ALICE COSTELLOE – « Je ne pouvais écrire que cet album-là à ce moment de ma vie »

Chez Alice Costelloe, les souvenirs dansent sur des mélodies en clair-obscur. Avec Move On With The Year, son premier album, l’artiste britannique ouvre les portes d’une mémoire intime. L’enfance, la nostalgie et les blessures du passé s’y déposent sur des nappes de synthétiseurs vintage, des flûtes hésitantes et des arrangements aux contours fantomatiques. Une musique douce, parfois inquiétante, qui laisse entrer la lumière dans les fêlures. Pour son premier concert d’ouverture à La Route du Rock, Alice Costelloe a dû faire voyager cette intimité jusqu’à un public de festival. Un exercice délicat pour des chansons aussi personnelles. Mais aussi l’occasion de les laisser respirer autrement, entre douceur, humour et quelques éclats de joie. Avec nous, elle revient sur la naissance de ce disque, sa rencontre avec le producteur Mike Lindsay et les nouveaux territoires sonores qu’elle rêve déjà d’explorer.

Tu ouvrais La Route du Rock pour la première fois. Comment as-tu vécu ce concert et cette rencontre avec le public ?

Alice Costelloe : Je trouve que le début était assez détendu. Ma musique peut être assez douce, lente et mélancolique, donc je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Mais j’ai eu l’impression que tout le monde se posait simplement là, se détendait et profitait du moment. Je n’avais encore jamais ouvert un festival, alors je ne savais pas vraiment ce qu’on était censé faire ! (rires) Mais nous avons tous passé un très bon moment.

Tu l’évoquais d’ailleurs sur scène : tes chansons sont souvent très intimes et mélancoliques. As-tu dû adapter ton répertoire pour un contexte aussi particulier qu’un festival ?

Alice Costelloe : Oui. Nous avons essayé d’écarter les chansons les plus tristes, parce qu’on s’est dit que personne n’avait envie de retourner à son camping en pleurant ! (rires) Nous voulions quand même rester fidèles à l’album, mais en privilégiant les morceaux un peu plus rythmés, plus énergiques ou plus bruyants.

C’est quelque chose auquel je réfléchis maintenant que j’écris le prochain disque. Quand on écrit un album très triste et très lent, cela crée forcément une certaine atmosphère sur scène. C’est donc un élément auquel je dois penser. Peut-être que, pour le prochain, je vais essayer d’apporter un peu plus de plaisir, de joie et d’énergie. Je vais essayer !

Cela m’amène justement à ton premier album, Move On With The Year. C’est un disque très personnel, nourri de souvenirs. Était-ce difficile de transformer ces expériences en chansons tout en conservant cette part de mystère qui rend l’album si touchant ?

Alice Costelloe : J’ai essayé, au départ, d’écrire des chansons beaucoup plus vagues, de parler de choses qui n’étaient pas personnelles. Et j’ai écrit la pire musique de toute ma vie en essayant de faire ça ! (rires)

Alors je me suis demandé : qu’est-ce qui compte réellement pour moi ? Qu’est-ce qui se passe à l’intérieur de ma tête ? À partir du moment où j’ai commencé à réfléchir à ces choses-là et à laisser les chansons venir, j’ai écrit l’album en quelques mois.

C’était finalement assez simple : il fallait laisser cet album arriver. Je pense que j’avais résisté très longtemps à l’idée de l’écrire.

Et je me connais assez bien maintenant : si j’essaie de prétendre être quelqu’un d’autre, honnêtement, j’écris la pire musique que vous ayez jamais entendue ! (rires) Cet album était donc probablement le seul que je pouvais écrire à ce moment précis de ma vie.

Il y a justement un contraste très fort entre le caractère intime, parfois sombre, de tes chansons et leur univers sonore. Est-ce un contraste que tu souhaites continuer à explorer ?

Alice Costelloe : Oui, mais je pense que ce contraste est aussi né naturellement du sujet des chansons. Beaucoup parlent de souvenirs, de l’enfance et de ce genre de choses. Je me suis donc naturellement tournée vers des instruments à vent comme les flûtes ou les flûtes à bec, qui sont aussi des instruments que l’on découvre souvent quand on est enfant.

Une fois que j’ai commencé à jouer avec ces instruments — et notamment à apprendre la flûte pour pouvoir l’utiliser sur l’album — j’ai découvert toute une palette sonore qui fonctionnait très bien pour évoquer la nostalgie, les souvenirs et tout cet univers.

