Telemac : Firefly ou l’Art de l’Incinération Spontanée

On pensait que Montpellier s’était assoupie sous son soleil d’hiver. Erreur fatale. Le vendredi 5 décembre 2025, le quatuor Telemac a balancé son premier EP, Firefly, et depuis, le paysage rock français ressemble à un champ de ruines fumantes.

Six titres. C’est tout ce qu’il leur a fallu pour nous déchausser les molaires et redéfinir la notion d’abrasion sonore.

Une sidérurgie auditive

Oubliez le rock poli pour playlists de fin de soirée. Firefly, c’est de la sidérurgie appliquée. Dès les premières secondes, on est saisi par une section rythmique qui cogne avec la précision d’un marteau-pilon sous amphétamines. Les guitares, elles, ne se contentent pas de jouer des riffs : elles lacèrent, elles grincent, elles cherchent la faille dans votre système nerveux.

C’est sale, c’est brut, et pourtant, il y a cette intelligence dans le chaos. Telemac ne se contente pas de faire du bruit ; ils sculptent la tension. Chaque morceau est une cocotte-minute sur le point d’exploser, portée par un chant qui oscille entre le prêche fiévreux et le hurlement libérateur.

L’éclat dans la saturation

Le titre éponyme, Firefly, est sans doute le sommet de ce disque. Là où d’autres se perdraient dans la distorsion gratuite, Telemac injecte une mélancolie rageuse, une sorte de lumière aveuglante au milieu d’un tunnel de béton. C’est l’esthétique de la luciole : une lueur fragile, mais capable d’irradier l’obscurité la plus épaisse.

Pourquoi c’est indispensable ?

• L’urgence : On sent que ce disque devait sortir, là, maintenant. Pas de chichis de production, juste l’énergie pure de la répétition qui transpire.

• La structure : En 6 titres, le groupe évite le piège de la redondance. On passe du post-punk angulaire au noise rock le plus décomplexé sans jamais perdre le fil.

• L’identité : Ils ont ce son « Sud » — pas celui des cartes postales, mais celui du bitume brûlant et de la colère électrique.

Verdict : Firefly est un disque nécessaire, violent et viscéral. Telemac vient de poser une bombe sur l’échiquier du rock hexagonal. On attend maintenant de voir qui survivra à l’onde de choc lors de leurs prochains lives.

 

Photos et texte Jacques Cognon