[Single] Julien Auroux et Boris Guffer – « Perte »

De la perte éperdue. Dans la continuité directe de « Un regard », Julien Auroux et Boris Guffer creusent encore le sillon avec « Perte ». une poésie plus rude encore : celle de l’absence. Ici, le duo s’attache au lâcher-prise éperdu, fébrile, tremblant où la voix elle-même hésite à s’exprimer mais réussit à maintenir l’émotion à son comble. Difficile de trouver les mots justes pour dire la perte.

Les paroles déploient une écriture fragmentaire, dense, où le manque se comble par des fragments musicaux électro/beats/pop. Cette tension rappelle fortement une autre formation, « Nous étions une armée« , qui, comme Julien et Boris, déploie la même économie de mots, la même intensité contenue, la même manière d’habiter dans la beauté âpre de nos failles plutôt que de chercher à en lisser les angles. Chez eux comme ici, la poésie s’expose à nu avec force et conviction.

« Perte«  touche alors à quelque chose de plus profond, de pulsionnel. Le deuil n’y est pas un apaisement mais un conflit : ce qui était investi dans l’autre revient en soi, chargé d’ambivalence. Amour, colère, ressentiment s’y mêlent, parfois jusqu’à devenir étrangers à soi-même. Certains sentiments s’intègrent en nous, ils persistent irrémédiablement comme des fragments dissonants sous l’épiderme, obligeant à d’autres trajectoires, à d’autres projections. Digérer, rejeter, tuer dans l’œuf, cette enfer, c’est une forme d’amputation intérieure.

Le single de Julien Auroux et Boris Guffer incarne habilement ce déchirement dans cet état instable, en un geste commun, aussi doux qu’il est rude, avec la lenteur et la sensibilité de l’automne : une perte qui ne passe pas, mais qui transforme, sans résolution, sans consolation.

Image de couv. La Divine Comédie, L’Enfer de Dante, de Gustave Doré