[Interview] NICOLAS VERONCASTEL – « One Another »

Chanteur et guitariste du groupe rennais LYS, avec lequel il a donné plus de 600 concerts à travers le monde, Nicolas Veroncastel trace aujourd’hui un nouveau chemin artistique. Après plusieurs albums marquants produits notamment par Steve Hewitt et Paul Corkett, il dévoile son premier album solo, « One Another », sorti le 13 mars 2026. Un disque intime et hypnotique, où le piano devient le fil conducteur d’une écriture sensible et instinctive. Entre pop, rock, touches jazz et expérimentations sonores, Nicolas Veroncastel y explore les émotions humaines avec une approche très personnelle : faire passer la mélodie, la voix et les arrangements avant tout. Enregistré entre la Bretagne et le Pays basque, ce projet marque aussi un retour aux sources musicales de l’artiste, nourri par ses influences et ses rencontres, notamment avec le trompettiste Leron Thomas. Aujourd’hui, il nous parle de ce premier album solo, de son rapport au piano, de son écriture et de cette nouvelle étape dans son parcours artistique.

 

Après plus de 600 concerts avec LYS avec plusieurs albums produits notamment par Steve Hewitt et Paul Corkett, et  ton EP « Waste » qu’est-ce qui a déclenché l’envie de faire enfin ton premier album solo ?
L’idée de sortir un album solo fut le point de départ dès 2017. Juste après la tournée « Redbud » de LYS, je ressentais un besoin profond de me renouveler. Ensuite, il y a eu une longue tournée des 10 ans de LYS avec Steve Hewitt, puis le Covid est arrivé. C’est la que j’ai décidé de sortir l’EP solo « Waste » , comme une sorte de prélude à l’album. Cela a permis de prendre la température auprès du public et de la presse, en attendant sa finalisation.

 

Sur « One Another », le piano est un élément central de ton écriture. Est-ce que cet instrument te permet d’exprimer ton univers artistique autrement ?
J’ai toujours été attiré par les claviers, synthétiseurs, depuis l’enfance, chez mes parents il y avait un piano, des claviers, des guitares, des tables de mixages. C’est presque héréditaire. C’est vraiment avec cet instrument que je suis le plus créatif et le plus à l’aise.

Comment définirais- tu le fil conducteur qui a donné corps et âme tes chansons ?
Le fil conducteur passe par l’instrumentation. Mon choix s’est donc porté sur le piano, après des années à la guitare folk avec LYS. Mais aussi par le thème de « One Another », une osmose entre deux êtres qui s’effrite. L’important est de transmettre une émotion par la voix, la mélodie et les arrangements, plutôt que par un message moraliste faussement habité.

Aussi, j’avais la volonté de composer les maquettes dans un laps de temps très court, en très peu de prises : une contrainte qui renforce l’homogénéité de l’album et m’autorise des accidents, ce qui confère un certain charme, une authenticité. C’est un pari risqué, mais les meilleures chansons s’écrivent souvent à l’instinct, sans fioritures, en espérant que la magie opère.



Ta voix est elle aussi un instrument à part entière, où les mots servent une poésie plus introspective. Comment travailles-tu concrètement ton écriture ?
La chose qui m’intéresse en chanson, c’est la mélodie, avec comme dessein l’intemporalité — le graal pour un artiste. Peu d’artistes s’inscrivent dans la durée aujourd’hui. Cela n’est pas à moi d’en juger, mais oui, je crois qu’inconsciemment j’ai toujours visé l’intemporalité, quitte à être parfois en décalage avec les tendances et les modes du milieu musical.

En tout cas, c’est le seul moyen d’avoir sa propre écriture, son propre son, sa singularité, et par conséquent de s’épargner un public trop volatil.

Je suis un peu mal à l’aise avec le diktat des réseaux sociaux, des streams, des followers, de la course à la nouveauté, de la manière dont on écoute la musique aujourd’hui. Sans parler de l’IA : c’est peut-être la pire chose qui soit arrivée aux musiciens.

 

Les 12 titres de cet album, mélange le jazz, le hip hop, le rock. Malgré les styles bien différents, comment as-tu réussi à garder cette belle homogénéité ?
J’ai toujours été séduit par les albums concepts. Je pense à « Melody Nelson » de Gainsbourg, « Free » d’Iggy Pop, « Clint Eastwood » de Gorillaz ou « Sexuality » de Tellier, et tant d’autres… Ces albums ont en commun une continuité, le fait de raconter une histoire avec un début, un milieu et une fin. Cela oblige à écouter l’album en entier pour vraiment percevoir l’essence de leur art.

