Un songwriter enraciné dans le folk-blues, une jeune voix venue bousculer ses habitudes, et au bout du compte un duo qui fonctionne à l’instinct plus qu’au plan de carrière : Gil R.J. Riot & Lila Frogg n’ont rien d’un projet formaté. Né d’une rencontre improbable, leur tandem s’est construit au fil du temps, entre admiration réciproque, harmonies vocales, échanges et goût commun pour les chansons qui ont une âme. Sur scène comme en studio, leur formule repose sur quelque chose d’à part : une simplicité réellement désarmante, qui donne à leur folk une chaleur immédiate. Alors qu’ils peaufinent leurs morceaux à l’aube d’un premier disque déjà très attendu, ils reviennent avec nous sur cette aventure musicale construite sans pression, mais avec une vraie complicité artistique.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Gil Riot : On s’est rencontrés pendant la tournée de mon album Felicity Road, en 2013. Je jouais à Lille, dans un café-concert qui s’appelait L’Imposture.
Lila est venue avec ses parents, des amis d’amis. Elle devait avoir une dizaine d’années. C’était, je crois, l’un de ses tout premiers concerts.
À la fin, elle est venue me voir avec des petits dessins qu’elle avait faits pendant le concert. Ensuite, comme sa famille venait souvent en Bretagne, on s’est recroisés au fil des années, notamment sur des concerts. Les choses se sont faites naturellement quand elle a commencé à faire de la musique.
Lila Frogg : Oui, c’était effectivement un de mes tout premiers concerts, peut-être même le premier dans un bistrot. Mes parents avaient vu une annonce sur Facebook et se sont dit que du folk blues, ça changerait.
Quand Gilles a commencé à jouer, j’ai été complètement happée. J’ai fait un blocage sur ce musicien à chapeau.
Pour le remercier, je lui ai fait des dessins et j’ai signé : « Lila, 10 ans, ta plus grande petite fan ». C’est resté.
Lila, qu’est-ce qui t’a particulièrement attirée dans l’univers folk de Gil ?
Lila Frogg : J’ai grandi dans un environnement musical très large, mes parents écoutent vraiment de tout. Le folk et le blues m’ont toujours titillé l’oreille, mais de façon très positive. Les goûts ne se justifient pas vraiment, c’est plutôt une sensibilité.
Gilles, pourquoi avoir eu envie de faire de la musique avec Lila, une artiste beaucoup plus jeune et avec moins d’expérience ?
Gil Riot : En fait, ça a été très simple. J’ai toujours aimé les harmonies vocales, les groupes mixtes, les mélanges de générations. J’avais déjà expérimenté ça auparavant et j’aimais beaucoup la fraîcheur que ça apportait.
Lila chantait de son côté, m’envoyait parfois des choses. Quand on s’est revus il y a un an et demi, elle m’a demandé quelques conseils. Je lui ai proposé de jouer avec moi. Il n’y avait aucun plan, aucune stratégie. C’est venu très naturellement.
La formule du duo, je ne l’avais jamais vraiment cherchée. Elle est tombée du ciel. Et elle m’a ramené quelque chose qui me manquait peut-être dans ma musique : plus de douceur, une autre lumière. La prise de risque, franchement, je n’y pense même plus. Je suis très détaché de tout ça.
Lila, comment tu vis le fait de défendre un premier projet, en duo avec un artiste déjà très expérimenté ?
Lila Frogg : Au début, ça peut être flippant. Je ne me sentais pas forcément légitime : premières scènes, premier projet…
Mais en même temps, défendre un projet est plus facile quand on est accompagnée par quelqu’un qui connaît bien ce milieu. Je fais une vraie confiance aveugle à Gilles sur la tenue du projet.
Gil Riot : Moi, je ne vois même pas ça comme un “projet”. J’ai enlevé toute cette pression-là. J’aime jouer avec Lila parce que c’est simple, fluide. Elle m’apporte énormément aussi.
Ce que je veux, c’est faire des concerts dans de bonnes conditions, quitte à en faire moins. Et oui, j’ai envie qu’on aille vers un album pour concrétiser tout ça, mais sans se mettre la pression.
Votre répertoire est très folk. Comment choisissez-vous les morceaux, reprises ou compositions ?
Lila Frogg : Tout se fait très naturellement. On se fait écouter des chansons, on se dit “tiens, on essaie ça ?”.
Parfois ça marche, parfois non. Et si ça ne sonne pas, on laisse tomber.
