Avec No More Like This, le trio londonien PVA signe un retour à contre-courant de toute tentation de répétition. Après l’éclat de BLUSH (paru chez Ninja Tune), le groupe s’engage dans un territoire plus poreux, presque méditatif. Le disque creuse une question à la fois intime et philosophique : que reste-t-il de nous après le passage des autres ? Ici, le désir n’est jamais vierge, il est marqué, creusé, indenté par des regards, des souvenirs de vertiges, des récits qui ne nous appartiennent pas tout à fait.
Sur le plan sonore, PVA délaisse la frontalité dance-pop du début pour une matière plus trouble et nocturne. Trip-hop, electronica, IDM et ambient s’y fondent dans une lente navigation à la dérive, dans une filiation proche de DITZ de Massive Attack ou de Fever Ray. La voix toujours aussi sensuelle d’Ella Harris, plus parlée que chantée, parfois presque fantomatique, semble fuir l’émotion immédiate pour mieux en observer les contours. Elle flotte, elle frôle, comme si l’authenticité ne pouvait surgir qu’après la mise à distance. On pense à Radiohead période Kid A, à la tension feutrée de Nilüfer Yanya, ou encore au spoken word anxieux de Dry Cleaning.
Dans le détail de ses titres à l’évidence, « No More Like This » se déploie comme une succession de micro-états mentaux, de diapositives intérieures capturées sur le vif. Chaque morceau saisit un instant sensible: « Mate« et sa proximité charnelle underground troublante, « Anger Song » et sa colère ambivalente explosive, « Peel« qui se révèle couche après couche pour offrir un noyau magnétique, aussi insaisissable que captivant. Ici rien ne s’impose de façon frontale : tout est suggéré, réitéré, lentement infiltré dans notre épiderme frissonnant.
Au-delà de la mutation sonore, fidèle à son écriture, PVA avance par touches, par impressions diffuses de plus en plus pénétrantes 10 titres comme autant d’empreintes laissées sur la peau endolorie, et sur la mémoire engourdie par tant de désir bouleversements. A n’en pas douter cet opus ne raconte pas une histoire linéaire. Déroutant il préfère esquisser, en creux, une cartographie émotionnelle d’un désir qui à soif d’expérience jamais totalement assumé.
Et même si « No More Like This » ne cherche pas la séduction facile, il n’en est pas moins évident que par cette étrange alchimie persistante PVA réussit à s’imprimer durablement dans l’épiderme sensible de notre cerveau. Un disque profondément vivant qui se libère des carcans, pour accepter de ne plus savoir avec certitude, ce que l’on désire vraiment.
7 Mars – Petit Bain (Paris)
Photo de couv. Jak Payne.




