[Cinéma] « Hundreds of Beavers » de Mike Cheslik. Père Castor, raconte nous une histoire…

Entre une femme de ménage séquestrée et pulpeuse, une éponge qui soliloque et James qu’à mes ronds, le voici… le film que l’on n’attendait plus! Je me targue, souvent, d’être cinéphile et d’avoir vu un nombre incalculable de productions dans mon salon ou au cinéma (je vous dis ceci du haut de mon ridicule piédestal) mais là… ce long-métrage dépasse l’entendement pour tout cartésien qui se respecte ! Imaginez : un tournage éprouvant, en plein hiver dans le Montana, pour une poignée de dollars. Une équipe réduite de 6 techniciens et un petit lot d’actrices et d’acteurs investi(e)s dans un grand n’importe quoi filmique.  Une attitude frondeuse contrebalancée par un sens du cadrage et du montage pertinent. Un scénario délirant, des effets spéciaux antédiluviens et un catalogue de techniques cinématographique proprement renversantes. Non, nous ne sommes pas chez Michel Gondry mais bel et bien chez Mike Cheslik, cinéaste inconnu et insaisissable.  

À la croisée des chemins entre le burlesque, le film d’aventures et la comédie pétrie de non-sens, son « Hundreds of Beavers » défie les lois économiques hollywoodiennes et les codes liés aux genres. Véritable fourre-tout maitrisé de bout en bout, cette fausse pochade empile les trouvailles visuelles sans perdre de vue la compréhension de sa narration. Surimpressions d’images, stop-motion, utilisation du dessin-animé et de quelques marionnettes, gags cartoonisés, jeux outranciers (saluons les mimiques de Ryland Brickson Cole Tews, acteur sans limite et co-scénariste de la chose), costumes fauchés et postiches visibles, cette pochette surprise ne cesse de nous étonner et de nous ravir. Il fallait un certain culot et une bonne dose de dérision pour développer cet hommage vibrant au cinéma muet. Années folles pour exécuteur dingue ?

Mike Cheslik est un authentique punk. Un artiste total qui ne s’encombre pas de clivages ni de frontières dans son langage cinématographique. Mélanger la folie d’Harold Lloyd et la poésie candide de Stanislas Starewitch ? Convoquer Jeremiah Johnson, Jackie Chan et Charlie Chaplin dans un seul plan ? Avoir pour références l’ironie mordante de Wes Anderson et les premières œuvres de David Lynch sans se soucier des modes ? Demander à son paternel de composer et interpréter les chansons de cette petite entreprise puis, in fine, utiliser Adobe After Effects et un Panasonic GH5 pour passer deux ans en post-prod’ ? OK computer.
Voici un OVNI « Do It Yourself/Express Yourself » qui n’a pas trouvé le chemin du grand écran dans notre hexagone mais qui redonne foi dans le cinéma mondial. Un machin complètement maboul mais novateur et d’une grande rigueur dans sa complexité. 

Pamphlet créatif qui, dans son geste et son budget, n’est pas sans rappeler « Blair Witch Project » ou « Clerks », « Hundreds of Beavers » prouve que le cinéma-passion (même isolé) a de beaux jours aux USA. 
L’édition DVD-Blu-Ray propose dans son menu deux versions commentées par son réalisateur. L’une sobre et l’autre éméchée.

Mi-sage, mi- sauvage et incurable Mr Bricolage. Vous avez, ainsi, une idée du personnage.
N’hésitez plus.

Embarquez pour cette odyssée barrée où un trappeur amoureux empile les peaux de castor… pour ravir le cœur de sa dulcinée.

Et de reprendre tous en chœur :
« Slapstick pour les hommes
Slapstick pour les femmes… »
 
John Book.