Gil Riot : Au début, on est partis de mes chansons, sur lesquelles Lila a posé sa voix. Ça leur a donné un autre parfum.
Pour les reprises, c’est exactement ça : on essaye, on écoute, on garde ou pas. C’est très simple, et très reposant.
Est-ce que vous vous faites découvrir des artistes mutuellement ?
Lila Frogg : Oui, complètement. On a par exemple Cat Power en référence commune. On me compare souvent à elle pour la délicatesse de la voix. On partage beaucoup de choses musicalement.
Gil Riot : Lila m’a aussi fait découvrir des artistes plus récents. Certains m’ont marqué, d’autres moins, mais c’est normal.
Aujourd’hui, avec les plateformes, on est noyés dans une infinité de musiques. L’échange se fait naturellement, à travers la curiosité et la sensibilité.
Vous n’habitez pas dans la même région. Comment travaillez-vous ensemble ?
Lila Frogg : Gilles m’envoie des audios par WhatsApp avec la guitare et sa voix. Je travaille dessus de mon côté.
Quand on se retrouve, j’ai déjà préparé les morceaux, et il découvre ce que j’ai fait.
Gil Riot : Je m’adapte aussi à son rythme d’étudiante, notamment pendant les vacances scolaires. Elle travaille très vite, avec une oreille musicale très riche.
Travaillez-vous sur de nouvelles compositions ?
Gil Riot : Oui. Le duo m’a beaucoup stimulé pour écrire de nouvelles chansons. J’aimerais qu’on écrive davantage ensemble, mais je laisse les choses venir.
Lila Frogg : Écrire à distance, c’est plus compliqué que répéter. On a commencé une chanson ensemble, mais ça demande un échange plus immédiat. Avec mes études, ce n’est pas toujours simple.
Lila, travailles-tu ta voix de façon spécifique ?
Lila Frogg : J’ai toujours chanté. J’ai commencé la musique pendant le confinement, avec un ukulélé trouvé dans le garage.
Je suis autodidacte : pas de cours, juste des tutos et beaucoup de pratique, quand j’en ai envie.
Gil Riot : Je suis un très mauvais prof !
Quand on se voit, on travaille surtout les morceaux. Le ukulélé m’agaçait avant, mais Lila en joue très bien, ça apporte une vraie couleur sur scène.
On parle souvent de votre complicité sur scène.
Gil Riot : J’adore chanter avec Lila, surtout en harmonie. C’est un moment très précieux pour moi, et je pense que ça s’entend.
Lila Frogg : Oui, il y a quelque chose de très naturel entre nous.
Vous évoquiez un album. Comment voyez-vous la suite ?
Gil Riot : Le projet se concrétise doucement. C’est surtout une question de calendrier et de géographie.
On se prends pas la tête : on avance au bon rythme.
On a fait deux sessions à l’automne et en début d’année pour enregistrer une douzaine de chansons au studio de Romain Baousson » Le Monde Perdu « .
Nous avons enregistré en trio avec Xavier Soulabail à la contrebasse dans les conditions du live : en cercle autour d’un bon parc de micros, musiques et voix en direct…Exercice sans filet mais très cool à faire !
Nous avons fait très peu de re-recording, à part pour enregistrer en plus quelques chœurs, de la mandoline, un peu d’orgue ou de la guitare électrique sur 3 ou 4 chansons. On entendra donc quelque chose de très proche de ce que l’on fait en concert.
Avec l’aide d’IDO Spectacles nous allons dans un premier temps sortir des « singles » sur les plate-formes avant de se pencher sur la réalisation de l’album en « physique » comme on dit !
Lila Frogg : En ce qui concerne l’enregistrement, j’ai adoré ces deux sessions. Il y avait quelque chose de très spontané ou naturel, ou les deux. J’ai adoré la dynamique de ces sessions.
Ça m’a fait bizarre, le premier jour, d’être dans un studio. J’avais déjà enregistré, mais là c’était un contexte différent : on y a passé plusieurs jours et, cette fois, c’était nos chansons, nos créations.
J’ai ressenti beaucoup de fierté parce que j’ai pu enregistrer quelques-unes de mes chansons, et la plus vieille date du lycée. Je n’aurais jamais pensé que, quelques années après, elle serait enregistrée et mixée pour être écoutée !
Je ne me rendais pas compte à quel point ça pouvait prendre du temps, mais c’était une chouette expérience et je suis contente de l’avoir partagée avec Gil, Xavier et Romain !
https://www.facebook.com/GilriotLilaFrogg
Photo de couv. Laurent Guizard




