Les morceaux ont été enregistrés et mixés en Italie avant d’être masterisés à Nashville. En quoi ce processus international a-t-il influencé le son final de l’album ?
J’ai eu la chance d’enregistrer et de produire intégralement mon premier album à Nashville ainsi que le mastering, à l’Independent Mastering Studio. J’ai ainsi pu constater la qualité sonore et le cachet que ce studio pouvait apporter à mes morceaux. Je me suis également lié d’amitié avec l’équipe et c’est pourquoi j’ai décidé de leur confier également le mastering de ce nouvel album.
C’était un album très complexe, regorgeant d’instruments et de sons qu’il n’était pas toujours facile d’harmoniser ; il fallait donc faire appel à un studio de premier ordre. Avec Paolo De Stefani, le producteur de l’album, nous avons réalisé un excellent travail de mixage et nous avons décidé ensemble de donner à l’album une touche encore plus américaine.
Je pense qu’Independent Mastering a une approche très particulière du mastering : ils confèrent à chaque morceau une identité bien affirmée. C’est exactement pour cette raison que nous avons choisi de travailler avec eux. Et je suis extrêmement satisfait de leur travail. Je trouve qu’ils ont apporté cette touche « typiquement américaine » qui fait vraiment la différence.
Après plus de 25 ans de carrière, comment votre vision du blues a-t-elle évolué ?
Je suis profondément convaincu que le blues a beaucoup évolué ces dernières années. Bien sûr, on le connaît surtout sous sa forme historique, celle de Robert Johnson et de Muddy Waters ou encore dans les styles plus modernes de Clapton et de Stevie Ray Vaughan mais aujourd’hui, il a véritablement pris une forme complètement différente. Le blues moderne est fortement influencé par d’autres styles, sonorités et genres musicaux. On n’entend plus les schémas classiques à 12 mesures dans le blues moderne, les harmonies sont totalement libres. Des phrasés rock et soul sont d’ailleurs souvent intégrés dans une même chanson. Et parfois même, les voix sont interprétées avec des timbres aigus, presque en fausset, comme chez Gary Clark Jr. (l’un des pionniers du nouveau blues moderne), sans mettre l’accent sur la souffrance traditionnelle du genre mais, au contraire, en soulignant des moments de légèreté et de libération.
Au fil des ans, j’ai pris conscience que le blues n’est pas seulement un style ou un ensemble de règles, c’est un ressenti, une façon d’exprimer ses émotions et un moyen de créer des liens avec les autres. Mon approche est aujourd’hui plus ouverte et expérimentale, tout en restant fidèle aux racines et à l’authenticité du genre. L’essence du blues reste la même mais j’essaie de le laisser évoluer naturellement à travers mon propre langage musical et mes expériences.
Vos compositions créent souvent des univers sonores très cinématographiques. Pensez-vous en images lorsque vous composez de la musique ?
Oui, tout à fait. Je pense souvent en images lorsque je compose de la musique. Pour moi, la composition est un processus très visuel. J’imagine des scènes, des ambiances et des états d’esprit que j’essaie ensuite de traduire ces sensations en sons. Pour moi, la musique ne se résume pas à des mélodies ou à des accords ; il s’agit de créer un univers, un espace cinématographique dans lequel l’auditeur peut entrer. Parfois, une simple note ou un son particulier peut évoquer une image très précise dans mon esprit et cela devient le point de départ de toute la composition.
Mon premier album s’intitule « Eyes » et la chanson éponyme traite justement de l’importance des yeux et de la vision. Les images gravées dans notre esprit nous permettent de revivre des sensations et de retrouver des émotions. Par exemple, si nous observons attentivement une fleur, nous pouvons en garder le parfum à jamais en mémoire. Pour moi, tout est une image qui raconte une histoire que j’essaie de retranscrire en musique.
J’ai même composé une B.O. pour une pièce de théâtre ici, en Italie. Quand j’ai reçu le scénario, ma tâche consistait d’abord à me faire une image mentale du spectacle puis à essayer de la raconter à travers la musique. C’est la seule façon que je connaisse pour créer quelque chose de vraiment authentique et spontané.
Sur scène, votre projet prend souvent une toute nouvelle dimension. Comment comptez-vous adapter les morceaux de ce nouvel album pour les concerts ?
A l’exception de la batterie, qui a été magnifiquement enregistrée par Pierantozzi, J’ai composé moi-même ce nouvel album et interprété tous les autres instruments.
J’apprécie vraiment de jouer en trio plutôt qu’avec un groupe plus conséquent. C’est la raison pour laquelle, lors des concerts, nous utilisons des boucles qui nous permettent de reproduire sur scène les sonorités essentielles des morceaux, en particulier les éléments électroniques et les synthétiseurs. Par contre, comme je n’aime pas intégrer de vrais instruments, comme la guitare ou le piano, dans des boucles, je sélectionne certaines parties de guitare enregistrées sur l’album, par ex et je les joue en live.
Ce qui compte vraiment, c’est que le concert reflète l’esprit du projet et non qu’il devienne une copie conforme de l’album. À mon avis, cela n’aurait de toute façon aucun sens. Le processus d’enregistrement en studio est conçu pour un type d’écoute spécifique : chez soi, sur un canapé avec une bonne chaîne hi-fi, en voiture pendant un trajet ou avec des écouteurs en marchant ou à la salle de sport. Le son, l’interprétation et les arrangements d’un album ne sont pas destinés à être reproduits tels quels sur scène.
Un concert est une expérience totalement différente et on ne peut pas l’aborder comme si on jouait dans un salon. Il faut en préserver l’essence mais je pense que c’est une erreur de viser une fidélité absolue car l’auditeur n’est pas dans le même état d’esprit ni dans le même contexte lorsqu’il écoute un disque et lorsqu’il assiste à un concert.
Selon vous, quelle nouvelle facette de Marco Bartoccioni-Bartok cet album révèle-t-il au public ?
Cette question est en réalité au cœur même du titre de l’album, BARTOK. En effet, cet opus révèle au public qui est vraiment Marco Bartoccioni – Bartok à cet instant précis.
Dans cet album, je n’ai pas composé une seule note sous prétexte que la théorie disait que c’était juste. Je n’ai pas passé une seule seconde à réfléchir à la manière de rendre une chanson plus radiophonique, ni à la façon de plaire à une maison de disques. Alors qu’auparavant, je m’attardais un peu plus sur ces aspects. C’est donc là que réside la véritable différence. Sans oublier l’expérimentation de nouveaux sons et d’éléments modernes. Je ne me suis jamais demandé si cet album relevait du blues, ni à quel genre musical il devait appartenir.
En 2026, voilà qui est Marco Bartoccioni, pour le meilleur et pour le pire. Que l’album plaise ou non, qu’on l’écoute ou non, qu’il rencontre le succès et m’emmène en tournée mondiale ou non, BARTOK, reflète exactement qui je suis.
Et c’est ce que les gens ressentiront en l’écoutant : l’honnêteté et la transparence, mon vrai moi.
Merci infiniment pour cette merveilleuse interview, ce fut un réel plaisir de répondre à vos excellentes questions.
Et je tiens également à remercier les personnes qui ont toujours cru en ma passion pour la musique et en ce travail : ma famille, mon père, Chiara et Virginie.
Photo de couv. ©TlenFoto