Mais maintenant, j’ai besoin de trouver autre chose. Je pense que cela fonctionnait parfaitement avec ce que nous voulions faire sur cet album, mais j’ai envie d’avoir une nouvelle boîte à outils, de nouveaux jouets avec lesquels jouer pour le prochain.

Tu as enregistré l’album avec Mike Lindsay. Qu’a-t-il apporté à tes chansons et à leur réalisation ?

Alice Costelloe : Énormément de choses. Je suis très timide. Je ne sais pas si ça se remarque pendant cette interview, mais je le suis vraiment ! (rires)

Mike m’a immédiatement mise à l’aise. Il m’a fait comprendre que toutes mes idées étaient valables, que je pouvais participer pleinement à la production et qu’aucune idée n’était trop stupide pour être essayée.

Cela m’a permis de faire la musique que j’avais envie de faire après quinze ans passés à jouer dans différents groupes. C’était la première fois que je travaillais avec quelqu’un qui encourageait toutes mes idées et me donnait le sentiment qu’elles étaient bonnes.

Et puis enregistrer dans son studio à Margate, entourée de tous ces synthétiseurs vintage, dans cet espace chaleureux et confortable… C’était exactement ce dont j’avais besoin pour réaliser cet album.

Il a apporté énormément de compétences et un véritable talent de producteur, mais aussi beaucoup de gentillesse et d’encouragement. Je ne pense pas que j’aurais pu faire un disque aussi personnel sans ce soutien.

On retrouve justement ces synthétiseurs vintage et ces flûtes dans l’album. Tu as appris à jouer de certains de ces instruments spécialement pour l’enregistrement, c’est bien ça ?

Alice Costelloe : Oui ! J’ai acheté une flûte environ trois mois avant d’entrer en studio pour enregistrer l’album. Je me suis dit que, puisque les enfants en jouent, ça devait être facile. Mais en réalité, c’est extrêmement difficile ! Je n’arrivais même pas à produire un son pendant les premières semaines.

J’ai alors regardé énormément de vidéos sur YouTube et j’ai fini par comprendre comment ça fonctionnait. Du coup, nous étions assez limités : je crois que je ne savais jouer qu’une douzaine de notes environ.

Donc, si quelqu’un écoute attentivement les parties de flûte sur l’album, il remarquera qu’elles ne dépassent jamais une certaine tessiture… simplement parce que c’est tout ce que j’avais eu le temps d’apprendre ! (rires)

Mais une fois qu’on commence à maîtriser l’instrument, c’est vraiment amusant. Je trouvais que la flûte apportait quelque chose de légèrement inquiétant, mais aussi un peu joyeux. Elle me faisait penser à certaines expérimentations musicales des années 1970.

C’était donc une très belle texture à ajouter aux morceaux en studio.

Tu as développé sur cet album une identité sonore vraiment singulière. Est-ce que les synthétiseurs vintage et la flûte font partie de cette identité sonore que tu souhaites prolonger sur ton prochain album ?

Alice Costelloe : Oui, certainement. Je pense que si quelqu’un mettait un jour les pieds dans le studio de Mike Lindsay, il aurait immédiatement envie d’y enregistrer un disque avec tous ces magnifiques synthétiseurs vintage ! C’est un endroit incroyablement inspirant.

J’avais déjà enregistré un EP avec lui avant cet album, mais je ne savais pas à quel point Mike et son studio allaient m’inspirer.

Lorsque j’ai commencé à écrire l’album, j’utilisais essentiellement des plugins qui imitaient des synthétiseurs vintage. Je faisais mes démos avec ces versions bon marché et un peu ridicules, puis je lui disais : « C’est ça que je veux utiliser, mais pour l’instant je n’ai que cette version pourrie sur mon ordinateur ! » (rires)

J’étais vraiment inspirée par tous les sons disponibles dans son studio.

Pour le prochain disque, je pense que nous allons aller encore plus loin dans cet univers des synthétiseurs. Et peut-être dire au revoir aux flûtes et aux flûtes à bec… parce que j’ai complètement oublié comment en jouer ! (rires)

Il va donc falloir que j’apprenne quelque chose de nouveau.

Mais oui, ces instruments sont incroyablement inspirants. Je crois que j’ai besoin d’en avoir encore davantage !