Cela passe aussi par l’instrumentation. Sur « One Another », le choix du son de piano (un vieux Technics vintage), d’un son de batterie un peu « new wave », d’un logiciel old school que je triture dans tous les sens, d’une basse minimaliste et d’un micro voix spécifique donne cette homogénéité. Avec un certain épurement dans la production, qui était notre ligne directrice avec Rémy Akaroa, le coproducteur de l’album.

Deux titres sortent un peu de cette approche afin de surprendre l’auditeur : « Forêt », titre en français, où le trompettiste Leron Thomas apporte une dimension cinématographique et ambient jazz à l’album, appuyée par les guitares de Thomas Frogner et d’Anthony Marrec (membres de LYS) ; et « Bayonne », où la batterie nerveuse d’Harold Untersee apporte une touche rock psyché.

Enfin, il y a aussi un joli rework de Robin Foster du titre « One Another », avec qui je collabore depuis longtemps, qui sortira en single prochainement.

 

Pour cet album, tu as enregistré à Guéthary (Pyrénées-Atlantiques) loin de tes terres bretonnes. En quoi ce lieu a-t-il influencé l’atmosphère du disque ?
En France, le Pays basque est un peu ma deuxième maison. J’y vais régulièrement depuis 2015. J’ai pas mal tourné dans la région aussi, et c’est un magnifique coin qui m’inspire, où je me sens bien, serein. J’ai des amis et même de la famille là-bas maintenant.

Je crois qu’il est toujours sain de partir, de s’évader un peu de son environnement quotidien. C’est propice à la création. J’ai commencé à penser et à écrire cet album solo à Bayonne, chez un copain, en 2017, après une période un peu compliquée. J’ai composé les premiers titres en une semaine, dont « Waste », « Prelude », « Hit », « One Another » et forcément « Bayonne », en hommage.

J’aime penser que la beauté et la force de l’océan basque y sont pour quelque chose.

Après un parcours rock assez intense en groupe , comment vies-tu et envisages tu le passage solo devant le public  ?
C’est différent dans le sens où je tourne sous mon nom et que je suis officiellement le seul maître à bord. Cela dit, il y a des musiciens avec moi : Pierre Moreau, Harold Untersee et Thomas Frogner.

Sur ma tournée européenne récente avec MONO, j’ai tout de suite retrouvé cette vie de groupe que j’ai tant connue avec LYS, et que j’adore malgré ses hauts et ses bas.

Prochain rendez-vous au Printemps de Bourges le 16 avril, aux Trois Maillets.

 

Sur le morceau Forêt, tu invites le trompettiste Leron Thomas. Comment cette collaboration est-elle née ?
Un peu avant la sortie de l’EP « Waste », en 2021, j’achète l’album « Free » d’Iggy Pop. J’ai pris une claque monumentale. J’ai tout de suite été frappé par la dimension poétique de ce disque et le son envoûtant de Leron Thomas, aux accents de Miles Davis (et qui produit aussi l’album d’Iggy).

Je l’ai contacté directement pour lui faire écouter l’une de mes chansons, « Forêt ». Par chance, il a aimé ce titre et a enregistré ses arrangements dans la foulée. Un joli cadeau.

Ce que j’ai apprécié chez lui, c’est le respect de ce que j’avais déjà écrit comme ligne mélodique. Il n’a pas cherché à s’imposer malgré toute son expérience. Avec le temps, je remarque que les très bons musiciens ont toujours cette approche.

Encore merci à Leron pour sa confiance.

Ton parcours montre une vraie ouverture aux croisements artistiques. Est-ce que pour toi « One Another » représente une nouvelle direction à approfondir , ou plutôt une parenthèse dans ton parcours musical ?
Je pense que chaque album influence le suivant, c’est comme après une relation amoureuse, tu en sors (logiquement) grandi ou en tout cas pas indemne, cela dépend. 

Mais cela a déjà influencé la production du prochain album de LYS, actuellement en mixage, où l’on retrouvera cette approche hybride.

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Photo de couv. Matthieu Munoz