« NOT TODAY » sans complaisance, « NOT TODAY » en étendard, « NOT TODAY » pour annoncer « PLAY ME » son troisième album solo, attendu chez Matador Records le 13 mars. À 71 ans, l’icône de Sonic Youth continue de faire ce que peu osent encore : avancer sans détour, saboter les attentes, tordre le langage musical jusqu’à ce qu’il crache sa vérité.
“NOT TODAY” est une pièce anguleuse, presque hostile. Une rythmique minimale, industrielle, qui semble marcher sur des débris de verre soulignant une production volontairement anti-séduction.
Ce titre voit l’artiste explorer des rythmes plus mélodiques et embrasser l’énergie du krautrock.
Kim Gordon explique : « On voulait des morceaux courts. On voulait aller vite. C’est plus ciblé, et peut-être plus affirmé. Je travaille toujours en fonction des rythmes, et je savais que je voulais que ce soit encore plus rythmé que le précédent. Justin comprend vraiment ma voix et mes textes, et il comprend ma façon de travailler ; ça s’est encore plus ressenti sur cet album. »
Derrière cette approche, il y a une étrange poésie. Une poésie urbaine, granuleuse, faite de silences, de répétitions, de refus. Kim Gordon transforme le rejet en esthétique. Le non devient une matière sonore. Le désengagement, une posture politique. “NOT TODAY” sonne comme un mantra pour temps saturés, une réponse forte à l’injonction permanente d’être productif, aimable, lisse.
Ce qui frappe surtout, c’est cette audace intacte. Là où tant de figures historiques se contentent de recycler leur légende, Kim Gordon s’obstine à rester loin du confortable et du prévisible. Elle parle au présent, pas au passé. Elle ne capitalise pas sur hier mais mise tout sur la dynamique du mouvement permanent, en injectant du hip-hop mutant, de l’électronique sale, de l’art contemporain dans un corps rock déjà fissuré.
“NOT TODAY” ressemble furieusement à un morceau qui pose une vision. Et dans un paysage musical souvent obsédé par l’adhésion immédiate, ce refus frontal agit comme une bouffée d’air capitale.
Kim Gordon ne revient pas. Elle continue.
Et visiblement, ce n’est pas aujourd’hui qu’elle va s’arrêter.



