Né à Amsterdam, Baby Berserk cultive un univers où le post-punk, la house des origines, la pop des années 1990 et la mode se rencontrent dans un joyeux chaos. Porté par Mano Hollestelle, Lieselot Elzinga et Eva Wijnbergen, le trio néerlandais transforme chacun de ses concerts en expérience totale, à la fois explosive, théâtrale et imprévisible. De passage en France au printemps, notamment au Festival Art Rock de Saint-Brieuc, le groupe est venu défendre son nouveau single « Mind Explodes », un morceau aussi euphorique qu’incisif. Échange avec un groupe qui revendique la spontanéité, l’excès et la liberté d’être soi.
Votre musique est à la croisée du post-punk, de la house primitive et de la pop 90’s. Comment construisez-vous cet équilibre entre énergie brute et efficacité pop sans perdre l’esprit chaotique de Baby Berserk ?
Lieselot Elzinga : Je crois que le chaos arrive tout seul, haha. Chaque fois que nous montons sur scène, nous nous laissons porter par ce qui se passe. On se laisse emporter par l’énergie du public et du lieu, et c’est là que le chaos surgit, je suppose.
Vivienne Westwood est une référence importante dans votre univers. Au-delà du style vestimentaire, qu’est-ce que son héritage représente pour Baby Berserk aujourd’hui ? Une esthétique, une attitude, une forme de contestation ?
Nous sommes inspirés par tout ce qui est expressif, audacieux et totalement assumé. Des artistes et des icônes comme Vivienne Westwood, Divine, Leigh Bowery ou Johnny Rotten nous parlent énormément parce qu’ils ont tous poussé l’individualité et la performance à l’extrême.
Au-delà de Vivienne Westwood, nous sommes aussi très influencés par certaines scènes créatives des années 1960 et 1990. L’exemple le plus marquant est sans doute la Factory d’Andy Warhol : cette idée de rassembler toutes sortes d’artistes et de personnalités pour créer un univers avec sa propre esthétique et sa propre énergie. Il ne s’agissait pas seulement de produire de l’art, mais aussi de créer une atmosphère où les gens se sentaient libres d’expérimenter, de devenir fous et de s’exprimer pleinement.
C’est la même chose avec la scène de l’Haçienda à Manchester. Ces mouvements culturels où la musique, la mode, la vie nocturne et l’art se rencontrent nourrissent profondément l’esprit de Baby Berserk. Nous aimons les scènes qui semblent plus grandes que nature et qui procurent un véritable sentiment d’immersion.
Sur scène, vos concerts donnent parfois l’impression qu’à tout moment quelque chose peut dérailler. Cette part d’imprévu est-elle volontaire ou est-ce simplement ce qui arrive quand vous laissez l’énergie prendre le contrôle ?
Oui, chaque fois que nous montons sur scène, nous faisons tout notre possible pour transmettre notre message et notre univers au public. Et parfois, un peu de danger est nécessaire pour faire passer ce message.
J’essaie toujours de faire ressentir toute une palette d’émotions au public, un peu comme lorsqu’on regarde un film. Parfois c’est effrayant, puis chaleureux et beau, puis soudainement en colère et intense. J’ai envie que les gens traversent toutes ces émotions pendant nos concerts.
Vous présentez votre nouveau single Mind Explodes comme un hymne à la fête, mais on y perçoit aussi une critique de notre dépendance aux écrans. Comment est née cette idée musicale et quel était le point de départ du morceau ?
Nous avons écrit cette chanson lorsque nous nous sommes rendu compte qu’il nous fallait davantage de morceaux rapides.
Nous avons composé Mind Explodes pour permettre à tout le monde de libérer cette énergie accumulée, afin de pouvoir ensuite revenir à d’autres choses.
Il y a aussi dans votre musique un propos un peu revendicatif. Lorsque vous composez vos morceaux, est-ce aussi une manière d’essayer de réveiller les consciences ?
Oui, absolument !
Nous avons l’impression que les gens perdent peu à peu la capacité d’être vraiment dans l’instant présent, d’être spontanés, rebelles, d’être eux-mêmes. J’ai le sentiment qu’il devient de plus en plus difficile aujourd’hui de s’exprimer librement.
Les gens sont tellement préoccupés par leur image, leur réputation et le regard des autres. À travers nos concerts, j’essaie de leur faire oublier tout cela et de leur faire ressentir la liberté que la musique live peut offrir.
Vous venez de passer par plusieurs villes françaises : Amiens, Le Havre, La Rochelle et Saint-Brieuc pour le festival Art Rock. Qu’est-ce qui vous a marqué dans l’accueil du public français ? Avez-vous remarqué des différences avec le public néerlandais ou d’autres pays européens ?
Nous adorons les Français !!!
Nous avons l’impression que chaque fois que nous jouons en France, le public est incroyable (mais vous avez probablement déjà entendu ça, clin d’œil). Les gens sont enthousiastes face aux artistes expressifs et semblent toujours très ouverts à de nouveaux sons et à de nouvelles musiques.
Je vous ai vus au festival Art Rock et la performance était vraiment saisissante : très électrique, extrêmement physique. C’était une véritable décharge d’adrénaline qui m’a marqué. À quoi pensez-vous juste avant de monter sur scène ?
Est-ce que je vais grimper sur les enceintes dans quinze minutes ? Est-ce que je vais finir par danser sur le bar ? Comment le public va-t-il réagir à notre musique ? Mes faux cils sont-ils toujours en place ? Mon rouge à lèvres a-t-il tenu ? Mes talons vont-ils rester à mes pieds ? Est-ce que j’ai bien accordé ma basse ???
Et lorsque vous êtes sur scène, êtes-vous davantage concentrés sur votre propre performance ou sur l’expérience partagée avec le public ?
Je pense que tout repose sur la connexion avec le public, sur l’écoute de son énergie et sur la capacité à faire émerger quelque chose que les gens ne s’attendaient pas eux-mêmes à donner.
Tout se construit ensemble, avec toutes les personnes présentes dans la salle. C’est aussi ce qui rend chaque concert différent et unique. Chaque public est différent, donc chaque concert l’est aussi.
Photo de couv. (c) @danny.griffioen



