Dans un monde où la révolte est souvent récupérée ou transformée en simple esthétique, Les Vulves Assassines se distinguent par leur détermination. Depuis le début, ce trio fait de la musique un espace de résistance, un endroit où l’on peut danser tout en réfléchissant. Avec leur album Vulcanae Rock’n’rolla, sorti le 17 avril 2026, elles livrent un manifeste électrisant qui transforme la colère en énergie collective et les slogans en poésie insurrectionnelle.
Le titre de l’album porte un message fort. Il évoque à la fois la lave et la révolte, le mouvement souterrain des plaques tectoniques et celui des esprits qui ne veulent pas rester immobiles. Ici, il s’agit de mise en mouvement. Les Vulves Assassines ne proposent pas un programme politique au sens strict, mais plutôt une façon différente de vivre le monde, de remettre en question les rapports de domination et de reprendre le contrôle des récits qui nous façonnent.
Sur le plan musical, le groupe continue de brouiller les frontières. Electro, punk, spoken word et pop se mélangent dans une agitation constante qui refuse tout ordre établi. Chaque morceau devient une voix dans une assemblée tumultueuse, où l’urgence de vivre se mêle à celle de lutter. Loin des discours trop théoriques, le trio mise sur l’expérience directe, celle du corps, de la fête, du cri et du rire.
Le clip de Louise Mitchell, l’un des temps forts de l’album, illustre parfaitement cette approche. Avec cette figure qui rappelle les grandes insurgées de l’histoire, Les Vulves Assassines soulignent que les conquêtes sociales et féministes ne sont jamais acquises pour toujours. Cette chanson sert de transmission de mémoire, un lien entre les luttes d’hier et celles d’aujourd’hui. Ce n’est pas une simple commémoration, mais une réactivation, une circulation d’énergie politique dans le présent.
En fin de compte, Vulcanae Rock’n’rolla est un album sur l’émancipation. Une œuvre qui questionne les structures de pouvoir, les attentes envers les femmes, les violences systémiques et les absurdités du capitalisme moderne, sans tomber dans le didactisme. Les Vulves Assassines ont compris que parfois, la meilleure manière de résister à l’ordre dominant est d’opposer une joie irréductible. Une joie qui n’est pas naïve, mais conquise, arrachée aux mécanismes de contrôle et de normalisation.
Cette philosophie parcourt tout l’album. Derrière les rythmes percutants et les refrains fédérateurs, se dessine une réflexion sur la liberté : comment être soi-même dans un monde qui cherche à nous assigner une place ? Comment construire quelque chose de commun sans effacer les individualités ? Comment transformer la colère en force d’agir plutôt qu’en simple ressentiment ? Les Vulves Assassines incarnent ces questions sans jamais les formuler de manière académique, à travers chaque morceau.
Ainsi, Vulcanae Rock’n’rolla va bien au-delà d’un simple disque militant. C’est une invitation à la vigilance, à la solidarité, à la désobéissance créatrice. Une œuvre qui rappelle que les révolutions commencent souvent dans les marges, dans les mots, dans les corps qui refusent de se plier. Et parfois, face aux forces qui nous divisent, danser ensemble peut déjà être un acte politique.
Avec cet album, Les Vulves Assassines nous offrent une œuvre combative, généreuse et vibrante. C’est une bande-son pour celles et ceux qui croient encore que l’art peut être un outil d’émancipation, et que le rock, porté par le désir de transformation, reste une arme critique redoutablement efficace.



