[Interview] TVOD – « THE FARM »

Moins d’un an après Party Time, le groupe de Brooklyn TVOD remet le couvert avec The Farm, un album enregistré en deux semaines à Leeds, sous la houlette de Danny Blackburn (Adult DVD). Né dans les caves et les sous-sols de la scène DIY new-yorkaise, le groupe reste fidèle à sa recette : un punk nerveux, hyper dansant, qui n’a pas peur de dire ce qu’il pense. Inspirés par La Ferme des animaux d’Orwell, TVOD troquent la fête contre la satire politique, un sens de l’ironie bien à eux où le moshpit est un acte de résistance. Tyler Wright, chanteur, compositeur et leader du combo, nous parle de la création de cet opus, de l’absurdité du monde, de liberté et de pintes partagées.

Moins d’un an après Party Time, vous revenez déjà avec The Farm. Aviez-vous encore trop de chansons en tête, ou simplement trop d’énergie à dépenser ?
Je n’arrive tout simplement pas à rester créativement immobile. C’est un problème. Si ça ne tenait qu’à moi, je sortirais un album toutes les semaines, mais des forces supérieures et de meilleurs esprits que le mien m’en empêchent.

Vous avez commencé à écrire une partie de l’album dans une ferme à Neufchâtel-en-Bray. Qu’est-ce que ce séjour à la campagne, loin du bruit et de l’agitation de Brooklyn, a apporté au processus ?
Ça a apporté beaucoup de clarté, de calme et de direction au groupe. On est nombreux, alors se retrouver tous dans un endroit inconnu avec rien d’autre que nos instruments et du vin, c’était le combo parfait. Il y avait aussi un jacuzzi. Soyons honnêtes, on s’est fait plaisir.

Le titre The Farm fait écho à La Ferme des animaux de George Orwell. À quel moment avez-vous décidé de transformer cette satire du pouvoir en matière à chansons punk ?
Je crois que c’était dans le van, quelque part plus tard pendant cette tournée, quand quelqu’un a évoqué le livre. On s’est tout de suite mis à parler de la ressemblance avec l’époque actuelle, puis on a fait le pacte de le relire tous ensemble. Je le recommande vivement à tous ceux qui lisent ceci. C’est une lecture incroyablement courte et pourtant profonde. Le livre m’a donné envie d’essayer d’écrire des sketchs ironiques sur l’absurdité de tout ça.

Avec ce nouvel album, vos textes prennent une dimension plus politique. L’absurdité du monde vous inspire-t-elle davantage ces temps-ci, ou avez-vous simplement trouvé une nouvelle façon de s’en moquer ?
Honnêtement, l’absurdité n’est pas très inspirante ces temps-ci, et j’espère ne pas faire injure à la gravité de notre époque en m’en moquant. J’espère vraiment que cet album sera un outil pour le bien, qu’il contribuera à améliorer cet endroit qu’on appelle chez nous et à résister aux forces qui essaient de nous déchirer.

Vous avez enregistré The Farm à Leeds avec Danny Blackburn (d’Adult DVD) en deux semaines. En quoi cette nouvelle collaboration a-t-elle changé votre façon de travailler par rapport à Party Time ?
Danny avait une vision similaire de la sonorité qu’il voulait pour ce disque. Il nous avait beaucoup vus en live quand on a fait quelques petites séries de dates avec Adult DVD en tournée l’été dernier, donc il savait ce qu’on cherchait et la direction dans laquelle on voulait aller. C’est aussi un type vraiment bien, et j’espère qu’on aura l’occasion de retravailler ensemble. Il y a eu plein de pintes, de bons moments et de nouveaux amis au Nave Studios pendant l’enregistrement.

Votre musique reste férocement dansante, même quand elle aborde les tensions sociales, le pouvoir ou la désillusion. Faire danser les gens sur des sujets qui fâchent, est-ce une forme de provocation supplémentaire ?
Et comment que oui. « The man » (l’autorité) ne veut pas que tu danses. Il ne veut pas que tu t’exprimes. Il ne veut surtout pas que tu ailles à un « concert punk » où les gens peuvent bouger leur corps dans toutes les directions et se relever quand ça tourne mal. Toute cette liberté est viscéralement cathartique, et ils ne le supportent pas. Dans un monde qui peut parfois sembler ordonné et oppressant, le pit est l’endroit idéal pour s’évader et être soi-même.

TVOD est né d’une éthique DIY et d’une forte culture underground. Avec les festivals, les tournées internationales et l’attention portée à Party Time, comment préserver cet esprit sans vous faire avaler par la machine ?
Je pense qu’on a plutôt la tête sur les épaules et qu’on ne laisse pas trop l’attention nous atteindre. On adorera toujours un concert en sueur dans la cave de la demi-sœur de la grand-mère de quelqu’un. C’est ce qui a fait de nous ce qu’on est aujourd’hui, et on ne l’oubliera jamais.

Pour finir : si Party Time était une invitation à faire la fête malgré les jours difficiles qui pourraient suivre, quelle est la meilleure approche pour survivre à The Farm ?
Je ne crois pas qu’on survive à The Farm… Tu es déjà mort. Tu es déjà mort ! Ahhh !!!