« Garance », le nouveau long-métrage de Jeanne Herry, explore de l’intérieur un sujet tabou, celui de l’alcoolisme au féminin. Il est porté par l’interprétation sans faille de deux actrices excellentes, Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau.
« T’es gouine ? Heu, pas beaucoup. » Cette phrase, extraite de la bande-annonce, en dit long sur l’état d’esprit de Garance. La jeune femme, comédienne de théâtre en perdition, répond ainsi à l’injonction de Blanche (Jenny Beth) sur son orientation sexuelle. Garance tombera bientôt dans ses bras avant de s’engouffrer dans ceux de Pauline (Sara Giraudeau). Les amours lesbiens de Garance servent de toile de fond à un film totalement centré autour de la comédienne. On la suit ainsi pendant 8 années durant lesquelles sa vie va basculer car elle souffre d’un mal pernicieux, l’alcoolisme.
Une vie chaotique induite
Pourtant, tout allait bien pour Garance, en couple, et comédienne dans une troupe. Mais cette stabilité va peu à peu s’évaporer. Elle va vivre en colocation avant d’être renvoyée de sa troupe. La période d’instabilité est aussi la plus débridée. Sa vie devient chaotique tandis que sa consommation d’alcool devient chronique. Adèle Exarchopoulos excelle dans le rôle-titre et se noie dans l’alcool aussi facilement que dans les bras de ses belles amantes à grand coup de soirées débridées. Mais la facture de ses excès va bientôt tomber et le film bascule alors dans une autre dimension. La fête est finie, mais l’amour subsiste. Une belle morale pour un film réussi sur un sujet pas si souvent abordé, l’alcoolisme au féminin.
L’autopsie d’une vie
Après « Pupille » et « Je verrai toujours vos visages », Jeanne Herry réalise pour son 4e long-métrage un film de filles pour les filles, mais qui mérite d’être vu par tous. Elle raconte cette fois un personnage et se concentre dessus quitte à en oublier les personnages secondaires. Cependant, tous les compartiments de la vie de Garance (sentimentaux, professionnels, familiaux et amicaux) sont détaillés à la loupe en toute intimité sans jamais tomber dans le voyeurisme gratuit. Un très beau film.
Note : 9 sur 10
Patrick Auffret




