respecte.
Mais comme le disait si bien Jean Gabin : « Pour faire un bon film, il faut trois choses : Une bonne histoire. Une bonne Histoire et une bonne histoire ! ».
Bon sang !
Pourquoi rejouer, pour la énième fois, la scène des extra-terrestres qui tentent de communiquer avec l’espèce humaine ? Que s’est-il passé dans la tête de l’un des plus grands réalisateurs connus ? Et, surtout, qu’est ce qui a convaincu cet immense Monsieur de renouer avec David Koep, scénariste de « Presence » et « The Insider » de Steven Soderbergh, certes, mais aussi de « Jurassic Park » (je vous fais un dessin ?) et d' »Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal » (je vous le mets à la poubelle…) ?
Car dans ce « Disclosure Day », tout est déjà mâché, avalé et dégluti.
Youpi, les Amies-Amis !
Hasardons-nous dans les rayonnages de notre DVDthèque et piochons de-ci de-là « Rencontres du Troisième Type », « Super 8 », « Ready Player One », l’intégrale de « X-Files » et « E.T. L’extra-terrestre ». Repiquons les intrigues communes convoquant secret gouvernemental, courses-poursuites en bagnole, amitié bafouée entre deux protagonistes, quotidien d’une un(e) élu(e) largué (e) mais porteur/se d’une grande l’Humanité, pouvoir de clairvoyance et révélations finales. Secouons. Servons.
Bravo, David Koepp. Champion du Monde !
Un aveu.
Depuis « Stranger Things », j’ai la désagréable impression de passer pour un vieux con. Doit-on passer par la case « recyclage » pour apprécier un classique, lorsque l’on a 17 ans ? Non. Non. Non.
Ok, cette relecture peut aider à découvrir un pan de l’histoire du Cinéma et ses plus fidèles représentant(e)s. Mais trouver la série Netflix « géniale » tout en occultant la filmographie de John Carpenter, c’est passer à côté de l’essentiel.
Même ressenti pour « Disclosure Day », version 2.0 de  » Close Encounters of the Third Kind », qui tente de relifter son prédécesseur pour mieux flatter son auditoire en herbe. Je l’ai déjà mentionné dans d’autres chroniques mais je le répète : « Ce serait n’accorder aucune confiance à l’adolescence ! ». Il suffit de jeter un œil aux rediffusions en 4K sur grand écran de « Top Gun », « First Man » ou « Dune ». Et d’ausculter son public. Alors, pourquoi ce film ? Par réaction économique aux bides (mais néanmoins extraordinaires)  » West Side Story » et  » The Fabelmans » ? Par paresse ? Je ne saurai le dire. Mais le constat demeure : « Mec, il n’est pas bien, ton remake ! ».
« Disclosure Day », un supplice ?
Ne poussons pas Papy dans les « E.T. » ! Très peu de réalisateurs peuvent se targuer d’avoir le chic pour nous mettre dans leur poche dès les premières images. C’est le cas, ici, de notre auteur/producteur qui mène sa « quête de vérité » tambour battant et sans aucun temps mort. Drones. Plongées. Contre-plongées. Plans américains. Gros plans. Spielberg joue les explorateurs avec ses fidèles compagnons, s’amuse et expose en pleine lumière des jouets qu’il connait par cœur. En bonus ? La sublime photographie (pléonasme) de Janusz Kaminski, une salutation à Harrison Ford et la partition musicale et hautement émotionnelle (pléonasme bis) de John Williams. Sur l’écran ? Tout concourt à l’excellence et à l’expérience sensorielle.
Enfin, saluons le choix d’un casting de grande tenue. Emily Blunt, totalement habitée par son rôle, mérite un Oscar. Josh O’ Connor joue de sa présence et de sa gueule cassée avec assurance, Colin Firth apporte une touche « british » des plus délicieuses et Colman Domingo conjugue charme et charisme. Dommage que cette fine équipe se débatte dans des fonds bleus trop voyants (le segment avec le train est franchement dégueulasse) et avec des animaux de synthèse (la leçon de l' »Appel de la Forêt » ne vous a pas suffi ?). Mais Spielberg reste Spielberg.
Démocrate convaincu, son discours sur l’Amour, l’empathie, la philosophie et la chute éventuelle de nos religions -incluant l’avènement d’une « nouvelle- » résonne comme une alternative à l’ère Trump. Ensemble ? Yes, we can. Séparément ? Difficilement. A « new beginning », certes, un tantinet maladroit mais sincère.
Autre ingrédient fabuleux : un dernier plan de toute beauté.
Notre môme éternel se positionne derrière une caméra de studio fixant Margaret Fairchild et, soudain, une mise en abîme s’opére sous nos yeux. Le film-maker filme objectivement une propre projection de lui-même. Steven on Spielberg. L’artisan et son outil. Puis, lorsque Margaret prononce : « Écoutez » à des millions de téléspectateurs, elle nous intime doucement l’ordre de détourner le regard du ciel (les U.F.O.) ou des portables (écrans poisons) pour mieux sonder l’œuvre du cinéaste (le fond). Fermez les yeux et écoutez les battements de votre cœur. La vérité est ailleurs.
Bilan ? Le Maestro a fait mieux avec « La Guerre des Mondes » (plus acerbe, plus désespéré, plus inconfortable) mais reste un « boss » incontesté en matière de divertissement intelligent. Pour les aliens, la boucle est bouclée. À présent, je l’attends au tournant. Qui sait ? Avec un peu de chance, il fera appel à un scénariste digne de ce nom. Tony Kushner. Eric Roth. Matt Charman. Les frères Coen. Jeff Nathanson. Steven Zaillian. Ou Roger Murtaugh ? Mais, please, no more David Koepp !
Je suis trop vieux pour ces conneries.

John Book.

PS : je dédie chaleureusement cette chronique à Stéphane Perraux dont la générosité n’a d’égal que la confiance qu’il me porte. Merci encore pour tout, Stéphane !