[Cinéma] « Substitution Bring Her Back » de Danny et Michael Philippou. « Allo Maman Bobo ».

Il faut avoir le cœur bien accroché pour déguster cette nouvelle livraison des frères Philippou. Tardivement, je vous l’accorde, le film s’étant dévoilé, dans nos contrées, le 30 juillet 2025. Mais mes envies de me faire une toile sont, souvent, facétieuses. En dépit de cet oubli de taille, je vous propose-dès à présent- un retour sur l’un des plus gros malaises cinématographiques vu récemment.

Feedback.
Deux ans auparavant, le gang des frères australiens avait tapé très fort avec « La Main », long-métrage horrifique dont la thématique (la dépendance des jeunes face à la drogue et la responsabilité des plus grands vis-à-vis de leurs cadets) interrogeait l’audience teenager à grands renforts d’effets gores. Nous le savons bien, un « bon » film de genre » se doit d’exploiter un sujet fort (social, politique ou autre) en filigrane. Certain(e)s peuvent voir en « L’exorciste » de William Friedkin une allégorie sur la puberté et d’autres déceler dans « Les Dents de la Mer » une chasse au Monstre (qui n’est pas forcément celui qu’on croit) dupliquée sur « Moby Dick ». C’est la grande force des scénaristes et réalisateurs inspirés. S’emparer d’un cadre connu pour mieux soulever une question, aborder une problématique ou attiser un fait-divers quotidien. Le fond pour la vraie « moelle « et la forme pour l’enveloppe. Astuce narrative connue mais ô combien symptomatique des maux de notre société. Le film d’horreur, baromètre de nos peurs ? Il en fut toujours ainsi. Je ne me risquerai pas à énumérer la liste gargantuesque des productions inspirées depuis que le Cinéma existe. Toutefois, si je ne devais retenir qu’un pamphlet, ce serait tout bonnement celui sur l’absurdité de la guerre du Vietnam développé par Tobe Hooper et son « Massacre à la tronçonneuse ». Une famille du sud des USA équarrit un groupe d’étudiants sans qu’une seule goutte ne soit visible à l’écran. Les symboles s’emboitent : devant, un carnage en spirale, par dessous, un conflit armé et transformé par les médias sans que l’honneur de la Mère Patrie n’en soit entaché.
Dégueulasse et absolument brillant. Ai-je, déjà, évoqué cet exemple dans une précédente chronique ? Fort possible. Revenons, donc, à nos moutons et évidons les coquilles dopées aux jump-scare. Direction  » Substitution : Bring Her Back ».
Tournez manège.
 
Un Snuff Movie en guise de pré-générique. Une mâchoire qui se fendille sous la pression d’un couteau. Des corps convulsés et possédés. Le sens moral au placard, étouffé sous des tonnes de sévices et de cruauté. Je ne m’attendais pas à être autant secoué devant un écran. Dès les premières minutes, le malaise est présent. A chaque plan. Chaque respiration. « Souviens-toi, l’été dernier » et autres « Scream » passeront leur chemin, le programme des frères australiens ne se bornant pas à reproduire la recette éprouvée du « cours après moi que je t’attrape ». Ici, tout est insupportable. Nous ne pouvons anticiper ce qui se jouera dans la scène suivante, tant notre binôme s’échine à nous couper l’herbe (et le reste) sous le pied. Voici un cinéma qui ne prend pas de gants. Voici un cinéma mal poli et mal dégrossi. Voici un cinéma qui saisit à bras le corps son sujet (les violences faites sur mineurs dans un cadre familial) pour mieux nous heurter. Le Cinéma Australien peut s’enorgueillir de ne pas jouer dans la cour des Grands (à savoir celle des majors aseptisées). Son domaine de prédilection ? Les bas-fonds… Et les abats à fond. De George Miller et son déjanté « Mad Max » à Peter Weir et son « Pique-nique à Hanging-Rock », d' »Animal Kingdom » à « The Proposition » ou  » The Rover », l’Océanie ne cesse de nous séduire par sa liberté de ton. « Le politiquement correct, on s’en balek…! » pourrait nous adresser ces deux amateurs de « Psychose » et de « Rosemary’s Baby ». Mais leur salut adressé à leurs « pères » s’arrête à la frontière des écrits (et des cris).
En héritiers naturels d’une longue lignée d’agitateurs du bocal, les Philippou Brothers trafiquent les curseurs de la bienséance. Malmènent notre compréhension. Brûlent les collines de Los Angeles. Les codes narratifs ? Ils en connaissent tous les contours.
Non, leur intérêt se porte plus loin. Vers ce que l’on tait et ne montre pas.
Hollyblood & Holy Shit.
Je ne vous dévoilerai rien de l’intrigue. Nada pour les tenants. Zéro pour les aboutissants. Mais le Néant ? Omniprésent.
Notre époque est telle qu’un flot ininterrompu d’images violentes sur le Net ne nous émeut plus. Que la moindre agression verbale ou physique est instantanément filmée ou ignorée. Que le filtre de l’écran fictionnalise notre quotidien, troublant les frontières du soutenable et de l’indécent. Nos cinéastes ont bien intégré ces données. Leur film est spectaculaire dans ses saillies « choc » mais effrayant dans ce qu’il dévoile au compte-gouttes. Faire réfléchir sans fléchir. Ou quand la réflexion se double d’une réflexion, comme un miroir tendu vers nos pires abominations.
 » Substitution ; Bring Her Back » nous éprouve car il touche à la fois au tangible et à l’insondable. A notre empathie et nos lâchetés. Ses écarts fantastiques ne sont que des prétextes, des apparats. 
« La vérité est ailleurs », pour reprendre un célèbre aphorisme. Certainement chez le voisin du deuxième. Dans une famille d’accueil. Dans le regard d’un père tortionnaire. Ou au travers de murs mitoyens, quand les bruits sourds d’un passage à tabac vous soulèvent le cœur.
Ce long-métrage éprouvant fut ma pire expérience de cinéma depuis… Depuis quand ? Malgré un casting impeccable ( Sally Hawkins!) animé d’une forte implication, nom de nom, il y a de quoi vomir.
Peu importe les visages défigurés sous d’épaisses couches de prothèses.
Les litres de sang de synthèse.
Son percutant propos supplante, sinistrement, tous les effets spéciaux.
 
John Book.
 


Photo de couv. DR

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