[Interview] Sangham – « THE RADIANT CROWN »

Entre puissance tellurique et respirations suspendues, SANGHAM poursuit sa mue. Avec The Radiant Crown, le quatuor marseillais durcit le propos autant qu’il affine son langage, mêlant modern metal, djent, progressif et death dans un disque traversé par les contradictions de l’humain. Une couronne autoproclamée, un rayonnement ambigu, le soleil et le virus comme deux faces d’une même médaille : ici, la musique explose autant qu’elle questionne. À l’occasion de la sortie de l’album, prévue le 16 octobre, Cyril, Christelle, Paul et Antoine nous parlent de création, d’engagement, de nouveaux équilibres et de cette étrange confluence qu’est devenue SANGHAM.

The Radiant Crown semble marquer une évolution vers un son plus lourd et plus frontal. Qu’est-ce qui a changé dans votre manière de composer depuis Intangible ?
Cyril : La sortie de Vertigo avait déjà initié ce changement. L’évolution s’est faite assez naturellement, car nous souhaitions aller plus loin dans l’immersion : que ce soit grâce à des textures électroniques, des chœurs, des instruments plus organiques, mais aussi des accordages diversifiés.

 

Nous nous sommes toujours affranchis des limites de style ou de genre concernant la composition. L’exploration nouvelle du scream chez Christelle a définitivement ouvert le champ des possibles, pour pouvoir aborder nos thèmes sous un angle nouveau, encore plus chargé d’émotions.

 

Intangible représente en quelque sorte les balbutiements de notre alchimie. Aujourd’hui, cette synergie s’est naturellement affinée pour aboutir à quelque chose de plus affirmé et singulier, tout en gardant une certaine unité.

 

Le groupe a connu un changement de line-up à la basse et à la batterie. Comment cette nouvelle configuration a-t-elle influencé votre musique et votre façon de travailler ensemble ?
Paul : L’album The Radiant Crown a été composé avant notre arrivée avec Antoine. Ce changement n’a donc pas influencé sa composition. Cependant, certaines parties en live ont été retravaillées pour coller à notre jeu, et nous prenons part à tous les choix faits par le groupe depuis presque 2 ans. Si vous voulez découvrir l’influence de ces changements, le mieux est de venir nous voir en concert !

 

Le titre de l’album évoque la domination de l’être humain sur le vivant. Pourquoi cette image de la « couronne » vous semblait-elle particulièrement juste pour parler de notre époque ?
Chris : La couronne symbolise le règne autoproclamé de l’être humain sur son environnement, et sur les autres êtres qui peuplent le monde qu’il s’est approprié. Le terme “radiant”, quant à lui, évoque un rayonnement dont on ne sait pas s’il est solaire ou inquiétant. Il représente une expansion qui semble lumineuse en apparence, mais qui s’étend sans se soucier des conséquences qu’elle entraîne. 

 

Vos chansons abordent des sujets comme la surconsommation, la souffrance animale ou encore la domination patriarcale. Comment trouvez-vous l’équilibre entre engagement et émotion musicale ?
Chris : Tous ces thèmes sont liés à une grande souffrance vécue par les victimes de ces systèmes d’oppression. Il nous semble donc naturel de nous exprimer à travers une large palette d’émotions, de la tristesse à la colère, mais aussi à travers l’espoir.

Nos compositions et nos textes sont à la fois engagés et poétiques. Bien que nous assumions pleinement nos positions sur ces sujets, nous souhaitons avant tout utiliser la musique comme un outil pour interroger l’auditeur, l’inviter à se questionner et à se connecter à son empathie. Pour nous, l’engagement et l’émotion ne sont donc pas opposés : ils se nourrissent mutuellement.

« Our Vain Pleasure » s’attaque frontalement à la maltraitance animale. Est-ce que certaines chansons de l’album ont été plus difficiles que d’autres à écrire ou à interpréter ?
Paul : Our Vain Pleasure est certainement le morceau qui nous procure le plus d’émotions en live. Le tournage du clip à également été difficile. Nous étions souvent mal à l’aise en reproduisant sur notre actrice Olivia des scènes malheureusement banales de la réalité de l’exploitation animale. 

 

Pour l’anecdote, nous avions une playlist légère lors du tournage pour que l’ambiance ne soit pas trop pesante. Le montage final, lui, a été une épreuve pour Christelle et Élise (notre réalisatrice) qui ont dû sélectionner des images témoignant de violences infligées quotidiennement à une échelle massive sur des êtres innocents, afin de les intégrer à la musique. De nombreuses larmes ont été versées.

 

Votre musique repose beaucoup sur les contrastes : riffs massifs, passages aériens, voix claires et saturées. Qu’est-ce que vous recherchez dans cette opposition entre brutalité et respiration ?
Paul : L’émotion. L’album parle de l’humanité et des ses contradictions. Ces contrastes illustrent parfaitement ces paradoxes et permettent de véhiculer beaucoup d’émotions différentes. Indirectement, c’est aussi un moyen de toucher un public plus large en touchant les auditeurs de différentes manières.

 

L’identité visuelle de The Radiant Crown joue sur le rapprochement entre soleil et virus. Comment cette dualité rejoint-elle votre vision de l’être humain ?
Paul : Ce motif double symbolise à la fois la création et la destruction. L’être humain est capable du pire comme du meilleur, de créer comme d’anéantir.

 

Chris : L’une des références qui nous a accompagnés dans la réflexion autour de la direction artistique de l’album, est une scène de Matrix, des sœurs Wachowski. Dans l’une des scènes finales, un personnage compare l’humanité à un virus incapable de trouver un équilibre avec son environnement. Plus de vingt-cinq ans plus tard, cette réflexion résonne toujours particulièrement avec notre époque. 

 

Le mot Sangham désigne un lieu de confluence, où plusieurs fleuves se rencontrent et se transforment. Après six années d’existence et deux albums, qu’est-ce qui a changé dans le fleuve Sangham ?
Paul : Beaucoup de choses ! Je suis le groupe depuis sa création, j’ai toujours trouvé que c’était un groupe qui évoluait très vite. Aujourd’hui, j’ai la chance d’en faire partie, et avec Antoine à la batterie, arrivé en même temps que moi, le groupe a trouvé une nouvelle dynamique. Notre positionnement assumé nous a également permis de construire une communauté solide. On a très hâte de profiter de cette release pour arpenter les scènes françaises, et rencontrer celles et ceux qui nous suivent.

 

Photo de couv. ©Elise Meunier