Isabelle Huppert joue une figurante à la recherche d’un grand rôle dans cette comédie joyeuse signée Marc Fitoussi. « Ni vue, ni connue » est une savoureuse réussite.
Marc Fitoussi (« Les Cyclades », « Copacabana ») réussit un film original sur les actrices en leur faisant jouer, à la manière de « 10 % », série à laquelle il a participé comme réalisateur, leur propre rôle. Quelques pointures du cinéma français, plus ou moins connues, Sandrine Kiberlain, Anne Marivin, Ana Girardot, Guillaume Dedienne, Diane Kruger ou même la réalisatrice Emmanuel Bercot, s’amusent de leurs propres travers.
Une figurante bien embarrassante
Au cœur du propos, Isabelle Huppert rayonne. Elle est Corinne Maclou, figurante au long cours en mal de reconnaissance. Elle tente de briser le plafond de verre en distribuant des CV sur les plateaux. Actrice pas si ratée, elle ne manque ni de culot, ni de toupet au point de devenir la meilleure amie (de façade car tout ici est de façade) de Sandrine Kiberlain. La comédienne excelle également, tout en autodérision, dans cette satire implacable du monde du cinéma.
Le petit monde du cinéma
On perçoit bien le propos : le 7ᵉ art est un petit monde à part avec ses règles et ses têtes. À ce titre, le personnage d’Anne Marivin est exceptionnel. Peu connue du grand public, elle joue son propre rôle avec la conviction de celles qui n’ont pas percé, comme Corinne Maclou donc. Quand la fiction rejoint la réalité !
Marc Fitoussi met là le doigt sur une grande omerta du cinéma français. On préfère ici les (jeunes) actrices bankables, celles qui peuvent financer un film sur leur nom, aux autres. Ce qui laisse sur le bas-côté nombre d’entre elles. Et l’âge n’arrange rien à l’affaire.
Vexation et mépris
Et surtout, chacun, chacune n’est pas logé à la même enseigne selon sa caste. La vie d’une figurante est remplie de petites vexations alors que tout est pardonné à la comédienne star. Ce qui agace au plus haut point Corinne Maclou !
À noter, la prestation facétieuse de Thomas Jolly, le scénographe de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques.
Un film de copines où l’hypocrisie règne en maître pour le plus grand plaisir du spectateur. Une pure réussite.
Par Patrick Auffret




