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ROCKETMAN. ELTON JEUNE!

Hasard ou coïncidence, je me décide enfin à voir le biopic sur Elton John dans un cinéma situé au centre des Halles de Paris, le jour de la Gay Pride. Cette petite digression vient nourrir-à point nommé une réflexion  à l’heure ou bon nombre de couples se font casser la gueule parce qu’il se tiennent la main dans la rue: être homosexuel, ce n’est ni une maladie ni une malédiction ni une erreur de la Nature. C’est un choix de vie et une orientation sexuelle. Point barre. Deux mecs ou deux nanas (voire plus?) qui se roulent des pelles, ça vous défrise? Pourquoi? A chacun(e) le droit de faire ce qu’il (elle) entend de son corps, tant que les deux parties sont consentantes. Et pour reprendre un adage de grand-mère: “Si vous n’aimez pas ça, n’en dégouttez pas les Autres!”. Voilà, cela va mieux en le disant. A présent, rentrons dans le vif du sujet.

Difficile de passer après la déferlante “Bohemian Rapsody “, et le revival “Queen” engendré par le succès du film, sans passer pour la “pale copie de”…. 
Elton John, personnage ô combien charismatique mais à l’ego surdimensionné, allait-il faire battre nos cœurs aussi forts ? Ses chansons pop-rock ont-elles réellement  matière à passer le Mur du Son et traverser l’écran? De plus, j’avais la désagréable impression d’être pris pour un gogo (gaga).  Même choix d’un personnage britannique haut en couleurs, qui aime les garçons et se situe peu ou prou dans la même période glam-rock. Et même réalisateur! N’y aurait-il pas redite? Sans parler du matraquage médiatique autour du festival de Cannes et des superlatifs employés à tort et à travers. Cette biographie ne sentait-elle pas, in fine, le réchauffé?Engouffrons-nous dans une salle climatisée et jugeons sur place.
Dès les premières images du film, bien loin de l’aspect linéaire de “Bohemian Rapsody“, “Rocketman” dégaine l’artillerie lourde en matière de réalisation et alterne scènes chorégraphiées (et fantasmées) et psychodrame familial. C’est un véritable tourbillon d’émotions et de prouesses techniques qui vous laissent tétanisé sur votre siège alors que les tubes s’enchaînent à la vitesse d’un supersonique. Dexter Fletcher, appelé à la rescousse pour sauver la “Mercury Entreprise” des griffes adipeuses de Bryan Singer, semble s’ affranchir des codes narratifs imposés par le réalisateur d'”X-Men” et déploie-pour son propre film- un éventail de cadrages totalement dingues, un montage survitaminé, des moments de pure poésie (sous-marine) et une rage folle qui envenime frénétiquement l’ensemble . Un long shoot d’adrénaline où le pathétique fricote avec la délicatesse et où les nombreux travers de la rock-star (sex, drugs & rock n’roll, tu connais la formule) sont déclinés progressivement… sans tomber dans l’adaptation “tape à l’œil” ou racoleuse. Toutes les étapes de sa carrière sont égrainées sans fard, la plus touchante se lovant sans conteste dans la rencontre avec Bernie Taupin,  parolier attitré et acolyte de toujours.

Précision: Sir Elton tenait absolument à ce que ce bioipic soit “raccord” avec les affres de sa vie, quitte à l’interdire aux moins de douze ans en salles. Pas de PG13 mais pari tenu. Bref!
Si “La rhapsodie bohémienne” se substituait à “SpiderMan“, “L’Homme Rocket” serait son “Venom“.On une Némésis de ce genre.

Restait à trouver l’interprète idéal.
Cette adaptation jouissive de la carrière tourmentée de Reginald Dwight ne serait rien sans la partition exceptionnelle qu’offre l’épatant Taron Egerton dans le rôle principal.  Rami Malek s’épanouissait dans un mimétisme troublant? L’interprète de “Kingsman” mise sur l’incarnation. Tour à tour insupportable et tendre, ébouriffant de désinvolture ou d’une timidité maladive, le jeune acteur impressionne par la maitrise de son Art. Et nous laisse bouche bée quand ce dernier entonne-sans play-back- “Saturday Night’s Alright for fighting”. Absolutly Fab & Sexy.
Enfin, “Rocketman” rend à Hercule ce qui lui appartient: l’étonnante actualité de ses chansons. Passés à la postérité à la force de ventes comptées en millions, des titres comme ” Goodbye Yellow Brick Road” ou “Crocodile Rock” prouvent le talent indéniable d’un auteur-compositeur au sommet. Ce ne sont plus des ritournelles plaisantes à siffler sous sa douche ou des singles entendus sur des radios passéistes. Mais des ouragans de couplets et de refrains entêtants, des envolées lyriques au service d’un piano rugissant. C’est le chant des Walkyries à la sauce pop-rock. Une déferlante de boogie-woogie et de mélodies à faire chialer le poivrot d’un pub irlandais ou un chef comptable en Nouvelle Zélande. Zeus dans le corps d’un p’tit mec à lunettes. Ou de l’orage caché dans un 33 tours.
Parce qu’il faut bien l’admettre et le marteler: la musique de John, putain, elle tonne.


John Book.