« Bouge ce petit cul ! ». C’est l’effervescence au sein d’une communauté de commerçants hong-kongais. En cause ? Une mythique course de pousse-pousse où tous sont conviés. Ligne de départ. Deux potes en concurrence (Eddie et Marcus) se motivent. Et Top ! C’est parti pour un décalque de « Ben Hur » en mode « Intervilles ». Soudain, des malfrats en van-mais pas vannés- kidnappent l’un des transporteurs en lice. Merde, c’est mal barré ! Eddie Wang est balancé au fond d’un véhicule bardé de mines patibulaires mais presque. Et son copain Marcus ? Manque de pot (d’échappement), il est freiné dans son élan par le poids de son archaïque engin. Et que dire de ses baskets qui se désagrègent au gré de cette cavalcade poussive ? Holàlà. Ce n’est pas de la tarte ! Que choisir ? Gagner la compétition ou affronter ces gangsters ? C’est sans compter sur le passager de notre JCVD épleuré (Marcus, avec sa coiffure à la romaine, bah, c’est lui !) qui tranchera entre ces deux options et invectivera notre héros d’une manière peu orthodoxe. Armé d’une anguille de passage (oui, je sais, une anguille), il lui fouettera le postérieur en lui sommant d’aller plus vite. Vous m’avez bien lu. « Bouge ce petit cul ! », donc.
Il y a des films qui vous retournent l’occiput. Et, en 1998, « Piège à Hong-Kong » de Tsui Hark est de ceux-là.
Qu’est ce qui s’est passé dans la tête de notre cinéaste asiatique ?
Dès sa première incursion à Hollywood (merci Jean-Claude, formidable passeur entre l’Orient et l’Occident) avec « Double Team » en 1997, le réalisateur culte d' »Il était une fois en Chine » déploie une énergie peu commune à tordre le langage cinématographique usuel.
Faire plus fort et plus fou. Partout.
Excessif, « Double Team » ? Il va s’en dire.
Mais ce n’était qu’un coup de semonce.
« Piège à Hong Kong » multipliera la donne par deux dans le grand n’importe quoi.
Je m’explique.
Ici, tout est affaire de culture et l’on sent bien le décalque opéré par Tsui Hark de la Chine vers Los Angeles puis la Chine. L’humour ? Il est forcé et dessiné à gros traits. Caricatural. Enfantin. Notre électrique/eclectique vietnamien ne s’embarrassant pas de coller aux codes universels de tel ou tel blockbuster made in USA. Sa came, c’est son pays d’adoption, ses us et coutumes…tout en y injectant une part très personnelle d’adrénaline. Filmer un combat comme son collègue John Woo ? Les colombes et les ralentis, très peu pour lui, merci. Tsui tend son Hark et décoche des plans avec frénésie sans jamais rater sa cible : son public chéri et averti.
T’en veux, de la surenchère ? T’en veux du Bruce Lee Muesli ?
C’est parti.
Montage vita (totalement) miné, intrigue incompréhensible tant les ramifications se bousculent au portillon, cascadeurs peu ressemblants à leurs avatars, mouvements de caméra dignes d’un délire psychotrope, dialogues choisis dans une blague Carambar…et cet humour (j’y reviens encore !) entrevu dans la série « Benny Hill ». Sans oublier du cabotinage à tous les étages. Pour Jean Claude Vandale, toujours en faire des tonnes quand l’Enfer détonne. D’où cet acting révolutionnaire qui s’ignore : le jeu « m’en balek ». En 1998, Tsui Hark est seul face à la machine. Hybride, bâtarde et punk, sa progéniture est inclassable. Navrante et exaltante. Risible. « Piège à Hong-Kong », c’est un peu Jan Kounen qui fricoterait avec « Les bidasses en folie » en deux temps et plein de mouvements.
Hard Tempo.
Master Class, Maestro ?
On rembobine.
Primo, 1997. « Double Team ». Comment dire ?
Imaginez Dennis Rodman , du haut de ses deux mètres, se planquant en mission « undercover » avec JCVD…Cela donne un joueur de basket attifé en Bogart et un belge déguisé en rasta avec perruque et ghettoblaster. A cet instant précis, on se doute bien que la « tenue » du film risque d’être hasardeuse voire compliquée. Seul intérêt ? La prestation de Mickey Rourke en « bad guy » qui éclipse la balourdise ambiante et le trop rare Paul Freeman (inoubliable René Belloq dans « Les Aventuriers de l’Arche Perdue ») à l’écran.
Secundo. 1998. Tsui Tsui, Le retour de la vengeance. Sidération avec ce « Piège à Hong-Kong » où nous aurions imaginé un peu plus de distance face à cette débâcle. Non, JCVD Chante. S’esclaffe. Adopte des looks impossibles. Cela pète et galipette.
Bon sang, the drugs don’t work.
Tsui Hark, lui, persiste et signe. Son incursion fracassante dans le « B-movie » ne devait, donc, rien au hasard. Son style non plus. Et lorsqu’en 1995, des combats aériens – sabres en avant ! – et des mets exotiques réjouissent un parterre d’aficionados dans notre hexagone (cf. « The Blade » et « Le Festin Chinois »), cela ne se danse plus de la même manière l’année suivante. Le box-office s’écrase mollement pour ces deux nanards. Les douilles dans le potache.
Bonjour tristesse.
Exit l’Atlantique. Retour aux sources.
Et puis, contre toute attente, le miracle.
Comme un cadeau avant l’heure, « Time and Tide » débaroule (du verbe débarouler) en ce mois de décembre 2001 et repositionne avantageusement Tsui Hark sur l’échiquier du 7ème Art. Une maitrise absolue du fond et de la forme envahit l’écran, renvoyant instantanément aux calendes grecques ses approximations antérieures. Je vous laisse le soin de découvrir ce polar atypique. A l’instar de « The muscles from Brussels » capable du grand écart, Tsui Hark sut se réinventer. Horreur de parcours ? Voyons « Piège à Hong-Kong » comme une œuvre expérimentale, un bras d’honneur adressé à des collègues étasuniens ou un cartoon explosif. Délogeons-le de notre DVDthèque quand la soirée « bière-pizzas entre copains-copines » se profile. Puis, une fois rassasié, rangeons-le près de » Street Fighter » de Steven E. De Souza ou du » Ninja Blanc » de Sam Firstenberg. Le Cinéma est ainsi fait. Grotesque, risqué et parfois insaisissable.
Débordant de vie.
Je fonce donc je Tsui.
John Book.




